Alors que Doctor Strange doit préserver l’existence de la magie sur Terre en ayant perdu lui-même une partie de ses capacités, il est contacté par le plus prestigieux magicien de l’histoire : Merlin.
Celui-ci réunit une équipe de sorciers suprêmes, venant de différentes époques, pour combattre un ennemi surpuissant : l’Oublié.
Mais encore faut-il que ce groupe hétéroclite soit assez uni pour faire face à cette menace.


Marvel et le monde de la magie
Doctor Strange et les sorciers suprêmes se déroule dans un contexte particulier pour le super-héros.
En effet, depuis le run de Jason Aaron, accompagné de Chris Bachalo, Stephen n’a plus qu’un accès limité à la magie.
Ceci explique en grande partie la diminution de ses pouvoirs et sa position de protecteur, se battant avec une hache et peu de formules magiques.
Si j’ai lu, en son temps, le run de Jason Aaron, je n’avais pas poursuivi sur sa suite.
Pour tout dire, je n’avais même pas connaissance de cet arc.
Il faut dire qu’hormis Javier Rodriguez, les auteurs et notamment Robbie Thompson, n’ont pas de carrière vraiment mémorable.
D’ailleurs, malgré de nombreux projets pour Marvel, c’est la première fois que je lis son travail.
Est-ce bon signe ? La plupart du temps, non ! Et pourtant…
Réunion de sorciers

Doctor Strange et les sorciers suprêmes de Robbie Thompson, Javier Rodriguez et Nathan Stockman est un run sympathique qui a l’avantage d’être court, proposant un début et une fin.
L’idée de base est assez simple. Le monde est en danger ( une nouvelle fois !! ) et Merlin décide de réunir les plus grands sorciers suprêmes, toutes époques confondues.
Et forcément, Doctor Strange, malgré sa situation actuelle, en fait partie.
L’équipe choisie peut paraître étrange, mélange de personnages plus ou moins obscurs.
Mais les plus averti.es savent que les comics mettant en scènes des héros et héroïnes de secondes zones sont souvent propices, pour les auteurs, à plus de liberté créative.
Comme mentionné plus haut, Strange n’est pas au meilleur de sa forme et au sein de cette équipe, il n’est qu’un sorcier parmi les autres.
Wiccan l’admire mais les autres ne lui accordent guère d’importance.
Loin d’être le leader, il est surtout la caution morale de l’équipe, retrouvant même son rôle de médecin du groupe.
D’ailleurs, on notera l’amusante allusion faite au Docteur Strange de Brian K. Vaughan, reprenant la scène du cabinet médical, en inversant certains rôles.
Si les autres membres sont moins prestigieux, le scénariste leur accorde à chacun une attention toute particulière.
Wiccan vient du futur.
Si nous le connaissons comme membre des Young Avengers et fils de la Sorcière Rouge, nous en découvrons une version plus expérimentée.
Marié à Hulking et père d’un jeune garçon, il reste fortement attaché à sa situation familiale. Ce qui est sa force mais aussi sa faiblesse.
À l’inverse, l’Ancien n’est qu’un gamin, bien loin du vénérable maître qui a enseigné les arts mystiques à Stephen Strange.
Un décalage d’autant plus fort que le jeune garçon se montre des plus arrogants, notamment envers son futur disciple.
Ce lien distordu entre le maitre et le disciple sera un des fils rouges de l’intrigue, nous amenant vers une émouvante conclusion.
La présence d’Isaac Newton peut surprendre.
Mais le personnage avait déjà été transposé dans l’univers Marvel, à travers la série de Jonathan Hickman, S.H.I.EL.D.
Vantard et particulièrement individualiste, le vieillard n’a aucunement envie de travailler en groupe. Sa présence découle, comme pour tous les autres membres, d’un deal avec Merlin.
Il est aussi le créateur d’une sorte de Golem simplet : le Conscient.
Cette créature, créée par Steeve Dikto et Stan Lee, est reprise par Robbie Thompson dans une version humanisée et assez attachante.
D’ailleurs, elle se liera d’amitié avec Kushala, sorcier suprême indienne dont le pouvoir rappelle celui du Ghost Rider.
Un deuxième personnage féminin complète le tableau : Nina la bateleuse, sorcière du XIXeme siècle, adepte de colt.
Robbie Thompson s’amuse véritablement avec ce casting qui lui offre un espace vierge immense.
Et même s’il est obligé de rameuter la cavalerie avec l’inévitable Spider-Man, il compense avec la plus absurde des créatures de Marvel : Howard The Duck.
À ce niveau, la série est un véritable délice jouissif qui, sans aller aussi loin que les Defenders d’Al Ewing, propose un espace de jeu des plus délirants.
Ensemble, les héros vont devoir apprendre à collaborer tout en ayant chacun des objectifs plus « personnels ».
C’est d’ailleurs la grande force de cet arc.
Sur la première partie, Robbie Thompson nous les présente un à un tout en nous dévoilant les raisons de leur intégration au groupe de Merlin.
Petit à petit, l’intrigue et les relations qui découlent de leur pacte s’étoffent.
Merlin, que l’on a déjà vu dans la série Excalibur d’Alan Davis, est complexe et ses plans sont souvent teintés de mensonges et multiples manipulations.
Ce qui n’enlève en rien à l’importance de la menace qui plane…
Une grande menace

La grande méchante a un nom : l’Oublié, créature grotesque aux capacités de destruction immenses.
D’ailleurs, leur première confrontation se conclut par une cuisante défaite, obligeant le héros à fuir tout en cherchant une solution pour briser son ennemi.
Le physique du monstre est à l’image du ton de l’arc.
Psychédélique à souhait, les chapitres multiplient les moments de bravoure et les environnements magiques où les lois de la réalité n’ont plus de sens. C’est étrange, onirique, cauchemardesque et, en même temps, fascinant.
Robbie Thompson ne joue pas la facilité et n’hésite pas à chambouler son intrigue par de multiples rebondissements.
La seconde partie pourrait se résumer comme un énorme affrontement. Et de ce point de vue, l’ambition est grandement assumée.
Alors que les Avengers font face à une créature démoniaque, les sorciers suprêmes traversent, dans une couse folle, les plans de la réalité.
La conclusion peut paraître brusque mais elle n’annonce pas la fin de l’histoire.
Prenant le temps de « ranger » ses jouets, il garde les derniers chapitres pour conclure les arcs consacrés à Wiccan et à l’Ancien, bouclant ainsi son cycle.
Alors oui, cet arc n’est pas majeur dans l’histoire globale du Doctor Strange. D’ailleurs, on pourra regretter que la plupart de ces personnages tomberont dans le fin fond des oubliettes de Marvel.
Néanmoins, ses qualités sont certaines.
Inventif, délirant, on est happé par les aventures de ces sorciers suprêmes et la proposition graphique qui lie l’ensemble.
Une hallucinante prestation graphique

Beaucoup auront découvert le travail de Javier Rodriguez avec Absolute Martian Manhunter même si le dessinateur espagnol a une longue carrière derrière lui, notamment chez Marvel.
Doctor Strange et les sorciers suprêmes est un projet qui lui convient à merveille.
Que ce soit le personnage, l’univers psychédélique qui en découle ou le scénario de Robbie Thompson, ce projet sonne comme une évidence.
On sent une réelle cohésion entre les idées du scénariste et l’esprit tordu et créatif du dessinateur.
L’Oublié est une parfaite émanation de la bizarrerie et de la maitrise de ses designs.
L’auteur est autant à l’aise sur les héros classiques que sur les nouvelles créations apportées au récit.
Les hommages à l’univers de Steeve Dikto ou les transes de Steranko sont évidents, quoiqu’il en modernise la vision.
Ainsi, si l’escalier sans fin, hommage à Escher, reste un classique, tout le chapitre à la sauce » histoires dont vous êtes le héros » est d’une inventivité et d’une audace rares pour un comics de super-héros.
Et je ne parle même pas de la scène où le héros sorte littéralement d’un livre pour en tourner les pages.
Les apports de Javier Rodriguez au récit de Robbie Thompson, semblent primordiaux et on aurait pu craindre une dégringolade qualitative avec les fill-in, confiés au méconnu Nathan Stockman.
Cependant, le dessinateur irlandais tente, au mieux, de conserver une cohérence esthétique avec son collègue.
Certes le talent est moindre mais l’intention est louable !
En résumé
Doctor Strange et les sorciers suprêmes de Robbie Thompson, Javier Rodriguez et Nathan Stockman est un arc de qualité qui semble, malgré tout, avoir été oublié par une partie du lectorat.
Si l'arc est court, 12 numéros, il a au moins l'avantage de proposer un début et une fin tout en développant une multitude de personnages et un délicieux environnement fantasmagorique
Robbie Thompson gère parfaitement son intrigue, multipliant les révélations et autres retournements de situation.
Javier Rodriguez, comme à son habitude, se montre particulièrement inventif en proposant des mises en page d'une grande inventivité.
Se moulant totalement dans l'univers psychédélique du sorcier suprême, il en propose une version modernisée mais tout aussi hallucinatoire.
Certains chapitres dont " celui dont vous êtes le héros" sont de véritables prouesses graphiques.
Nathan Stockman essaie d'assurer la cohésion même si le niveau n'est pas forcément à la hauteur.
Un arc qui se déguste pour ce qu'il est : un pur moment de divertissement et de délire narratif.


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