1961- Le projet scientifique de Reed Richards est annulé mais il passe outre l’avis du gouvernement.
Accompagné de sa petite amie et scientifique Sue Storm et de son beau frère Johnny, il s’adjoint les services d’un pilote chevronné : Ben Grimm.
Mais le voyage ne se passe pas aussi bien que prévu. Ils sont touchés par des rayons cosmiques et acquièrent d’incroyables pouvoirs : ce sont les Fantastic Four !
Cependant, l’expérience de Reed a attiré l’attention de Galactus qui, signe annonciateur de la fin des temps, s’approche inexorablement de la Terre.



Le temps qui passe
Fantastic Four : l’histoire d’une vie de Mark Russel prend sa source dans un projet précédent, Spider-Man : l’histoire d’une vie.
Écrit par Chip Zdarsky et dessiné par Mark Bagley, la mini série mettait en scène l’homme araignée des années 60 à aujourd’hui, vieillissant au fil de ses aventures.
Le ton se voulait plus réaliste, impactant autant le héros et son entourage que ses adversaires.
Le comics rencontre un certain succès et Marvel, détestant le vide, réitère l’expérience avec : les Fantastic Four.
Pour l’occasion, exit Chip Zdarsky et bonjour Mark Russel !
Le scénariste américain, connu notamment pour ses oeuvres aux thématiques résolument actuelles, adopte totalement l’idée.
D’ailleurs, il reprendra le même concept chez la concurrence avec Superman : space age.
Super-héros et féminisme

Effectivement, Fantastic Four : l’histoire d’une vie pourrait paraître comme une version bêta de Superman : Space Age.
Que ce soit la réalité temporelle ou cette idée de fin du monde, les comics ont beaucoup en commun.
Pourtant, il n’aborde pas les mêmes thématiques. Et pour cause, ce ne sont pas les mêmes super-héros.
L’esprit scientifique et familial des Fantastic Four est bien plus terre à terre, et s’accorde mieux à la réalité, que l’imagerie pulp de Superman.
Si l’ambiance générale s’avère moins ambitieuse, le scénario se montre plus mainstream et donc plus abordable.
Néanmoins, entre machination gouvernementale, guerre et progrès social, l’histoire réelle impacte l’évolution de l’équipe de super-héros.
Et pour démontrer cela, Mark Russel a l’archétype parfait : Sue Storm ana La femme invisible.
Rien que son patronyme superhéroique est une évocation de la position de la femme dans les années 60.
À l’origine, Sue est l’amoureuse transie, la bonne mère de famille qui, loin des combats, à la charge d’élever son fils, Franklin Richards.
Si Mark Russel reprend cette base, c’est pour mieux les critiquer.
Tout d’abord, il fait de Sue une scientifique aussi capable que son mari de conduire une mission.
Pourtant, devenant mère, elle est mise à l’écart par les autres membres de l’équipe. Et, pour le coup, elle n’a le soutien d’aucun des hommes. « Après tout, c’est ainsi que les choses sont faites ».
Cependant, Sue est une femme active qui compte bien défendre ses droits.
Mais tiraillée entre son rôle de mère et ses convictions de femmes, et peu soutenue par son mari, elle trouve le réconfort chez un autre.
Mark Russel reprend les grands moments de l’histoire des Fantastic Four, tout en y apportant un regard plus moderne.
Si on se souvient de la féministe hystérique reprochant à Sue de se complaire dans son rôle de Femme Invisible, dans le Fantastic Four #245 de John Byrne, Mark Russel se réapprorie ce moment par une simple dédicace faite à Sue : « Ne restez pas éternellement une femme invisible ».
Elle fait des choix, parfois radicaux pour son époque mais les assume, prenant le risque de casser le lien familial.
Au final, derrière les obsessions de Reed Richards, on trouve Sue Storm, vivant sa vie de femme et de super-héroine.
Si globalement, Fantastic Four : l’histoire d’une vie est une histoire mainstream, Mark Russel n’a pas oublié de lier l’équipe au monde réel.
Le féminisme de Sue en est la preuve, les souvenirs de guerre de Ben Grimm en sont une autre.
Super-héros et fin du monde

Fantastic Four : l’histoire d’une vie propose un monde alternatif, permettant aux lecteur-rices d’accepter les nombreux changements opérés par l’équipe créative.
Les premiers touchent , partiellement, l’équipe elle-même.
Ainsi, Ben n’est plus l’ami de Reed mais un pilote se trouvant au bon moment au bon endroit.
Et forcément, l’atténuation de ce lien provoque un ressentiment bien plus fort de La Chose envers le Dr Richards.
D’une certaine façon, Mark Russel ne donne plus d’excuse à Reed mais en plus permet une réelle rédemption pour Ben qui, forcément, changera de position avec le temps.
Globalement, le scénariste atténue l’aspect familial.
OU du moins, les Fantastic Four ne sont plus la soi-disant famille irréprochable.
Les tensions et les incompréhensions sont palpables, amenant l’équipe à être « digérée » par le reste de la communauté super-héroïque.
Il est d’ailleurs intéressant de voir que si les FF disparaissent au fil des pages, la famille avec ses évolutions reste présente jusqu’au bout.
Et puis, il y a Franklin Richards qui a enfin l’occasion de grandir, vivant sa vie d’adolescent puis d’adulte.
Mark Russel fait des choix drastiques mais respecte l’histoire originale.
Ainsi, Galactus devient la menace ultime mais Fatalis ne pouvait pas être absent de l’équation.
Reste que Galactus bouffe tout l’espace. Mais absent, sa présence se fait sentir tout du long.
On se demande d’ailleurs si le Fantastic First Step ne s’est pas inspiré de cette ambiance, montrant l’obsession de Reed face à cette fin du monde annoncée.
Reed Richards devient un lanceur d’alerte qu’au mieux on ignore, au pire on moque.
Il ne faut pas grand chose pour faire le parallèle avec les nombreux scientifiques s’alarmant de l’état de la planète, face à une population et à des dirigeants inconscients.
Dans l’ensemble, Mark Russel se montre généreux, en explorant à travers cette histoire des quatre fantastiques l’histoire globale de Marvel qu’il a voulue différente et en même temps proche de ce que nous connaissons.
Il manie habillement l’hommage tout en gardant en tête l’ambition de sa proposition malgré certaines facilités sur sa conclusion.
La méthode Marvel

Originaire d’Afrique du Sud, Sean Izaakse a toujours rêvé de devenir dessinateur de comics.
Et c’est en grande partie au sein de Marvel qu’il exercera l’essentiel de sa jeune carrière.
Mais, si son trait est loin d’être désagréable, il est assez symptomatique d’une forme d’aseptisation graphique au sein de la maison des idées.
Le dessin est propre et détaillé, la narration est efficace et dynamique mais en terme de stylisation, on reste sur quelque chose de très commun.
Notamment sur Fantastic Four : l’histoire d’une vie. Il dessine seulement les trois premiers chapitres et ses « remplaçants » ont des styles si similaires qu’il est difficile de les différencier.
En vérité, si l’oeuvre y gagne en cohérence graphique, elle y perd en charme. Et au vu de la qualité d’ensemble, on peut regretter une approche graphique plus marquée.
Elle a au moins l’avantage de plaire au plus grand nombre. Et c’est sans doute ce que recherche Marvel Comics !
En résumé
Reprenant le concept de Spider-Man : l'histoire d'une vie, Fantastic Four : l'histoire d'une vie de Mark Russel et Sean Izaaks (entre autres) tente de faire vivre à la plus grande famille de super- héros l'histoire des années 60 à 2014, menacée par la destruction de la Terre.
Mark Russel se réapproprie le quatuor et le fait évoluer suivant les codes d'une époque en plein bouleversements.
Pendant que Reed tente de trouver un moyen de prévenir le monde de l'arrivée de Galactus, Sue est tiraillée entre son rôle de mère et un féminisme de plus en plus affirmé.
Si l'ensemble reste mainstream, le scénariste a su y injecter une portée sociale pertinente, offrant une forme de réalisme à l'intrigue.
Ainsi, Reed devient un lanceur d'alerte qui, à l'instar des scientifiques s'inquiétant du réchauffement climatique, est moqué jusqu'au jour où...
Graphiquement, Sean Izaaks propose des planches propres et détaillées mais qui manquent d'aspérité.
En prime, il n'est présent que sur les trois premiers chapitres, laissant sa place à 4 autres dessinateurs.
Heureusement, les styles restent assez proches.

