Mots Tordus et Bulles Carrées

Eight Billion Genies (Charles Soule / Ryan Browne)

8 milliards d’individus se retrouvent avec 8 milliards de génies pouvant leur accorder, à chacun, un unique souhait.
En à peine 8 secondes, une partie de ces voeux chamboule totalement la surface de la planète.
Dans le Michigan, un groupe d’individus trouve refuge dans un bar restaurant, The Lampwick.
À leur manière, ils essaient de survivre en assimilant les règles de ce nouveau monde.

8 milliards de souhaits pour transformer une seule planète

Un concept foutraque mais maitrisé

Un souhait pour une nouvelle vie

Eight billion genies de Charles Soule et Ryan Browne part d’une idée folle au fort potentiel de dérapage incontrôlé.
Surtout que, soyons honnête, je ne suis pas spécialement un grand fan de Charles Soule.
Même si, avec le recul, je le connais essentiellement pour son travail chez Marvel.
Et on sait que les restrictions du mainstream ne conviennent pas à tous les auteurs.

Une chose est sûre, on entre rapidement dans Eight billion genies.
On a tout juste le temps de faire connaissance avec les personnages que les voilà responsables d’un pouvoir immense.
Car, en effet, doter 8 milliards d’humain.es d’un génie personnel n’est pas des plus raisonnable et on peut se demander quel objectif se cache derrière tout cela.
Surtout que le carnage ne se fait pas attendre… À peine 8 secondes ! Ce qui est, au fond, assez symptomatique d’une espèce attirée par l’autodestruction.

Charles Soule et Ryan Browne s’amusent comme des gosses avec ce concept.
Tout d’abord graphiquement, le dessinateur a su trouver une forme adéquate à leurs génies.
Dans ses bonus, l’album revient sur la conception de ces petites créatures, passant d’une forme classique à celle du comics, symbole d’une personnalité unique.
Omniprésents, ils sont le nerf central de l’intrigue.
Ainsi, leur caractère et l’attachement qu’ils peuvent avoir ( ou non ) pour leur porteur en dit beaucoup sur leur rôle.
Ils sont acteurs mais semblent ignorer qu’ils détiennent les clés de cette folie.

Pour éviter un bazar sans nom et sûrement certaines contradictions, Charles Soule démontre que tout n’est pas possible, que certains voeux peuvent être annulés et que des concepts trop forts comme devenir maître du monde sont interdits, même si rien n’empêche de le prononcer, donnant des scènes de déception pleine d’ironie.
En mettant au point ces lois, énoncées par les génies, il crée un univers, certes « bordélique » mais cohérent.

Derrière ce récit à l’humour grinçant se cache une critique sévère de la nature humaine.
Égoïste, perverse, vénale, idiote, notre espèce est assez désespérante.
Heureusement, certain.es se montreront plus pertinent.es dans leurs décisions.

Protéger ceux qu’on aime !

Devenir un guerrier pour protéger sa famille

Malgré cette vision pessimiste de la société, le récit semble vouloir nous montrer la lumière au bout du tunnel.

Pour cela, Charles Soule concentre son intrigue autour de 3 groupes de personnages ayant tous trouvé refuge dans le bar de Will Williams.
À travers des histoires en groupes ou personnelles, l’auteur développe des thématiques sociétales importantes sur la famille, l’amitié et l’amour.

On retrouve ce lien familial auprès de Robbie, jeune gamin de 12 ans qui se charge d’un père rongé par la mort de sa femme.
Robbie a tout de l’enfant que l’on a fait grandir trop vite.
Si cette famille est attachante, elle se fait avant tout sur le sacrifice d’une enfance.

C’est aussi le cas pour Lifeng et Wang.
Eux aussi cherchent à protéger leur famille, mais ils prennent des décisions trop restrictives allant jusqu’à détruire leurs liens.
Quand la protection prend le pas sur la protection.

Alex, Daisy et Brian sont d’abord des « potes » de musique.
Ami.es, certain.es aimeraient plus, iels commettront des erreurs pouvant mettre à mal leur groupe.
Cependant, à travers une évolution aussi inattendue qu’intéressante, Charles Soule montre toute la force d’une véritable amitié.
Pardon, partage, écoute, travail, passion, ce groupe étonne par des décisions allant jusqu’à renouveler le concept de génies.

D’autres personnages marqueront fortement le monde d’ Eight billon genies.
Certains seront les fondateurs de nouveaux blocs aux règles et aux ambiances distinctes cherchant à imposer leur loi aux autres.
La variété de ces univers fait toute la richesse de ce comics.

Un multi-univers à lui tout seul

Des super héros pour sauver le monde

Cette multiplicité était totalement induite par l’originalité du concept.
En effet, offrir un génie à un humain induit des souhaits en dehors d’une certaine réalité.
Une inventivité réjouissante pour le lecteur.rice mais totalement inconséquente.
Et c’est un fait, l’humanité se caractérise par son imagination débordante.

Si on s’attarde sur la partie super héroïque, Charles Soule montre une qualité d’écriture et une réflexion sur le genre complètement absente de ses récits chez Marvel.
D’une certaine manière, il ne se montre pas tendre même si on sent une certaine tendresse pour ses héros, prêt à tout sacrifier pour sauver ce monde en perdition.

Derrière tout cela, il y a un architecte : Ryan Browne.
À priori, le style de l’auteur reste classique et son encrage massif alourdit par moment sa mise en page.
Malgré ces légères critiques, on ne peut qu’être épaté par l’inventivité d’un dessinateur qui passe d’un univers à un autre avec une aisance folle.
Robots géants, dinosaures, tracteur fou, Ryan Browne s’amuse comme un fou pour mettre en scène cette espèce de dégénérescence cartoonesque.
Ainsi, le récit jonglera entre des éléments loufoques, post apocalyptiques, futuristes et même super-héroïques, tout en gardant une cohésion d’ensemble.

En résumé

Eight billion genie de Charles Soule et Ryan Browne est un comics épatant à plus d'un titre. 

Le concept aurait pu être casse-gueule mais Charles Soule maîtrise de bout en bout son intrigue en lui apportant autant de cohérence que de folie.
Derrière cette avalanche d'univers allant du cartoon au post apocalyptique en passant par le super héros, le scénariste jette un regard critique sur une humanité incapable de prendre la pleine conscience du pouvoir qu'elle a entre les mains.
Heureusement, pour certain.es, la famille et les amis restent de puissants piliers permettant une réflexion plus responsable.

Ryan Browne s'amuse comme un fou en multipliant les designs et les ambiances, renforçant toute la richesse d'un comics "coup de coeur"

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