Vivant dans un bidonville, Rudo, malgré les interdictions, infiltre les déchèteries afin de récupérer tout objet utilisable et lui offrir une « seconde vie ».
Cette activité lui vaut d’être méprisé et traité comme un criminel.
Heureusement, il peut compter sur le soutien de son père adoptif, Regto, et de sa seule amie, Chiwa.
Mais sa vie bascule lorsqu’ il découvre le corps inerte de Regto. Accusé injustement de meurtre, il est condamné à l’Abîme et jeté dans ce trou noir comme un vulgaire déchet.
Rudo compte bien se venger. Or, pour cela, il va devoir survivre aux multiples dangers des terres de l’Abime.


Un monde de déchets
Je l’ai mentionné plusieurs fois ici mais je me sens de plus en plus largué devant la production massive de mangas.
Je suis toujours à la recherche de nouvelles séries mais trop souvent, je me replie sur des valeurs sûres.
Si, j’arrive encore, à l’instar d’un Bugle Call, à me laisser surprendre par de chouettes seinen, le shonen ne trouve guère de place dans mes lectures.
Dans un sens, je m’étais fait une raison. Certes, je garde un attachement fort à One Piece, mais la banalité des codes inhérents au genre a commencé à me lasser.
Je tente encore, ici ou là, quelques propositions mais elles s’avèrent souvent infructueuses.
Et puis, je tombe par hasard sur Gachiakuta de Kei Urana.
Peu adepte de l’actualité manga, je pensais avoir fait une découverte alors que la série date de 2022 et compte déjà… 18 tomes.
C’est le premier manga de son autrice qui travaillait auparavant en tant qu’assistante de Atsushi Okubo, le créateur de Soul Eater et Fire Force.
Cette chronique se base sur ma lecture des deux premiers volumes et si cette première impression reste à confirmer, Gachiakuta m’a, dans l’ensemble, charmé.
Si le manga garde en son sein les marqueurs du shonen, il est aussi porté par un personnage profondément en colère contre une société inégalitaire et profondément injuste.
Société inégalitaire et corrompue

Gachiakuta de Kei Urana débute par une partie introductive.
La mangaka nous présente Rudo, un jeune gamin des rues, vivant dans un monde divisé en deux parties.
La première peuplade, plus pauvre, (sur)vit dans les bidonvilles alors qu’une autre, privilégiée et détenant le pouvoir, siège dans la haute ville tout en méprisant le « petit peuple ».
Si cette séparation en deux castes n’est guère nouvelle, elle est parfaitement symbolisée par le héros du manga.
Solitaire, il doit vivre sous l’ombre d’un père tueur en série. Il n’a beau rien à voir avec lui, on rejette les fautes du paternel sur les frêles épaules du jeune garçon. Comme si le meurtre était génétique !
N’inspirant guère le respect, il prend des risques insensés en pillant les déchèteries, à la recherche d’objets encore utilisables et donc revendables.
Le terme de déchet est assez équivoque : Il symbolise autant l’objet que l’humain qu’on jette dès lors qu’il ne correspond plus aux besoins de la société. La poubelle étant un immense trou noir : l’Abîme.
Et Rudo, s’il se montre résistant à l’ordre établi, va rapidement en devenir une victime.
Il comprend que, quoi qu’il fasse, sa réputation prendra toujours le pas sur un jugement éclairé.
Condamné sans aucune forme de procès à la vindicte du peuple, il est balancé dans l’Abîme comme n’importe quel rebus. Et personne ne prendra fait et cause pour lui.
Ce qui provoque un sentiment de profonde colère, ne pouvant qu’être assouvi par la vengeance.
À partir de là, le manga prend un autre chemin.
Kei Urana explore l’Abîme, nous faisant découvrir un monde bien plus hiérarchisé et complexe qu’on ne le pensait.
Ainsi, ce monde du dessous rajoute une couche à ce système inégalitaire.
Devenant une véritable décharge, les habitants de l’Abîme haïssent les Célestins ( les habitants du haut ) quelle qu’aient pu être leurs conditions de vie.
D’ailleurs, il est difficile de ne pas penser à Gunm et à la cité de Zalem déversant ses détritus sur le bidonville de Kuzutetsu.
Le pouvoir des objets

Gachiakuta part d’un concept exprimé dès les premières pages du manga.
Dans chaque objet se loge une âme, pouvant être réveillée par des êtres possédant un pouvoir particulier.
Quand Rudo tombe dans l’Abîme, il ne sait pas encore qu’il est porteur de ce don.
Certes son lien avec les objets est évident mais il n’avait jamais été exploité dans son monde natal.
Comme dans de nombreux Shonen, le jeune garçon doit apprendre à maitriser ses pouvoirs malgré un potentiel hors du commun.
Mais, dans un premier temps, tout ceci ne l’intéresse pas.
La vengeance hante son esprit et il ne pense qu’à une seule chose : remonter à la surface pour faire payer la mort de son père adoptif.
Kei Urana exagère ce trait de caractère au risque de le rendre désagréable, pour ne pas dire « tête à claque ».
Cependant, ses futurs rencontres vont lui permettre de s’adoucir tout en apprenant à vivre dans ce nouveau monde.
À partir du volume 2, nous découvrons les Nettoyeurs. Leur mission est simple : nettoyer l’Abîme en détruisant des créatures féroces, formées de détritus.
La mangaka multiplie les personnages aux capacités uniques et crée une hiérarchie fondée sur la collaboration avec les auxiliaires.
Toutes les factions ont leur importance. Ainsi, les auxiliaires, bien que sans pouvoir, ont un rôle primordial lors des missions. Et c’est ce que va apprendre Rudo, un peu en même temps que nous.
Il est embarqué dans une histoire qui, pour le moment, le dépasse. Enjin, un des nettoyeurs, comprend le potentiel du jeune garçon et lui propose un marché qu’il ne peut refuser : intégrer son clan contre des informations pour retourner sur la Ville Haute.
En effet, si les nettoyeurs peuvent s’attacher à l’âme d’un seul objet, les possibilités du jeune garçon semblent d’un autre niveau.
Ce qui attire fatalement les regards vers lui.
Kei Urana avance ses pions à petits pas, multipliant les adversaires tout en nous attisant avec des éléments encore mystérieux.
Les questions sont nombreuses dont la première est tout simplement « qui a tué Regto et pourquoi ? «
En attendant la réponse, la mangaka nous plonge dans une intrigue haletante qui, si elle manque encore un peu d’humanité, pourrait bien nous surprendre sur les tomes suivants.
Une chose est sûre… Je serai de la partie !
Un graphisme attrayant

Surtout que la partie graphique est à la hauteur de son intrigue.
Pour un premier manga, Kei Urana frappe fort.
Je n’ai pas forcément lu Soul Eater ou Fire Force et je ne saurais dire ce qu’elle tient de son expérience en tant qu’assistante mais une chose est certaine : elle est foutrement talentueuse.
Pourtant, son style n’est pas particulièrement original. En voyant ses planches, on pense inévitablement à Boichi mais aussi à Joe Madureira dont on retrouve certains tics graphiques, voire même des designs communs.
Peut être aussi que cette impression est renforcée par une fusion parfaite entre manga et animé.
D’ailleurs, il n’est guère étonnant de découvrir qu’une adaptation animée est en court tant le format paraît comme une évidence
Le trait est fluide et ultra dynamique.
Les visages sont expressifs et l’encrage varie, entre masses de noir, traits de vitesse et autres codes narratifs.
Si les créatures manquent de caractère, la plupart des designs de personnages sont créatifs, caractérisant à merveille leur capacité ou la caste dont ils font partie.
Les décors sont rares mais présents dans les moments essentiels d’exposition.
Les scènes d’actions sont parfaitement chorégraphiées, même si elles restent encore sages au vu des possibilités de mise en scène. Surtout qu’elle semble à l’aise dans la multiplication des points de vue.
On pourrait croire que le style est déjà bien affirmé et qu’il sera difficile de faire mieux.
Pourtant, j’ose croire qu’elle peut encore monter en niveau. On est pas à l’abri de nouvelles prouesses graphiques sur les prochains tomes.
En résumé
Datant de 2022, avec 18 tomes et un animé au compteur, je découvre Gachiakuta avec un peu de retard.
Malgré tout, avec la lecture de ces deux premiers tomes, j'embarque dans une intrigue menée à 100 à l'heure par une mangaka des plus talentueuses.
Kei Urana nous propose un shonen qui, certes, ne bouscule pas les codes, mais développe une critique sociale forte liant le gaspillage des objets à celui de ceux que l'on considère comme les rebus de la société.
Si Rudo va vous paraître agaçant, il a en lui une rage et un esprit revanchard revigorant pour un héros de shonen.
Quant à cette société, déclinée en couches de plus en plus inégales, elle se hiérarchise entre castes aux objectifs divers et souvent opposés.
Le dessin de Kei Urana est tout bonnement magnifique.
Entre manga et animé, le trait est fin, soigné et particulièrement inventif.
Une première approche alléchante !

