Le détective privé Frank Sangaré débarque à Saint-Elme, petite ville réputée pour son eau de source.
Il enquête, avec l’aide de Madame d’Ombre, sur la disparition d’ Arno Cavalieri, fils d’une riche cliente.
Une affaire tout ce qu’il y a de plus banale, si ce n’est qu’à Saint-Elme, rien n ‘est banal!
Un polar haletant

Saint-Elme de Serge Lehman et Frederik Peeters est un polar implacable avec un Frank Sangaré, au moins au départ, en archétype du détective privé.
Le type arbore une mine de bougon, non sans un certain humour pince sans rire, et fait preuve d’un véritable sens de l’observation, chose indispensable pour ce métier.
En terme de look, hors de question de se faire remarquer.
Hormis sa paire de lunette de soleil, rien ne semble le distinguer de la masse.
Mais le détective a du métier et il en impose.
Malgré tout, cette affaire va vite lui donner du fil à retordre autant physiquement que psychologiquement.
Habituellement en duo avec son frère Philippe, il se retrouve plongé dans une histoire familiale dont les enjeux le dépasse.
Mais il sait, qu’en cas de pépin, il peut compter sur le frangin pour venir lui porter secours.
Simple affaire de disparition, Serge Lehman, par le biais des découvertes de son détective, creuse dans les mystères de la ville.
Dans son ombre, se cache une des grandes familles mafieuses de la région : les Sax .
Ainsi, le scénariste développe des liens contrastés par des ambitions propres teintées de profonds ressentiments.
Entre une mère recluse, une fille gérant les affaires à sa façon, un fils à la ramasse et un père luttant contre l’influence du grand-père, les tensions sont explosives et les traitrises nombreuses.
Le scénariste accorde une grande importance à la structure de son récit.
Aucun élément n’est anecdotique et la moindre action a des répercussions sur la suite des évènements.
Ainsi, la tournure de l’intrigue est complètement inattendue.
Et les rebondissements montrent une véritable gestion du suspense.
Serge Lehman a su préserver la résolution de son intrigue tout en se réservant plusieurs pages d’action pour un final explosif.
A l’ombre du fantastique

Serge Lehman est connu pour ses récits de science fiction et son approche du fantastique mêlant hommage et modernité.
Une vision globale lie l’ensemble de ses albums, de la Brigade chimérique à L’homme gribouillé.
Si Saint-Elme, avec cette tonalité polar, explore une vois différente, cela ne veut pas dire pour autant que le fantastique y est absent.
Au contraire, le récit puise sa source dans le folklore local de Saint-Elme.
Plusieurs éléments inexpliqués sont égrainés au fil des pages créant une tension diffuse et oppressante.
Que ce soit cette invasion de grenouilles, ce barman prédisant la météo avec exactitude ou cette jeune fille à l’étrange tatouage, les interrogations sont multiples.
Si l’auteur en divulgue plusieurs au fil des pages, la série reste marquée par de nombreuses d’incertitudes.
Et d’ailleurs, le scénariste ne répond pas forcément à toutes les questions, mettant habilement le doute entre ce que l’on pense et ce qui se passe réellement.
Magistral Frederik Peeters

De pilules bleues à Saint-Elme, Frederik Peeters est un auteur à suivre avec attention.
Son trait, et notamment son encrage, est d’une fluidité et d’une élégance remarquable.
Sa narration et ses cadrages sont recherchés et inventifs, en particulier sur les scènes d’action.
Là où il étonne, c’est dans sa gestion des couleurs.
En effet, il a longtemps été assimilé comme un auteur du « noir et blanc ».
Jusqu’à encore dernièrement avec Oleg, il aime s’approprier le média par ce genre de simplicité, même si la couleur l’a rendu plus abordable pour un large public.
Ainsi, on comprend l’intérêt pour cet intégral noir et blanc mais si, en réalité, elle dénature légèrement l’oeuvre.
En effet, la colorisation de Saint-Elme est aussi magnifique qu’essentielle.
Que ce soit sur les couvertures ou à l’intérieur, la palette de Frederik Peeters apporte une ambiance graphique oppressante et irréelle grâce à des choix monochromatiques radicaux.
Certains de ces codes couleurs semblent avoir un sens symbolique amenant à de multiples interprétations.
Au final, la couleur surpasse sa tâche habituelle et devient un outil narratif et scénaristique à part entière.
Prix et récompenses
- Prix René Goscinny 2024 – Meilleur scénariste
En résumé
On peut maintenant le dire : Saint-Elme de Serge Lehman et Frederik Peeters est un polar riche et fascinant.
Serge Lehman intègre par petites touches des doses de fantastique tout en les mêlant aux affaires criminelles de la famille Sax.
Multipliant les personnages et les mystères, il mène son lectorat par de multiples coups de théâtre et un rythme haletant.
Quant à Frederik Peeters, il nous laisse pantois devant une maitrise graphique absolue, marquée par des aplats de couleurs hypnotisants.
De ce fait, la version intégrale noir et blanc est à réserver aux amateurs "absolus" du trait de Frederik Peeters.
Serge Lehman clôture son récit sur une fin explosive apportant de nombreuses réponses, sans résoudre pour autant tous les mystères de Saint-Elme.
L'aura de la ville reste intacte jusqu'à la dernière page.



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