The Bugle Call (Mozuku Sora / Higoro Toumori)

Dans un monde organisé autour de neuf tours, deux d’entres elles se font la guerre : l’empire d’Erin et l’ État pontifical.

Luka est un branchu.
Joueur de trompette, il perçoit les sons et peut les rendre visibles sous forme de traits lumineux.
Son talent est essentiel sur le champ de bataille. Mais le jeune garçon rêve d’échapper à ce quotidien morbide.
Or, le Pape lui propose un marché qu’il ne peut refuser : acquérir la liberté de devenir ménestrel après avoir anéanti l’empire d’Erin.

Tactique musicale

The Bugle Call : Le renouveau de la Dark Fantasy

La miroitante

En quelques volumes, The Bugle Call de Mozuku Sora et Higoro Toumori souffle un vent de nouveauté dans le petit monde de la Dark Fantasy.

Tombant sur ce titre par hasard, je ne pensais pas être surpris par la proposition d’un manga atypique.
D’autant plus que le duo est formé d’illustres inconnus.
Car oui, et c’est une chose assez rare pour le souligner, The Bugle Call n’est pas l’oeuvre d’un seul mangaka.

Le scénariste, Mozuku Sora, propose, au moins au départ, une intrigue haletante mais relativement classique.
Deux clans se font la guerre en utilisant des mercenaires, dont fait partie Luka, un jeune héros aux talents insoupçonnés.
À certains égards, on y retrouve la tonalité d’un Game of Throne avec une gestion des affrontements découlant d’une stratégie réfléchie et précise.
D’ailleurs, le mangaka n’édulcore pas les horreurs de la guerre et encore moins ses répercussions.
Le groupe de mercenaires auxquels appartient Luka, au début du récit, n’est pas des plus tendre.
Meurtres, pillages et viols font partie des « habitudes » de combat que le père adoptif de Luka, Messire Gerhart, ne semble aucunement remettre en cause.

Alors que les premières pages laissaient entrevoir un récit classique, Mozuku Sora pose habilement ses pions. Il nous plonge dans un univers aux multiples ramifications, mélange subtile de stratégies et d’actions tonitruantes.
Alors que l’on pensait tout connaître de cet univers, le mangaka incorpore, à partir du tome 7, les fameuses reliques appartenant aux tours. Cet élément, en total décalage avec la tonalité globale du récit, risque de nous amener vers des embranchements inattendus.
Comme souvent avec Bugle Call, une surprise en cache une autre.

Combattre pour sa liberté

Luka, le stratège musicien

Luka n’a rien d’un guerrier.
Messire Gerhart lui a mis une trompette entre les mains, comprenant l’étendue de son pouvoir. ainsi, le jeune homme est devenu un atout sans pour autant se lier au reste du groupe.
Car Luka se rêve musicien et aimerait que son talent provoque autre chose que la mort.
Sa douceur, son humanité et sa gentillesse contraste avec la cruauté environnante.
Paradoxalement, ses missions auprès du Pape ne l’éloigne pas de cette violence. Au contraire, même !
Certes, il ne participe pas activement au combat mais son pouvoir lui impose d’imaginer des plans, débouchant à la mort de soldats.
Sa quête ne peut se faire que dans le sang et le pacte conclu avec Le Pape en est l’aboutissement.

Les branchus

Face à face entre branchus

Avec The Bugle Call, Mozuku Sora développe un univers personnel, s’éloignant au fil des pages d’une base purement médiévale.

Les branchus, d’abord caractérisés par Luka, deviennent l’élément central d’un manga assumant sa portée fantastique.
Ces êtres mystérieux, ayant pour signe distinctif une simple branche, possèdent chacun, des pouvoirs uniques mais attachés à différentes règles et évolutions que l’on découvrira au fil des tomes.

Mozuku Sora se montre inventif dans la gestion et la variété des pouvoirs mis en scène.
Perception des sons, surpuissance, rapidité et même immortalité, l’auteur n’en fait cependant pas des surhommes comme le montre, avec beaucoup d’ironie, l’introduction du tome 3.
De plus, le cycle de la Couronne des fleurs démontre, de façon radicale , la vie éphémère de certains protagonistes.
Et même si le mangaka leur accorde une attention conséquente, leur destiné n’en est pas moins tragique.
Certains seront sacrifiés sans la moindre hésitation. D’autres sont pourchassés sans répit par des mercenaires sans scrupule.

Luka n’est pas le seul branchus aux ordres du Pape.
Son état d’esprit influe forcément sur les autres.
Comme de nombreux héros, il attire les regards. Et, même si la tâche semble ardue avec certain(e)s, il crée une petite unité autour de lui.
Un groupe se forme : Minra , Zoé, Sora , Demi, Pappy et dernièrement Eudes, sont autant d’éléments de caractérisation pour un manga extrêmement généreux.
Les portraits sont multiples et si un duo ressort autour de Zoé et Luka, les autres membres ont tout autant leur importance.

Chacun à un rôle bien défini. Si Zoé apporte la puissance brute mais aussi une forme d’humanité enfantine , Cora se montre plus trouble.
De même, le tome 6 est l’occasion d’explorer le passé de Demi et de découvrir la caste des serfs, esclaves condamnés à vivre sous l’autorité d’un maitre.
Le Pape, quant à lui, reste mystérieux avec une identité et des agissements des plus mystèrieux.
Manipulateur, il va jusqu’à utiliser certaines particularités de branchus pour conserver son autorité sur les membres de son clan.

En devenant un des membres de la brigade du Pape, Luka fait face à des adversaires retors.
Le volume 3 marque un tournant, mettant en scène une branchue supérieure : la Miroitante.
Son pouvoir et le charisme se dégageant de la jeune femme offre un premier défi au clan, trouvant sa conclusion dans quatrième tome épique, mélange adéquate d’action et de psychologie.
Mais, rapidement, on comprend que la Miroitante n’est qu’une « première étape » avant une confrontation bien plus importante face aux armées de La Couronne des fleurs.
Pour Luka, ce « dernier » combat doit être l’aboutissement d’une quête de liberté bien fragile.

Mais, pour cela, il va devoir affronter un adversaire implacable : Akira, le père de la Couronne des fleurs.
Qu’il soit en duo avec sa fille ou seul, on découvre un homme surpuissant et particulièrement retors.
Alors que sa présence est teasée depuis plusieurs volumes, elle débouche sur une inévitable confrontation mettant à mal Luka et même Zoé.
Le volume 8 est caractérisé par une tension continuelle, encore jamais atteinte, débouchant sur des actions et des répercussions essentielles autant pour le clan du Pape que celui de la couronne de fleurs.

On notera qu’à l’instar d’Eichiro Oda, Mozuku Sora prend son temps pour humaniser ses protagonistes qu’ils soient du « bons » ou du « mauvais » côtés.
La caractèrisation du Branchu Légion en est le meilleur exemple.

The Bugle Call : un dessin vif et puissant

Des scènes de combat furieuses

Je ne vais pas vous mentir, je ne suis pas immédiatement tombé sous le charme du dessin d’Higoro Toumori.
Il faut dire que les couvertures de The Bugle Call sont loin d’être attrayantes.
C’est d’ailleurs le défaut de mangas aussi excellents que Fool Night ou Darwin’s incident.
C’est d’autant plus fâcheux qu’elles ne reflètent aucunement la qualité graphique intérieure.

En effet, si le trait d’Higoro Toumori reste classique sur la forme, il n’en est pas moins bourré de qualités.
Déjà, les designs sont extrêmement inventifs.
S’inspirant de la période médiévale pour le décor et les costumes, il se permet quelques originalités, notamment avec le design atypique du Pape ou celui des Tours.
Il gère aussi admirablement les possibilités que lui confèrent les pouvoirs des Branchus, jouant avec cette variété d’action et les possibilités narratives qui en découle.
La mise en page des pouvoirs de Luka en est le meilleur exemple.
Ces effets de traits lumineux sont fascinants et démontrent sa puissance lors des phases d’affrontements armés.
D’ailleurs, le trait vif et puissant du manga apporte beaucoup de dynamisme.
Ainsi, les dessins d’Higoro Toumori prennent toute leur ampleur, les mouvements sont vifs et les actions brutales.

De plus, son trait ne cesse d’évoluer au fil des tomes, débouchant sur un tome 8 bluffant de maitrise et d’inventivité narrative.

En résumé

The Bugle Call de Mozuku Sora et Higoro Toumori signe le renouveau de la Dark Fantasy. 

Si le récit débute comme n'importe quelle saga de médiévale, avec son lot de stratégie et de campagnes militaires, le scénariste y insère en complément une bonne dose de fantastique.
S'amusant avec les pouvoirs des branchus, Mozuku Sora fait preuve d'une grande inventivité, tout en ménageant ses surprises.
Son binôme, Higoro Toumori, illustre l'ensemble avec maitrise et vivacité.

À partir du tome 3, le récit prend de l'ampleur. On découvre le passé de certains membres de la troupe de Luka et les liens tissés auprès du Pape.
Après avoir combattu la terrible Miroitante, un autre défi de taille se profile : La couronne de fleurs
.
Ce cycle débouche sur un affrontement dantesque, notamment avec les tomes 7 et 8 , dont on sort à bout de souffle.

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