New-York est frappé par une série de meurtres dont le coupable est tout désigné : le Lézard.
Alors que Spider-Man se lance à sa poursuite, il découvre que le monstre est manipulée par une étrange sorcière Vaudou.
Leur confrontation oblige le super héros à affronter ses propres trauma.
Todd McFarlane et Spider-Man

Quand en 1990, Todd McFarlane se retrouve aux commandes de la nouvelle série consacrée à Spider-Man, le monde du comics traverse une période de transition.
Les dessinateurs vivent leurs heures de gloire
Des grands noms tels que Jim Lee, Erik Larsen, Marc Silvestri ou Rob Liefeld attirent les lecteurs en masse et les ventes de leurs comics atteignent des sommets.
Todd McFarlane fait partie de ces auteurs.
S’il fait des débuts remarqués, c’est avant tout sur The Amazing Spider-Man, au côté de David Micheline que son talent explose.
Son style élastique s’accorde à merveille aux gesticulations du super-héros dont il agrandit les yeux de son costume pour accentuer son expressivité.
L’auteur expérimente, s’amusant avec les toiles de Spider-Man ou en co-créant le personnage de Venom.
Profitant de ce succès, Marvel lance, en 1990, une nouvelle série sobrement intitulée Spider-Man et donne carte blanche à Todd McFarlane.
Fort d’une liberté totale de création, il met en scène un run qui composera l’essentiel de sa marque de fabrique.
Graphiquement, Spider-Man ( et notamment le premier arc Tourment ) est sans doute un de ses meilleurs travail.
Élastique, dynamique, arrondi et sombre, ses errements anatomiques donnent une toute nouvelle dimension aux sensationelles chorégraphies du personnage.
Sa narration et la composition de ses planches peuvent paraître déstructurées mais elle rythme l’intrigue de l’auteur canadien.
Cases carrées, allongées, variations de tailles, l’auteur n’a qu’une limite : sa propre imagination.
Cette approche graphique unique sera souvent imitée mais rarement égalée.
Encore , dernièrement, Kaare Andrews s’est lancé dans un exercice d’imitation, sous forme d’hommage, avec le personnage d’E-Ratic.
Des scénarios horrifiques

On assimile souvent Spider-Man au comique de service et les films ont sans doute amplifié cette impression.
Pourtant, en 60 ans, le héros en a vécu des aventures et des drames !
Une de mes périodes préférées est celle de J.M. Dematteis, à l’origine de récits poignants autour de l’homme araignée.
La dernière chasse de Kraven en est le parfait exemple mais tout son run, accompagné de Sal Buscema, est fortement conseillé.
Avec Spider-Man, Todd McFarlane adopte lui aussi une atmosphère plus sombre qu’à l’accoutumé.
Composé de 4 arcs et un crossover avec X-Force, ce run fait la part belle à l’horreur et à la tension psychologique.
On ne peut pas dire que l’auteur canadien soit un adepte de psychologie.
Par contre, on retrouve, à travers une atmosphère particulièrement pesante, ses obsessions pour les bas-fonds de New-York où se cachent les reclus et de nombreuses créatures à l’instar d’un Morbius cadavérique.
Dans le même ordre d’idée, il éloigne Peter Parker de son environnement habituel, l’envoyant dans les forêt canadienne à la poursuite du Wendigo.
Mais c’est sans doute sur le premier arc Tourments que le super-héros sera le plus mis à mal.
Tourments met en scène le retour du Lézard, féroce comme jamais.
Composée de nombreuses cartouches, servant autant la voix du narrateur que celle des autres personnages, son écriture est brute et souvent incisive.
Elle impose une montée en tension, qui au rythme des Doom Doom d’un tambour lointain, nous montre la détresse d’un Spider-Man déboussolé, voire paniqué face à la menace qu’il affronte.
Todd McFarlane n’hésite d’ailleurs pas à assombrir l’univers du héros décrivant des affrontements particulièrement violents et des hallucinations horrifiques qui éloignent d’office les lecteurs les plus sensibles.
Ici, l’humour n’a plus sa place et seule la survie compte.
L’amour des monstres

Tourments n’est que la première partie de l’oeuvre de Todd McFarlane sur le personnage (5 épisodes sur 16).
Si les autres arcs restent de qualité, on notera néanmoins une baisse graphique sur les derniers épisodes avant un retour éclatant sur le crossover alliant Spider-Man aux Mutants de Rob Liefeld : X-Force.
L’ensemble démontre néanmoins une certaine appétence pour les monstres en tout genre.
Que ça soit le Lézard, Le Super Bouffon, le Wendigo ou Morbius, on découvre un casing effrayant mais pâtissant, pour quelques uns, de l’effroi qu’ils peuvent causer.
Même les alliés de Spider-Man sont inquiétants. Si Wolverine est connu pour sa sauvagerie, le démoniaque Ghost Rider n’est pas plus rassurant.
Perception envoie Spider-Man en pleine forêt canadienne enquêtant sur des meurtres sauvages aux côtés de Wolverine.
Avec cette histoire, il développe une thématique chère aux amoureux de créatures étranges : » Et si le monstre n’était pas celui que l’on pensait ? »
Protecteur des opprimés pour certains ou simples créatures « inoffensives », ils se retrouvent à faire face à une vindicte cachant des crimes bien plus atroces.
À ce niveau, Todd Mcfarlane développe un univers et une ambiance qui explorera, plus en profondeur et avec un aspect horrifique plus poussé, sur sa propre création : Spawn.
En résumé
Spider-Man reste un des plus grands succès de Todd McFarlane.
L'ambiance glauque, la galerie de monstre utilisée et le style si particulier de son auteur crée un cocktail détonant qui faire encore de l'effet 30 ans plus tard.
Le premier numéro se vendra à 2,5 millions exemplaires, un score unique qui fera germer chez l'auteur de nombreuses ambitions futures.
Ainsi, avec ses collègues de l'époque, il fonde Image Comics, une nouvelle structure permettant aux créateurs de conserver leurs droits d'auteurs.
De son côté, il lance Spawn, un personnage dont on retrouve de nombreuses thématiques et atmosphères (graphiques notamment) dans les histoires qu'il a mis en image sur ce Spider-Man.
Une période essentielle de l'histoire du comics.


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