Au poil (Sophie Adriansen)

Avec ses couvertures colorées, les petits romans de la collection « la Brève » des éditions Magnard jeunesse font mouche. Les thèmes abordés sont actuels et ancrés dans l’univers adolescent du quotidien.
C’est ainsi que le récit « Au poil » de Sophie Adriansen, avec son cactus en partie « déplumé » et son titre à double sens, s’est retrouvé dans ma pile de romans-curiosités.

« – Ça commence à se voir ! s’exclame ma mère.

– Quoi donc ? Mon intelligence suprême? 

– Non, ton poil aux pattes. » 

Eh oui ! La thématique problématique abordée dans ce volume est la pilosité adolescente, et plus particulièrement féminine.

Salomé et les poils

Salomé, dite « Omé« , est en 3e. Alors qu’elle se prépare pour le brevet entre un bol de céréales et la lecture des « Précieuses ridicules » (la référence aux femmes de la comédie de Molière filera pendant tout le roman), c’est sa mère qui lance les hostilités. Elle veut prendre pour sa fille un rendez-vous chez l’esthéticienne pour se faire épiler. 

Commence alors un débat intense et drôle de la jeune collégienne avec son entourage et avec elle-même. Car elle ne comprend pas pourquoi elle devrait faire disparaitre ses poils.

Chaque personne de son entourage va donc être consultée (sa mère, son beau-père et son frère qui commence, lui, à se raser les trois poils qui lui tiennent lieu de barbe, son amie Marina – dite « Mafalda » à cause de sa coupe de cheveux et son copain Liam – dit « Touffe d’aigrette » en référence à son excroissance capillaire). Et Omé va même effectuer des recherches historiques sur l’épilation à travers les âges afin de recueillir tous les avis et les informations possibles sur le sujet et se forger sa propre opinion.

Alors qu’elle se rend en séjour en Allemagne pour quelques jours chez sa correspondante, elle découvre que s’épiler n’est pas une pratique unanimement répandue. Cela la convainc qu’elle peut adopter une posture différente à son retour au collège.

 « Plus j’y réfléchis, plus tout m’amène à cette conclusion : s’enlever tous les mois des poils qui repousseront de toute façon, ça ne sert à rien. » 

Elle décide donc de laisser ses poils repousser et de ne pas les cacher sous un jean. Les réactions de ses camarades sont immédiates. Ils vont l’encourager à s’affirmer encore davantage, en tant que femme libre et non déterminée par la dictature de la mode.

Pourquoi lire Au poil ?

La lecture de ce petit roman est vivifiante, tant du point de vue de l’humour que de la réflexion qu’il ouvre à propos de cette « obligation » typiquement féminine que la société moderne impose aux filles et aux femmes. 

La scène de la séance chez l’esthéticienne est réaliste et douloureuse. De même que celle de la confrontation d’Omé avec ses camarades du collège qui lui reprochent de leur « imposer » ses poils. Le tout sans jamais tomber dans le trop sérieux ni l’ennuyant. Le décalage créé par l’humour de l’autrice, au travers de la personnalité de son personnage principal, encourage à porter un regard neuf sur cette problématique. Et à agir en ayant toutes les cartes en main. Car on comprend qu’au-delà des poils, les interrogations d’Omé portent sur sa vision de la féminité et sur le regard qu’elle porte sur elle-même. 

Cette jeune ado, pleine d’énergie et de conviction, « musclée du cerveau« , symbolise donc une partie de cette nouvelle génération. Elle ose remettre en question les dicktats de la société moderne. 

Les lecteurs et les lectrices d’Au poil engageront peut-être un débat avec leur famille et leurs amis. Et, qui sait, peut-être décideront-ils de prendre le parti des poils ?

À noter que le texte est disponible en version audio lue par l’autrice grâce à un QR code. Il donne accès au fichier sur le site de l’éditeur. 

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(Mots Tordus)

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