The New Frontier (Darwyn Cooke)

1945, Les Losers, une unité de l’armée américaine, est dépêchée pour sauver un scientifique.
Malheureusement, ils échouent sur une île mystérieuse peuplée de créatures préhistoriques. Seul, le Colonel Rick Flagg en ressort vivant, ne devant son salut qu’au sacrifice de ses valeureux hommes.
Cet évènement est le point de départ à l’avènement d’une nouvelle génération de héros .

Hommage aux héros américains

Il est bon de commencer cette chronique par une petite note d’intention.
Au vu du projet, on pourrait croire que The New Frontier de Darwyn Cooke soit inaccessible aux newbies des comics.
Effectivement, comme nous le verrons, avec cette mini-série en 6 parties, l’auteur canadien se lance dans un hommage, voire une réécriture, de l’âge d’or et du début de l’âge d’argent des super-héros Dc comics.
De quoi faire trembler même les plus curieux !

Pourtant, d’expérience, je ne peux que vous conseiller cette lecture quelques soient vos domaines de compètences en la matière.
Lors de ma première lecture de The New Frontier, je commençais tout juste ma découverte de l’univers DC comics et certains personnages m’étaient totalement inconnus. D’ailleurs, encore aujourd’hui, certains noms me sont étrangers et même si je saisis plus facilement les easter eggs et l’ambition de son auteur, l’ensemble est assez bien mené pour rester lisible pour un large public.

Sa puissance tient avant tout dans le propos de Darwyn Cooke : proposer un vibrant et sincère hommage à ces héros américains et aux lien étroits qu’ils entretiennent avec avec l’Histoire de leur pays, les États-Unis.

Réécrire l’histoire de Dc comics

L’arrivée du martien

On a du mal à l’imaginer de nos jours, abreuver que nous sommes d’univers connexes, d’events et autres crossovers, mais à l’origine les super-héros vivaient leurs aventures chacun dans leurs coins.
Des plus méconnus aux plus prestigieux, les rencontres se faisaient rares et il était difficile de parler d’univers global.

Avec The New Frontier, Darwyn Cooke part du principe, qu’au contraire, ses personnages vivent bien sur la même planète, se croisent et ont des interactions régulières.
Ce qui lui permet de poser les bases d’une chronologie avec une datation précise des nouvelles apparitions.
Le point de départ est l’année 1945, à la fin de la seconde guerre mondiale.

Les Losers, création originale de Jack Kirby, est un comics de guerre méconnu, mettant en scène quatre GI américains.
En reprenant cette équipe, Darwin Cooke se coule dans cette époque révolue du comics américain, tout en créant une transition vers son évolution à venir.
Ainsi, l’équipe ne combat pas des nazis mais doit survivre dans une île remplis de dinosaures. Tout d’un coup, l’extraordinaire prend le pas sur le réel, laissant ainsi le champ libre à un nouveau type de héros.

Certains d’entre eux sont déjà en activité. On ne présente plus la trinité, composée de Superman, Wonder Woman et Batman. D’ailleurs, le récit part du principe que nous connaissons tous leurs histoires même si leur développement correspond avant à l’époque décrite.
Ainsi, Si Batman fait ses débuts comme protecteur de Gotham City, Superman et Wonder Woman sont au service du gouvernement, participant à l’effort de guerre.
Le patriotisme de Superman peut surprendre mais il correspond à l’image que l’on se faisait de ce héros. une image bien différents de celle de Wonder Woman, féministe et plus à l’écoute des désirs du peuple.
Et forcément, ses actions ne peuvent que déplaire.

Si la trinité est bien présente, elle est loin d’être centrale, laissant la place aux « second couteaux ».
Le colonel Flagg, Hal Jordan et même le Martien Manhunter traverse les pages séparément pour mieux converger vers un point culminant, propice à l’union des forces.
Ainsi, Darwyn Cooke construit une architecture solitude autour de liens solides, créé davantage dans la vie civile plutôt que superhéroique.
La scène du match de boxe, opposant Wilcat (membre de la JSA) et, un dénommé Cassius Clay, en est un parfait exemple. Bruce Wayne, Lois Lane, Oliver Connor se côtoient, sans connaître les activités de suns et des autres.
De même, la destiné d’Hal Jordan et intrinsèquement lié à celle des Challengers de l’Inconnus puis du Colonel Flagg.
Les Challengers de l’Inconnus, autre création de Jack Kirby et de Dave Wood, restent des personnages obscurs de l’univers Dc même s’ils ont servis d’inspirations aux Fantastic Four.

The New Frontier tient sur une ligne droite, mais tortueuse, dont certains personnages sont les clés.
Ainsi, Martian Manhuter enquête, collabore avec Batman, découvre une conspiration plus ample avant de se confronter au gouvernement américain.
De l’autre côté de l’échiquier, Hal Jordan cherche sa voie. On découvre un personnage complexe, soldat et pacifiste, futur héros galactique : Green Lantern.

Sur sa dernière partie, le comics embrasse l’avènement de l’âge d’argent.
Lors d’une confrontation dantesque, les héros s’unissent pour combattre un ennemi qu’ils ne peuvent battre seuls.

Si le récit multiplie les références et les points de vues, il ne perd jamais son lectorat.
Elles ne nuisent aucunement à la compréhension, ni à la puissance d’une saga , traversant l’histoire des comics et celle des Etats-Unis.

Héroïsme à travers l’histoire américaine

Réagir au racisme

À l’approche de la cinquantaine, on pourrait se demander ce que je trouve intéressant dans mes lectures mainstream.
Il y a une chose que j’ai toujours apprécié avec les comics de superhéros : ils sont le reflet de la société.
The New frontier en est la parfaite retranscription.

À travers l’avènement d’une nouvelle génération de héros, le comics porte un regard sur l’histoire contrastée des Etats-Unis.
L’auteur n’hésite pas à citer les grands conflits, de la seconde guerre mondiale à la Corée, en passant par l’Indochine, tout en démontrant en quoi, l’image du héros s’est modifié avec le temps.
Cet aspect se retrouve notamment dans les confrontations d’opinion, opposant Superman et Wonder Woman.
Superman suit l’idéologie des Etats-Unis alors que Wonder Woman n’hésite pas à la remettre en question.

Reflet du Maccarthysme ambiant, le gouvernement se méfie des héros. S’ils travaillent pour eux, pas de problème mais pour les outsiders, la chasse commence.
Flash en fera les frais mais aussi le Martian Manhunter dont les origines poussent d’autant plus à la paranoïa.
Les super héros sont à l’image des communistes, traqués et ostracisés.

Car, c’est aussi cela les Etats-Unis.
Son Histoire est marquée par l’intolérance et le racisme notamment vis à vis de la population noire.
La destinée tragique de John Henry en est là aussi une parfaite émanation.
D’ailleurs, je me demande si le personnage n’est pas un hommage à Watchmen dont l’auteur en écrira un prequel, Before Watchmen, quelques années plus tard.

Avec le temps, l’image du héros a changé.
Le GI américain laisse la place à un nouveau type de protecteur, moins réaliste mais plus lumineux et pour beaucoup, prêt à combattre les dérives.
En s’unissant, ils reprennent les valeurs qui ont poussés de nombreux soldats à combattre lors de la seconde guerre mondiale, celle d’une démocratie qui ne lutte pas pour ses propres intérêts mais pour le monde entier.

Au vu de la période actuelle, le message reste sacrement pertinent !

L’excellence du dessin rétro

Un dessin faussement naïf

Darwyn Cooke reste un de mes auteurs préférés.
Je l’ai découvert avec The New Frontier qui est, avec ses adaptations de Parker, son oeuvre la plus ambitieuse.
Malgré tout, je garde une affection toute particulière pour ses premiers récits, notamment Batman : Ego et Catwoman : le grand braquage.

Son style, fortement influencé par Bruce Timm et ses premières expériences en tant que storyboarder sur Batman, la série animée et Batman : la relève, est acèré, massif et porté par un jeux d’ombrage d’une grande maitrise.
The New Frontier, aidé par génial Dave Stewart à la couleur, est lumineux même si certaines scènes révèlent une ambiance plus sombre et âpre.

Le trait, volontairement rétro, explore de nombreuses facettes allant du récit de guerre au polar, dont il est friand, jusqu’à la science fiction ou le pur récit super héroïque.
Il se montre à l’aise avec tout type d’ambiance et tout type de personnage, rendant autant grâce à la beauté de Diana qu’au look extraterrestre du Martien Mahnunter.
Il a su respecter la ligne de l’époque tout en lui apportant de la modernité.
Sa narration reste classique, essentiellement composé de pages à 3 cases, agrémentées de Spash pages, toutes plus belles les unes que les autres. En cela, on retrouve la méthode des auteurs de comics d’antan qui, à l’instar de John Byrne, aimait impacter la rétine de leurs lecteurs et lectrices.

The New frontier est, sans conteste, une des grands oeuvres du média.
Quand on sait que , malheureusement, l’auteur canadien nous a quitté à seulement 53 ans, on ne peut que regretter tous ce qu’il n’a jamais eu l’occasion de nous raconter.

En résumé

The New Frontier de Darwyn Cooke est une des plus grandes oeuvres du comics américains. 

Hommage à l'âge d'or de Dc comics, The New Frontier raconte l'avènement d'une nouvelle génération de héros sous le prisme de l'histoire américaine et notamment du maccarthysme.
D'une ampleur folle, elle délaisse la fameuse trinité pour se concentrer sur des héros plus annexes, tout en créant une unité globale, inexistante à l'époque.

Avec The New frontier, Darwyn Cooke explore les multiples facettes du comics américain, du récit de guerre au polar en passant par la science fiction, tout en étant le reflet de son époque.

Graphiquement, ce comics est sans doute, avec Parker, l'une des oeuvres les plus abouties de l'auteur.

Alors oui, les nombreuses références peuvent effrayer mais le récit reste accessible quelques soient vos connaissances.
The New Frontier est une oeuvre qu'on redécouvre à chaque relecture !
Bulles carrées

Pour lire nos chroniques sur :

  • Electre

Prix et récompenses

  • Eisner Awards du meilleur recueil – 2007
  • Eisner Awards de la meilleure mini-série – 2005
  • Harvey Awards de la meilleure série – 2005

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