Mots Tordus et Bulles Carrées

Chevrotine (Nicolas Gaignard/ Pierrick Starsky)

Chevrotine n’est pas une femme ordinaire.
Avec 7 enfants à sa charge et un chien qui parle, sa vie est loin d’être monotone.
Et ça tombe bien car le monde dans lequel elle vit ne l’est pas non plus.

Du non sens à l’état brut

Une famille hors du commun

Les enfants de Chevrotine

La couverture de Chevrotine de Nicolas Gaignard et Pierrick Starsky nous présente ce qui s’apparente à une photo de famille.
Elle met en scène Chevrotine, une mère entourée de ses 7 enfants, qui n’ont à priori pas grand chose en commun, d’un chien à grosse tête ainsi qu’un membre humain trainant nonchalamment en-dessous de son siège.
Cette image résume à merveille cette bande dessinée décalée, divisée en 6 chapitres et un épilogue concluant de façon étonnante l’histoire.

C’est tout d’abord ( du moins, c’est ce qu’on pense au départ ), l’histoire de Chevrotine et de sa famille.
La jeune femme est un personnage hors du commun.
Le sourire au lèvre, elle a quelque chose de quasi irréel qui rappelle à certains égards certains personnages de Tim Burton.
Mère aimante, elle a une philosophie assez lumineuse qui lui permet de prendre la vie telle qu’elle est, sans trop se poser de questions ou en leur donnant des réponses qui lui sont évidentes.
Rien n’est grave pour Chevrotine et c’est sans doute un des aspects les plus charmants du personnage, même si on comprend assez vite qu’il vaut mieux garder ses distances.

Ses enfants, issus de plusieurs pères, ont chacun leurs « particularités » symbolisant pourtant une unité familiale solide et unie.
Ils ont beau être différents et uniques, ils forment une famille.
Même dans ses excès.

Un univers aux multiples confluences

Un shérif adjoint à dos de dodo

Et question excès, on est donc gâtés.
Pierrick Starsky crée un univers totalement décalé qui, forcément, risque d’en décontenancer quelques un.es.
Cependant, il apporte un véritable vent de fraîcheur à un média parfois un peu trop classique dans ses propositions.

L’histoire se démarque par cette obsession de ne pas appartenir à un genre particulier mais d’en épouser plusieurs à la fois.
C’est un western mais avec un shérif qui galope en dodo.
C’est un récit familial mais avec un chien qui parle et aime faire des blagues douteuses.
C’est aussi un récit humoristique, fantastique et de science-fiction.
Tous ces mélanges pourraient virer à l’écoeurement et pourtant l’ensemble fonctionne presque miraculeusement.
Peut-être grâce à un parti pris quasi radical de non sens que lecteur.rices acceptent petit à à petit comme une nouvelle réalité.

D’une certaine façon, Chevrotine rappelle l’univers déjanté du Jérome Moucherot de Boucq.
Et cela faisait bien longtemps que nous n’avions pas eu une telle proposition.

La mort vous va si bien

Cela peut paraitre contradictoire par rapport à la vision lumineuse de son personnage principale, mais la mort est omniprésente dans le récit de Pierrick Starsky.

Cependant, contrairement à ce que l’on pourrait croire, elle n’est jamais ressentie comme une fatalité.
A plusieurs reprises, des personnages y feront face chacun avec une approche différente.
Faire « ami ami » avec sa maladie, la rejeter pour ne pas vieillir, lui échapper ou essayer de l’empêcher.
Elle est partout, à tous les niveaux, mais reste dans la plupart des cas inévitable.

Les références sont multiples, qu’elles viennent du cinéma ( 2001 l’odyssée de l’espace ), de Donald Ray Pollock, de l’Enfer de Dante, de Tardi , de Bukowski ou de Steinbeck.

Un graphisme qui dénote par ses tonalités grises

Un dessin blanc et gris avec des petites touches colorées

Le dessin de Nicolas Gaignard retranscrit à merveille l’univers de Pierrick Starsky tout en s’éloignant des codes habituels de Fluide glacial.
Son trait, semi réaliste aux lignes arrondies, lorgne même par moment vers des auteurs de la trempe de Frederik Peeters.
Sa mise en page reste assez classique et multiplie un nombre important de cases ce qui, malgré tout, ne nuit aucunement à la finesse de ses décors.

On peut se poser la question de cette colorisation aux tonalités grises accompagnées de quelques touches de couleur.
Si on n’en comprend pas forcement la signification, elle peut s’expliquer comme un décalage de plus.

Le choix de lavis gris charbonneux a été motivé pour accentuer le caractère étrange et surréaliste du récit.
Les touches de couleurs permettent de rythmer la page visuellement et de faire émerger certaines tensions du récit ( peut être une réminiscence de Sin City version poétique)


Propos recueilli auprès de Nicolas Gaignard

En résumé

Chevrotine de Nicolas Gaignard et Pierrick Starsky est un ovni plutôt inattendu. 

Dans un mélange d'univers allant du grotesque au western jusqu'à la science-fiction, les auteurs proposent une intrigue oscillant entre humour, action et philosophie de vie. 
Si le choix d'un dessin en blanc et gris peut surprendre, il est en réalité l'écho visible d'un univers qui s'éloigne de nos codes habituels, quitte à nous déstabiliser. 

Et franchement, on aimerait l'être plus souvent. 

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