Bruce Wayne adopte Dick Grayson alors que le jeune garçon vient de perdre ses parents lors d’un terrible assassinat.
Le drame vécu fait écho avec celui du milliardaire qui a perdu les siens dans des circonstances similaires.
Cependant, Bruce Wayne a un autre secret qu’il peine à cacher au jeune prodige.
Surtout que Dick voit, dans les activités nocturnes de son mentor, un exutoire afin d’apaiser sa colère.
Le duo, Batman & Robin, entame ainsi sa première année.
La première année d’un duo iconique
Des débuts difficiles
Pour tout.es amateur.rices de comics, le label « Year One » rime avec qualité mais fait craindre la redondance.
Il fait certes, écho au Batman : Year One de Frank Miller et David Mazzuchelli, mais son utilisation sert souvent d’excuse pour revenir sur un passé mainte fois rabaché.
Surtout que Robin a déjà eu droit à son opus avec Robin : Year One de Chuck Dixon et Javier Pullido, épaulé par le tout jeune Marcos Martin. Et, l’exercice a été parfaitement rempli.
D’ailleurs, on pense inévitablement à cette mini-série en entamant la lecture de Batman & Robin : année un.

Malgré tout, Mark Waid, grand manitou de Dc comics, connait bien son métier.
Et si une personne peut encore donner un intérêt à cet esprit rétro, c’est bien lui.
Le scénariste américain nous épargne l’éternelle scène de la mort des parents de Dick pour se concentrer à l’essentiel : les premiers pas du duo dynamique.
Et si cette collaboration se fait à travers leurs aventures nocturnes, elle a aussi lieu dans la « vrai » vie.
Dick Grayson est mon Robin préféré.
D’ailleurs, je pense que c’est aussi le cas de Mark Waid qui retranscrit à la perfection l’essence du jeune garçon.
Le scénariste avait déjà exploré le jeune héros dans la série Batman / Superman : world’s finest.
Bruce pensait connaître la souffrance du jeune garçon. Il a vécu la même et pour lui, leur drame les rapprocherait inévitablement. Pire, il pensait qu’il prendrait le même chemin que lui.
Or, Dick n’est pas Bruce comme Robin n’est pas Batman. Et c’est justement leur différence qui fait la force de leur tandem.
Batman se cache dans la nuit alors que Robin a besoin de lumière pour virevolter.
D’ailleurs, il irradie sur chacune des scènes où il apparaît, apportant une signification toute particulier à ce costume bariolé.
Néanmoins, Mark Waid n’ignore pas les traumas du jeune prodige tout en décrivant un adolescent dans toute sa splendeur.
Dick tente de cacher sa tristesse et sa colère, derrière une bonhommie quasi-enfantine.
Or quand celle-ci explose, elle s’avère incontrôlable.
Après tout, ce n’est qu’un enfant qui trouve un exutoire en se déguisant pour combattre le crime.
Il est intrépide, inconséquent et aime se jouer de Bruce et d’Alfred non sans un certain ravissement.
Contrairement à Bruce, son corps est entrainé depuis son plus jeune âge. Et son attitude est un message pour faire comprendre à son mentor qu’il est prêt .
Mais le super-héros, bien conscient des aptitudes physiques de son binôme, n’en est pas moins inquiet.
Combattre le crime est bien plus dangereux que de faire le funambule, aussi haut soit-il perché !
Avec Batman & Robin : année un, Mark Waid offre une vision rétro mais aussi lumineuse à cette première année de collaboration.
Bruce s’avère moins lugubre, plus à l’écoute.
Néanmoins, on découvre aussi tout ce qui les sépare et qui ne pourra évoluer, avec le temps, qu’en une confrontation d’esprit.
Face au crime

Plus qu’une première année, Mark Waid nous convie à la première enquête du duo dynamique.
On n’échappe pas à la galerie de vilain classique, avec un Double Face bipolaire mais le scénario prend rapidement des accents de polar avec sa guerre des gangs.
Un nouvel arrivant tente met le feu au poudre entre les différentes organisations criminelles de Gotham City.
L’objectif est simple : prendre le contrôle totale de la pègre !
La trame reste classique mais la mise en en scène est prenante et parfaitement maitrisé.
Surtout que le scénariste parsème son récit de nombreux clins d’oeil.
Certains sont des easter eggs délicieux, à l’image d’un balcon entr’aperçu dans le coin d’une case. D’autres rendent hommage à l’esprit rétro du dessin animé de Bruce Timm.
Et comment ne pas voir dans la figure du général Grimaldi et de son oncle, un écho au personnage de Palo Salamanca dans Better Call Saul.
De façon plus pragmatique, Mark Waid réussit à nous surprendre, dans son utilisation d’un vilain plus méconnu mais absolument fascinant et qui semble faire sa première apparition.
Dans l’ensemble, si l’intrigue générale ne bouscule pas les codes du genre, elle est assez percutante pour nous tenir en haleine de bout en bout.
Une baffe esthétique

Soyons honnête, si Batman & Robin : année un se démarque de la production actuelle, c’est aussi pour sa partie graphique.
Et, avec ce titre, Chris Samnee démontre, à ceux qui en doutait, qu’il est une pointure dans son domaine.
Si, on le catégorise régulièrement comme un dessinateur gérant à la perfection l’ombre et la lumière, il n’en est pas moins un artiste multiforme, autant à l’aise sur des récits sombres, que lumineux à l’instar de son magnifique Jonna.
Sur Batman & Robin : année un, son trait opère de nombreux rappels à Darwyn Cooke mais aussi à l’esthétisme générale de la série des années 90 de Bruce Timm.
On y retrouve les structures architecturales néo gothiques si caractèrique de Gotham City.
Mais c’est dans sa retranscription du mouvement qu’il étonne le plus.
Comment mentionné plus haut, Dick Grayson est un personnage agile et jamais, ses pirouettes n’auront été aussi fluides.
Robin virevolte avec une aisance déconcertante et ses cascades sont épaulées par une mise en page inventive et dynamique.
L’ensemble est bourrés de petits détails, cachant derrière cet hommage, une véritable personnalité.
On la retrouve notamment sur Double-Face et Gueule d’argile, dont la retranscription de leurs « particularités » est effrayante.
Comme d’habitude, Chris Samnee est secondé à la couleur par Matheus Lopes, créateur d’ambiances lumineuses saisissantes.
On notera notamment tout le travail opèré autour du costume de Robin qui contraste, fortement, avec le reste de l’ambiance, sans pour autant paraître ridicule : une véritable prouesse.
En résumé
Batman & Robin : année un de Mark Waid et Chris Samnee avait tout d'un énième projet racontant les premières années d'activités du duo dynamique.
Pourtant, derrière la banalité de cette idée, Mark Waid crée une symbiose entre un Bruce Wayne, qui n'a pas encore cédé à sa paranoïa, et un jeune Dick qui doit apprendre à vivre avec ce nouveau "père / mentor".
Par sa caractérisation, le scénariste nous rend le jeune garçon immédiatement attachant tout en nous expliquant ce qui oppose les deux héros, aussi proche soient leurs tragédies communes.
Pour enrober cela, il met en scène un petit polar classique mais non dénué de surprises.
Quant à la partie graphique, elle est éblouissant. Entre hommage à Bruce Timm et une mise en scène survitaminée, Chris Samnee fait de réelles prouesses avec ce dessin qui n'est pas sans rappeler le regretté Darwyn Cooke .
Du grand art !
Prix et récompenses
- ALL-IN-ONE AWARD – Favorite artist known for inking his/her own pencils – 2025


Pour lire nos chroniques sur Batman / Superman : world’s finest et La couleur des sentiments
