Mots Tordus et Bulles Carrées

La dragonne et le drôle (Damien Galisson)

Depuis Eragon, je n’avais pas lu de roman de fantaisie jeunesse qui emporte et offre une qualité d’écriture à la fois sensible et épique. Devenue adepte de la collection Exprim‘ des éditions Sarbacane, dirigée par Julia Thévenot, l’autrice de Bordeterre, j’ai découvert ce livre à la couverture sobre mais évocatrice : La Dragonne et le drôle de Damien Galisson.

Un monde mouvant

Tout commence par une playlist, comme toujours pour la collection Exprim’. Radiohead, Gojira et Russian circles se partagent la vedette et donnent le ton : l’histoire sera parfois rauque, comme la voix du chanteur du groupe français de Métal Gojira, mais aussi planante comme celle de Thom Yorke, le leader de Radiohead.

Ensuite, viennent les références au Mordred de Justine Niogret et au Chant du dragon d’Anne McCaffrey, liant chacune la figure du dragon à celle de la musique.

Et quoi de plus normal quand on sait que l’auteur, Damien Galisson, est chanteur dans un groupe de métal Tanen et auteur d’un album pour enfant dont le personnage principal est un dragon : Dragonneau et la bougie.

Puis une carte : celle du monde imaginaire dans lequel va évoluer le drôle, le personnage principal du roman. Ce « disques-monde » (on y verra évidemment un clin d’oeil à Terry Pratchett) est constitué des plusieurs îles flottantes et dérivantes qui permettent le passage de l’une à l’autre en fonction des saisons.

La carte d’un monde mouvant

Le drôle

C’est donc un univers mouvant et instable qu’évolue, malgré lui, le personnage principal. Ici, les personnages ont des noms simples et bruts : Chef, celui qui mène la troupe, Tanneur, son bras droit, qui aime rosser, et Rody, le frère taiseux du drôle.

Le drôle.
Ce n’est pas un nom, mais je n’en ai pas d’autre. Le drôle pour dire « gamin ».
J’ai eu un nom un jour, peut-être, il y a longtemps.

Je vois le visage de ma mère, sa bouche qui le prononce. Mais je ne l’entends plus. C’était avant la guerre, avant qu’on nous emporte.
La guerre l’a avalé, ce nom. Comme la voix de ma mère.
Et la voix de Rody.

Sans nom, enlevé à sa mère, réduit à l’état de bête de somme, le drôle avance tant bien que mal, rendant de menus services à la bande, en évitant les coups de Tanneur et cherchant le regard de son frère qui ne dit rien.

Son seul refuge est la chaleur animale d’un cheval auprès duquel il trouve parfois du réconfort.

Confronté quotidiennement à la violence et à la mort, il va découvrir, dans une de ces sorties pour trouver du bois sec, une dragonne blessée et réfugiée au fond d’une caverne. Cette créature puissante et instinctive va « entrer en contact » avec lui par un seul regard. Et dès lors leurs destins vont être liés.

Car la dragonne est pourchassée par les Pâles et leurs aéronefs. En effet, ils en veulent à l’oeuf qu’elle porte dans son ventre et qui offrira une arme destructrice à celle qui le domptera : Gerfaut, la femme-oiseau de proie qui dirige l’armée.

Dès lors, le drôle va tout faire pour sauver la créature à laquelle il s’est attaché, sans parole mais par un chant qui unit leurs deux vies.

Pourquoi lire La dragonne et le drôle ?

Le récit du drôle est sensible et puissant, poétiquement mis en valeur par la mise en page décalée qui porte les mots. On vit intensément la relation naissante entre l'enfant et la dragonne mais aussi sa découverte de qui il est profondément et de ce qu'il est prêt à faire pour être libre et exister enfin véritablement. 

On appréciera également les personnages secondaires, souvent rudes et rocailleux comme le monde dans lequel évolue le drôle, mais aussi parfois attentifs et bienveillants, comme peut l'être Gargote, le cuisinier.

Le livre refermé, l'histoire trottera encore dans votre esprit, comme une musique lancinante. Et on a hâte d'écouter la prochaine playlist romanesque de Damien Galisson !

Pour lire nos chroniques sur Dragon de feu et La ballade de Pern

Mots tordus

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