Excalibur (Alan Davis / Collectif)

Suite à la disparition des X-Men, Diablo (Nightcrawler) et Kitty Pride (Shadowcat) veulent prendre un peu de recul pour faire leur deuil.
Mais ils doivent partir à la rescousse de Rachel Summers (Phénix), pourchassée sur les terres anglaises par d’étranges créatures.
Ainsi les héros s’allient à Captain Britain et à sa compagne Meggan, mettant en place les bases d’Excalibur.

Les prémices d’une saga sur le long terme

Tout débute avec un personnage : Captain Britain.
Créé pour le marché anglais par Chris Claremont et Herb Trimpe en 1976, le héros devait être un équivalent britannique à Captain America.
Mais c’est sous le direction d’Alan Moore et Alan Davis que la destinée de Brian Braddock prend une autre tournure.
Les britanniques délaissent le symbolisme patriotique et développent un tout nouvel environnement autour du super-héros.
Trouvant sa source dans la mythologie arthurienne, on découvre un héros sous l’emprise des manigances de Courtney et de Merlin.

Drôle et inventive, cette base servira de socle à la création d’une nouvelle série mutante : Excalibur.

Excalibur : 1988-1990

Le renouveau des séries mutantes

Fort du succès des X-men, repris en main depuis plusieurs années par Chris Claremont, Marvel Comics développe un archipel de séries mutantes.
Cependant, parmi les X-Factor et autres New Mutant, Excalibur se démarque.
Ainsi, Chris Claremont retrouve une de ses créations, s’éloignant du « sérieux » et de la dramaturgie qui le caractérise habituellement.
Accompagné d’Alan Davis, lui aussi de retour, il écrit la mini série The sword is drawn mettant en scène cette nouvelle équipe composée de Captain Britain, Meggan, Shadowcat, Diablo et Phénix.
La recette fonctionne et l’éditeur donne son aval pour une série dès 1988.

Chris Claremont, malgré toutes ses qualités, est un scénariste à l’ancienne.
Connu pour son écriture usant et abusant de blocs narratifs descriptifs, Il prévoit ses intrigues pour durer sur le long terme. Cette vision, de plus en plus rare dans les comics modernes, apportait ce côté addictif dont on se remémore souvent avec nostalgie.
Ici, le scénariste américain allège son « verbe » tout en conservant la richesse de ses scénarios.
Ainsi, il pousse la caractérisation des membres du groupe, alternant humour, romance et action avec aisance. Cette légèreté apporte un vent de fraîcheur bien agréable.

Son run est, en grande partie, marqué par un long voyage à travers une multitude de terres alternatives.
Les ennemis qu’ils affrontent (les Technets, Bidule) et les environnements créent un décalage constant. Les auteurs perdent leur équipe au sein de mondes alternatifs fantasques, regorgeant de clins d’oeil.
D’ailleurs, on notera la présence du W.H.O., référence à peine déguisée à un docteur bien connu.

Mais Excalibur n’est pas « que » drôle.
Les scénarios sont intenses et l’émotion est très souvent au rendez-vous.
Les personnages sont attachants et atypiques. L’élégance de Diablo, la naïveté touchante de Meggan, le colérique Captain Britain, la rigidité de Kitty Pride ou la flamboyante Phénix sont autant d’atouts pour des relations contrastées.
Ensemble, ils composent une équipe cohérente qui, encore aujourd’hui, reste une des plus marquantes de l’histoire des comics.

Au final, la série n’a qu’un seul défaut : ses fill-iners.
En effet, si Alan Davis assure le spectacle, il a néanmoins besoin de pauses.
L’utilisation de dessinateurs « remplaçants » pour tenir les délais est récurrente dans les comics.
Or, si de nos jours, les éditeurs essaient de conserver une cohérence graphique, c’était loin d’être la préoccupation principale dans les années 80.
Si, on retrouve quelques noms prestigieux tel Barry Windsor-Smith, l’ensemble de la tâche est délégué à Chris Wozniak. Et franchement, ce n’est pas glorieux.
Son trait ne tient pas la comparaison avec celui d’Alan Davis, amènant une raideur antinomique avec le ton de la série.

En prime, l’absence d’Alan Davis se fait ressentir sur les scénarios de Chris Claremont qui se retrouve un peu seul sur les derniers épisodes de son run.

Les X-Babies

Je ne peux pas terminer cette partie sans mentionner la petite pépite du second intégral : les X-Babies de Chris Claremont et du, trop rare, Arthur Adams.

Ce one Shot met en scène Kitty Pride en solo. Elle porte secours à des versions miniatures des X-men créées par le grotesque Mojo.
Cette histoire symbolise, à elle seule, le genre de délire que pouvait nous concoter Chris Claremont.
L’intrigue a un côté enfantin, agréable à lire, n’hésitant pas à parodier la plus célèbre des équipes de cette époque.
L’évènement marquera tellement les esprits que de nombreux lecteur.rices réclament régulièrement le retour de ces X-Babies. Cependant, les rares tentatives s’avèreront assez décevantes.

Au dessin, Arthur Adams est aux commandes et c’est un pur moment de bonheur.
Avec un style léché et ultra détaillé, il nous en met plein les yeux et semble s’amuser comme un petit fou.
Une petite confiserie à déguster sans modération.

Exaclibur : 1991 –

Les débuts d’un scénariste talentueux

Alors que Chris Claremont quitte le navire, il est remplacé par le tout jeune scénariste Scott Lobdell.
Il restera sur le titre une petite année sans réussir à trouver ses marques. L’intégrale 1991-1993 nous en propose un aperçu et si la partie, au vu des noms associés est sympathique, le scénario a du mal à prendre son envol.
La série semblait décliner à grand pas jusqu’au retour inattendu d’Alan Davis, cette fois-ci en solo.

Et pour une première expérience en tant qu’auteur complet, il se montre extrêmement talentueux.
On aurait pu craindre que le défi soit trop lourd à porter mais il lui faut à peine quelques pages pour nous rassurer.
On pourrait diviser son travail à travers deux angles distincts.
Tout d’abord, Alan Davis est dans la continuité du travail entrepris.
Se mettant dans les souliers d’Alan Moore et de Chris Claremont, il entreprend de conclure la multitude de sous intrigues lancées.
D’ailleurs, on peut voir la première partie de ce run comme un acte conclusif.
Ainsi, Alan Davis se concentre sur Captain Britain et Meggan, apportant enfin une résolution aux manigances de Merlin.
De même, le moindre petit élément laissé de côté par Chris Claremont est repris et utilisé à sa juste valeur.
Les évolutions de Bidule, l’apparition de Kylun et la destinée tragique de Courtney en sont de parfaits exemples.

Mais l’auteur va plus loin.
Tout en reprenant le ton et certains éléments de la première mouture, il y insuffle sa touche personnelle.
Ainsi, il y incorpore de nouveaux protagonistes à l’image du terrible Necrom, sorcier surpuissant, avide de pouvoir.
Le ton reste hilarant, à l’instar des Technet en mode squatteur mais Alan Davis intensifie le rythme, terminant sur un dernier acte explosif.
Le gamin que j’étais à l’époque garde encore des images imprégnées de l’affrontement entre Necrom et Phénix.

La suite est tout autant de qualité. Necrom a beau avoir disparu, les menaces restent à palpable et l’équipe n’a guère le temps de panser ses blessures.
Entre Kurt Wagner qui digère mal le départ de Rachel et la famille Braddock au centre d’une terrible machination, la tension est à son comble.
On notera une intrigue en deux parties, mettant en scène la première rencontre entre les X-Men et Excalibur, plus légère mais qui a le mérite de mettre en avant un jeune dessinateur en devenir : Joe Madureira.

Élégance et fluidité

Cependant, avant de devenir un scénariste hors pair, il est un dessinateur talentueux.
Sur Excalibur, son trait, tout en rondeur et en fluidité, est déjà bien affirmé et se démarque par son élégance.
Sa narration est millimétrée, quoiqu’assez classique pour cette époque.

Par la suite, il nous habituera à des cadrages biseautés, apportant expansivité et dynamisme à ses scènes d’action.
Rapidement, l’artiste atteint un niveau d’excellence et, si son style reste classique, il impressionne par sa technique et la facilité qu’il a à mettre en scène des personnages hauts en couleurs.

À noter, qu’au début de sa carrière, Bryan Hitch s’est beaucoup inspiré du travail d’Alan Davis, allant jusqu’à le singer avant de trouver sa propre voie.

Au final, Alan Davis aura été le marqueur récurent de 3 époques, consacrées à Captain Britain.
Mais, c’est sur cette prestation en solo qu’il laisse une marque indélébile à une des meilleures équipes mutantes de cette époque.
Certaines scènes comme la confrontation contre Necrom ou le découpage du plâtre de Diablo restent des souvenirs forts de mon adolescence.

Et, aussi incroyable que cela puisse paraitre, 30 ans plus tard, ils ont toujours autant de vigueur.

En résumé

Excalibur n'aurait pu qu'être une simple "madeleine de Proust".
Pourtant, grâce à Chris Claremont et Alan Davis, la série se démarque par un ton décalé et un humour "so british".
Mais, bien plus qu'une simple série comique, Excalibur est une véritable saga autour de personnages attachants et de confrontations épiques.


Graphiquement, on retiendra la prestation du génial Aland Davis. Mais, bien que régulier, il doit laisser sa place à quelques fill iner. On notera le passage remarqué de Joe Madureira
, encore tout jeune auteur en pleine évolution graphique.

Excalibur reste, encore aujourd'hui, une des grandes séries mutantes ,de la fin des années 80 et du début des années 90, à découvrir autant pour l'élégance graphique d'Alan Davis que pour ses intrigues alternant un humour décalé et des confrontations d'une intensité folle.
Bulles carrées

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