Alors que la population humaine sort d’une crise sanitaire, tous les animaux sont interdits, sans exception, et vivent désormais dans un « enclos de sauvagerie ». Jarod, un jeune garçon, ne se fait pas à cette idée et pense sans cesse à son chien, Syrius. Avec Nora, son amie passionnée d’ornithologie, ils décident, sans l’accord de leurs parents, de partir à sa recherche et d’entrer illégalement dans une de ces « réserves » : l’Archipel des animaux bannis.


Peut-on vivre sans animaux ?
Yves Grevet est un auteur jeunesse à la bibliographie bien remplie, notamment de récits de science-fiction. S’il est connu pour être l’auteur de Meto mais aussi l’un des quatre auteurs de la série U4, il s’intéresse cette fois aux liens qui unissent humains et animaux.
Le postulat de départ de cette dystopie est simple. Les maladies mortelles transmises par les animaux font prendre au gouvernement une décision radicale : interdire les animaux, qu’ils soient domestiques ou d’élevage. Dès lors, tous les chiens, chats et autres animaux familiers, sont parqués dans un enclos géant, surveillé. Son accès est strictement règlementé.
Mais les animaux domestiques ne sont pas les seuls à y être enfermés : même les oiseaux et les animaux sauvages ont disparu de l’environnement quotidien des humains. Pour leur bien, dit-on… D’ailleurs, la nourriture d’origine animale est elle aussi interdite. Laissant la place à une industrie agroalimentaire décomplexée, la Safe meat.
Et le bannissement des animaux ne s’arrête pas là…
– Mes parents sont dans le collimateur des autorités depuis longtemps parce qu’ils ont toujours lutté contre l’état d’urgence sanitaire qui perdure depuis les confinements. Alors que le bannissement des animaux est censé avoir supprimé tous les risques de nouvelles contaminations vers l’homme, les interdictions de manifester sont toujours en vigueur. Mon père et ma mère soutiennent que le gouvernement continue à jouer sur la peur des maladies pour empêcher les revendications sociales de s’exprimer.
On comprend, à travers ces paroles de Nora, l’amie de Jarod, que le contrôle de la population et la restriction des libertés passent aussi par cet isolement animalier. Dès lors, vouloir retrouver son chien fait du jeune homme un rebelle. Il va devoir mentir à ses parents, intégrer une filière illégale de « passeurs » pour espérer entrer dans l’enclos des animaux bannis. Pour revoir Sirius.
L’expérience de la rébellion
Yves Grevet nous avait déjà habitués à des personnages adolescents rebelles et assoiffés de liberté. Ici, Jarod, comme il le dit lui-même, n’est pas un opposant. Encore moins un rebelle. Mais il ne peut se résoudre à ne plus jamais voir son ami à poils.
Et c’est grâce à Nora, son amie engagée et enthousiaste, qu’il va se poser les bonnes questions et prendre la décision de risquer gros pour entrer dans l’enclos des animaux bannis. Ce qu’il va découvrir lors de leur expédition va lui ouvrir les yeux et lui faire découvrir la complexité de la situation.
En effet, et c’est là aussi tout l’intérêt du roman, les deux ados vont croiser des personnages dont les rapports aux espèces animales sont parfois opposés. Entre Joseph, l’ancien éleveur, qui vit près de l’archipel, les scientifiques qui effectuent des recherches dans l’enceinte de l’enclos et les chasseurs illégaux qui traquent les animaux sauvages pour le plaisir de la chasse, les points de vue sont divers. Jarod va forger son esprit critique par l’expérience de ces quelques jours passés dans l’illégalité. Et découvrir aussi l’importance de prendre ses responsabilités.
Parallèlement à ces réflexions pesantes mais nécessaires, il s’interrogera également sur les sentiments qu’il éprouve pour Nora. Car leur relation, au fil de leur aventure, va gagner en intensité.
Parfois, j’ai un peu l’impression que c’est Nora qui a tout décidé et que moi, je n’ai fait que suivre. Elle parle beaucoup et moi, souvent, je me contente de répondre à ses questions. Peut-être qu’elle attend que je prenne une initiative, je ne sais pas, que j lui tienne la main, que je lui fasse une déclaration. Mais j’en suis incapable.
L’expérience que Jarod va vivre le changera profondément. Et lui fera découvrir ce qui le rend vraiment heureux.
Pourquoi lire L’Archipel des animaux bannis ?
Avec l'Archipel des animaux bannis, Yves Grevet nous propose un récit dystopique original qui parlera aux adolescents émotionnellement et argumentativement. En suivant Jarod et Nora, prêts à tout pour pénétrer dans l'enclos de sauvagerie pour retrouver Sirius, le chien de Jarod, mais aussi toutes les espèces dont l'humanité est désormais séparée, on s'interroge sur nos liens au vivant et sur notre survie en tant qu'espèce isolée. Peut-on vivre sans animaux ? Jusqu'où un gouvernement est-il capable d'aller pour nous protéger ? Et surtout, que peut-on accepter ou refuser ? Les réflexions écologiques sont multiples et laissent ouvertes les portes de l'esprit critique.


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