Mots Tordus et Bulles Carrées

Créatures (Betbeder/Djief)

Depuis l’apparition de la brume à New York, les adultes sont devenus des « baveux », obsédés par le sucre.
Épargnés par la maladie, les enfants apprennent à survivre dans ce monde dévasté.

Ainsi, Vanille doit s’occuper de son jeune frère Minus et de sa mère infectée.
Mais à force d’allers-retours, la jeune fille attire l’attention d’un autre groupe bien décidé à profiter de ses rations.
Cependant, elle ne compte pas se laisser faire.

Créatures : une nouvelle franchise prometteuse

Un monde dévasté

À la sortie du 1er tome de Créatures, on pressentait que la série de Betbeder et Djief candidatait au rôle de potentiel successeur à Seuls de Fabien Vehlmann et Gazotti (surtout depuis sa migration chez Rue de Sèvre).
Si des points communs semblent évidents (des jeunes ados, un monde abandonné par les adultes, un mystère à résoudre…), c’est avant tout l’écriture et la maitrise du rythme qui étonnent.
Betbeder ne perd de temps à épiloguer sur les raisons de cette dévastation.
On est totalement plongé dans un monde dévasté par cette infection.
Pourquoi ? Comment ? Les réponses attendront.

Quand on découvre Vanille, elle est déjà bien rôdée à la situation.
Sa vie est centrée autour de son étrange petit frère et d’une mère au bord du précipice.
Une routine bien entretenue jusqu’à ce qu’un autre groupe décide de tout bousculer.

Un véritable souffle habite ce premier volume.
Que ce soit par ses divers rebondissements, ses nombreux personnages ou les mystères égrainés ici et là, Créatures est un véritable récit à tiroirs aux propos passionnants.

Malgré tout, la série se conclut après 4 volumes et ne remplacera donc pas l’absence de Seuls.
Mais l’époque a changé. Il semble de plus en plus évident que les séries sur le long terme sont de plus en plus difficiles à tenir.
Est-ce pour autant un échec ? Loin de là.

Atmosphère fantastique aux multiples références

Le croquemitaine

Le monde de Créatures est un condensé de fantastique.

New York a été dévastée par une épidémie et on comprend rapidement qu’une force supérieure est à l’origine de cette brume.
Si l’auteur n’hésite pas à donner les clés de certains mystères, c’est souvent pour en amener d’autres.
Les références sont multiples.
De Walking Dead à Stranger Things en passant à Matrix, Betbeder s’amuse à égrainer son récit de petits easter eggs qui raviront les amateurs du genre.
Si le côté Stranger Things est évident sur les premiers volumes, c’est un clin d’oeil littéraire majeur qui liera l’ensemble du récit.
On dépasse même le stade du simple clin d’oeil tant cet élément est une clé de résolution du récit.
D’ailleurs, plusieurs indices avaient été semés et on est ravi de voir que le scénariste tient son idée jusqu’au bout, prenant le risque, au passage, de perdre ses plus jeunes lecteurs.

Car, au final, Créatures est un hommage, légèrement cynique, à un des grands maîtres du récit de fantastique.
Cela n’empêche pas d’en apprécier la lecture mais, sans les ressources nécessaires, le propos du récit perd un peu de son charme.

Un rythme soutenu

Avec Créatures, la course est effrénée.
Même si le rythme est élevé, les personnages s’étoffent, allant pour certains dans des directions inattendues.
Si Vanille reste centrale, les autres membres du groupe prennent de l’épaisseur.
Et si les objectifs varient, ils bifurquent tous vers une direction commune.
Nos héros cherchent les origines du « mal » et cette quête va les amener vers une destination improbable.
On explore cette piste sur un dernier tome confirmant certaines révélations tout en n’en concluant pas d’autres restées en suspens.

On regrettera cette fin semi-ouverte laissant entrevoir quelques pistes inachevées mais dans l’ensemble Créatures a largement rempli son contrat.
Si le chemin parait balisé, on s’étonne de voir les auteurs dévier de la route pour nous emmener vers l’inconnu.

Un dessin à la confluence de plusieurs styles

Un style et une narration réjouissante

Si Vanille et Minus ont un petit côté Gazotti dans leur design, le style de Djief s’avère plus réaliste et surtout plus sombre.

Ses designs sont riches et l’auteur accorde une importance non négligeable à son décor.
Sa mise en page reste sobre et lisible, sans pour autant ronronner.
Quand il le faut, le dessinateur est capable de nous en mettre plein les yeux, notamment sur les scènes « psychédéliques » avec le croquemitaine.
Il n’abuse pas d’effets narratifs, va à l’essentiel et s’appuie sur une colorisation impeccable qui apporte à l’ambiance une sensation d’étouffement, comme si l’air était vicié.

Le style est maitrisé, lumineux et parfaitement adapté.

En résumé

Créatures de Betbeder et Djief est une série fantastique menée tambour battant. 
Betbeder et Djief explorent un univers dévasté où de jeunes héros et héroïnes cherchent à combattre un "mal" profond.
Le rythme est épique et donne peu de souffle à un lecteur qui se retrouve emporté par un récit fantastique aux multiples influences dont certaines sont ancrées dans l'ADN même du récit.
Le dessin de Djief est maitrisé, dynamique et coloré. Il joue avec merveille avec les effets, apportant à cette série toute son étrangeté.

Une série en 4 tomes implacable et réjouissante, faisant la part belle aux grands maitres du fantastique.

Pour lire nos chroniques sur Sa majesté des mouches et Seuls

Bulles Carrées

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