Saperlache (Sylvain Escallon)

À contre coeur, la famille Merliot trouve refuge dans la demeure familiale.
Le père, qui déteste l’endroit, passe ses journées à ruminer tout en cherchant un moyen de retrouver sa condition d’antan.
À l’inverse, le fils qui a toujours apprécié la maison de sa défunte grand-mère, est en quête d’évasion.
Ainsi, lors d’une de ses pérégrinations, il découvre un épouvantail dégarni qu’il rafistole avec les habits du paternel.
Le lendemain, l’épouvantail a disparu …

L’imagination pour contrer la solitude

Un étrange épouvantail

Saperlache est un conte fantastique à l’ambiance naturaliste hypnotisante.
C’est le quatrième album de Sylvain Escallon, auteur qui a posé ses valises aux éditions Sarbacane, dès son premier projet, Les zombies n’existent pas en 2013.
Pour ma part, j’étais passé, jusque là, à côté de son travail.

Saperlache est construit en plusieurs chapitre s’ouvrant sur une page de conte, tiré du livre préféré du personnage principal :  » Légende des basses campagnes. »
Ce recueil de contes « macabres » offre un aperçu de la teneur global de l’album.

À l’image de ces récits, la bande dessinée reprend tous les codes du récit fantastique, donnant l’impression, dans un premier temps, d’être en terrain un peu trop connu.
Une famille se retrouve dans la vieille maison familiale et alors que les adultes essaient de régler leurs soucis personnels, l’enfant se laisse happer par un environnement surnaturel.
En tant que fan du Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro, j’apprécie tout particulièrement cette ambiance, mélange délicat entre réalité et fantastique, trouvant ici un écrin de choix à travers la personnification de l’Epouvantail.
L’imagerie autour de ce bonhomme de paille reste fascinante, même si elle est loin d’être nouvelle.
Malgré tout, Sylvain Escallon a su la mettre en valeur, en développant davantage l’emprise psychologique plutôt que de jouer la carte de la terreur.

Ainsi, on suit l’évolution de ce jeune garçon dont on ne connait pas le nom et dont l’insouciance sera mise à mal par les attitudes dénigrantes des adultes.
Et, en premier lieu, ses parents. C’est pour échapper à un père colérique et une mère absente qu’il multiplie les expéditions dans les bois à la recherche de nouvelles occupations.
Un lien se créé entre l’enfant et cet environnement naturel qu’il explore avec curiosité, aidé en cela par les leçons d’un vieil homme amateur de champignons.
La nature devient son refuge, un royaume à protéger des incursions humaines.

Les villageois ne sont pas plus tendres.
Quand les activités du jeune garçon commencent à nuire à leur vie paisible, ils le rejettent pour mieux le pourchasser par la suite. Ils ne cherchent pas à comprendre ses agissements, cherchant avant tout à le punir de ses « fautes ».
Dans l’ensemble, la vision des adultes est cruelle. Seul le vieil homme est à l’écoute du garçon mais ses objectifs restent obscurs.

On lit Saperlache avec plaisir, même si on l’impression d’en saisir tous les rouages.
Pire, on se croit presque plus malin que l’auteur ! On devine la supercherie sans se douter qu’elle en cache une autre.
Et la révélation finale nous percute, sans aucun ménagement. Brutale, choquante et inimaginable !

À travers ce récit, l’auteur explore l’insouciance d’une enfance luttant contre le mépris du monde adulte.
Seul le vieil homme et une jeune fille le raccrochent encore un temps au monde réel.
Mais pour combien de temps ? Et quelles en seront les répercussions ?

La conclusion est particulièrement amère, offrant peu de perspective à la solitude du personnage principal.

La maturation d’un auteur

Quelques expériences narratives

En faisant quelques recherches sur les projets précédents de Sylvain Escallon, j’a pu remarquer les énormes progrès entrepris avec cet album.

Si le dessinateur a toujours eu une certaine appétence pour le noir et blanc, citant notamment Comès comme source d’inspiration, son trait est à l’origine plus sec mais aussi plus perfectible.
Les anatomies sont distordues et les visages plus acérés.

Avec Saperlache, il a su ‘adoucir » son encrage sans pour autant en perdre l’impact.
La gestion de la lumière est moins stricte, apportant de la souplesse à son trait, légèrement rehaussé par une unité de marrons.
L’encrage, un peu gras, rappelle, à certains égards, celui de Frederik Peeters mais aussi celui de Laurent Astier notamment dans ses choix de mise en forme des volumes.
La forêt, personnage à part entière de l’album, est majestueuse, touffue à certains moments et clairsemée à d’autres.

Sa narration reste sage, même s’il a, sur certaines pages, des envies de faire un peu plus éclater le cadre.
Le dessin reste perfectible sur les personnages mais, au fil des pages, il leur offre de chouettes espaces graphiques, à l’image de cette magnifique couverture d’album.

Certes, je découvre tout juste le travail de Sylvain Escallon mais j’ai l’impression que cet album marque un revirement.
Et si tout n’est pas parfait, on reste subjugué par la beauté naturaliste de certaines planches.
Un auteur que je suivrai avec plaisir !

En résumé

Saperlache de Sylvain Escallon semble reprendre tous les codes du conte fantastique.

Derrière une base classique, on explore l’insouciance et la solitude d’un enfant trouvant du réconfort et des objectifs dans le monde surnaturel, symbolisé par la figure de l’Épouvantail.
Rapidement, on pense saisir la volonté de l’auteur et on craint que l’ensemble manque de surprise… jusqu’à une révélation finale aussi brusque qu’inattendue.

Profondément amer, le récit de Sylvain Escallon prend aussi la forme d’une transition graphique pour le dessinateur.

Entreprise sur son album précédent, elle trouve ici une véritable maitrise formelle, notamment dans sa retranscription des décors naturels.
L’album est magnifique et, derrière la rondeur du trait, se cache une véritable noirceur !

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