Mots Tordus et Bulles Carrées

Je parle comme une rivière (Jordan Scott / Sydney Smith)

Certains albums jeunesse sont des pépites. Par les émotions qu’ils procurent, par l’intelligence de leurs propos sur des thématiques difficiles telles que le handicap, par la beauté et la lumière de leurs illustrations. « Je parle comme une rivière » de Jordan Scott et Sydney Smith au éditions Didier Jeunesse est de ces petits trésors qu’on a envie de lire et de transmettre. Comme un cadeau. Comme un promesse.

Le bruit des mots

Chaque matin, le jeune narrateur, un petit écolier canadien, observe par la fenêtre de sa chambre le pin de son jardin, le corbeau sur cet arbre et la lune du matin dans le ciel.

Et chaque matin, ces mots restent en lui car il n’arrive pas à les dire.

Le « Ppp » du pin pousse dans ma bouche et s’entortille autour de ma langue.
Le « Ccc » du corbeau reste coincé dans ma gorge.
Des larmes de lune se glissent sur mes lèvres en une longue plainte.

Il préfère rester muet plutôt que de prononcer difficilement ces mots du quotidien. Ces mots qui l’isolent à l’école et font monter sa peur.

Car ce petit garçon bégaie.

la peur de parler

Alors quand la journée a été trop compliquée, que le regard des autres a été trop lourd à porter, le père du garçon l’emmène près de la rivière.

Au calme. Là où les mots n’ont pas besoin d’être prononcés.

L’orage et la rivière

Lorsque la colère gronde en lui, que l’orage menace dans son corps et dans son coeur, seule la nature l’apaise. La nature et son père dont la présence est protectrice, bienveillante et douce.

La rivière devient alors, avec ses insectes et ses pierres colorées, mais surtout son flux, ses rochers et ses remous, une métaphore de la parole de l’enfant.

De sa voix qui butte sur les mots, comme l’eau sur les pierres. De ses mots qui tourbillonnent dans sa bouche, comme les flots tournoient dans leur lit agité.

« Tu parles comme une rivière »

La poésie simple du père dit toutes les souffrances et toutes les difficultés que ressent son fils.

Quand les mots seront trop durs à prononcer, je penserai à la rivière, qui bouillonne, tournoie, gicle et se brise.
Je penserai aussi à la rivière, au-delà des rapides, là où l’eau est lisse et brillante, tranquille.

Car finalement, la rivière bégaie elle aussi.

Tout en douceur et en humanité, le texte de Jordan Scott (qui parle ici de sa propre expérience) et les aquarelles de Sydney Smith s’unissent pour dire la difficulté du bégaiement et la force de l’enfance.

On traverse les grands espaces canadiens comme les pensées et les émotions de l’enfant avec fluidité et douceur. La simplicité des images poétiques et des illustrations lumineuses, toucheront les lecteurs, émus et sensibilisés aux ressentis de l’enfant qui souffre de ce handicap qu’est le bégaiement.

Pourquoi lire Je parle comme un rivière ?

"Je parle comme une rivière" est un album pépite, tant par son texte poétique que par ses aquarelles lumineuses. Il témoigne en toute simplicité et de manière sensible des obstacles quotidiens que le bégaiement crée pour un enfant qui ne peut s'exprimer fluidement. 

Il se dégage de cet album une vision de la vie pleine d'espoir et de confiance retrouvée. Celle d'un jeune garçon qui retrouve sa voix et le plaisir des mots.

Il est à noter que cet ouvrage a été récompensé par de nombreux prix, dont l'award du Schneider Family Book et du meilleur livre pour enfants du New York Times.

A lire absolument !

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Mots tordus

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