Havana split (Brrémaud / Vic Macioci)

Cuba-1958
Lilly rentre au pays pour y retrouver son père. Mais elle ne se doute pas du piège qui va se refermer sur elle.
La jeune étudiante rêvait de vacances au soleil. À la place, elle se retrouve, aux côtés de John et José, deux employés de l’agence de détective du paternel, embrigadée à contre coeur dans un plan tordu.
En effet, son père a été kidnappé par le mafieux du coin. Or, ce dernier est prêt à l’échanger contre une starlette locale.

Comme si la vie à Cuba n’était pas déjà assez compliquée comme cela !

Sous le soleil de la Havane

Un trio de choc

Un fort tempèrement

Havana Split de Brrémaud et Vic Macioci est une surprise que je ne l’attendais pas vraiment.

Brrémaud est un scénariste prolifique, plutôt spécialisé dans les séries jeunesses et / ou Young adult.
Son plus grand succès, Love, doit en partie sa popularité aux graphismes majestueux de Federico Bertolucci.
Pour être honnête, je l’avais perdu de vue et je ne m’attendais guère à le retrouver sur un projet aussi réjouissant.

Car Havana Split est un excellent divertissement, parfait pour les chaleurs tropicales de l’été. En prime, la série retrouve, à certains égards, l’esprit des films d’actions des années 80 / 90.
Malgré tout, si on connaît la recette, il faut des ingrédients de qualité.
À commencer par des personnages hauts en couleurs.
Et entre Arnaldo, le père de Lily, vieux briscard accro aux jeux ou le mafioso, Don Alfonso, on a de quoi se régaler.

Mais Havana split tourne tout d’abord, autour d’un trio.
Lily, de l’aveu même du scénariste, doit sa forme actuelle à la dessinatrice, Vic Macioci.
On ressent cette féminité en pleine éclosion percutée à une histoire plus grande qu’elle.
Si pour le moment, elle reste en retrait, elle amène cette humanité nécessaire pour balancer la dose de testostérones de ses deux acolytes.

Et niveau testostérone, José Corones en a à revendre.
Il est l’image même du macho qui , pour la peine, se fait bien malmené par le scénariste.
Brrémaud prend un malin plaisir à ridiculiser cette caricature sur patte et on se réjouit facilement de ses « petites » misères.

John, création totale de Brrémaud, apporte un excellent contre-emploi.
Ancien membre de la CIA, il s’est fait exclure pour « mauvais » comportements.
S’ił se montre sanguin, on comprend que le bonhomme est sans doute le plus sincère du lot, celui qui cache le moins le jeu qu’il a entre les mains.
Pur archétype du héros de film d’action, il met des torgnoles à qui de droit, tout en étant conscient que sa petite histoire ne vaut pas grand chose face à la grande.

Kidnapping et politique

Petit débriefing historique

Et c’est une des grandes qualités d’Havana Split.
Derrière sa dose d’action et d’humour, Brrémaud a parsemé son récit d’une touche de réflexion historique.

En effet, l’intrigue se situe à Cuba, en pleine révolution.
Après un petit débriefing nécessaire sur l’histoire du pays, le scénariste nous plonge dans une époque troublée, en attente de changememts.
Le pays est aux mains de Fulgencio Baptista qui a laissé les corruptions mafieuses prospérer.
Mais en 1958, Baptista fait face aux attaques de révolutionnaires, dirigées par un dénommé Castro.
Or, Castro étant communiste, les Etats-Unis ne peuvent rester en retrait, surtout que l’île est à quelques coudées du continent américain.

Martin Craig, directeur de l’antenne de la CIA à Cuba, symbolise parfaitement cette ingérence américaine, faisant le choix, sans aucun complexe, d’épauler un dictateur pour empêcher un communiste de prendre le pouvoir.
Avec cynisme, on découvre des hommes, peu enclin à la liberté de choix du peuple, s’alliant pour que les deux côtés en tirent le plus profit.

Pourtant Cuba n’est pas que cela.
Et à travers une scène magistrale, lors d’un match de base-ball ou la virée finale au Tropicana, on découvre une culture enivrante et pleine de vie.
Malheureusement, elle se retrouve prise en tenaille entre une corruption généralisée et des affrontements sanglants.

Un dessin punchy

Une mise en page dynamique

Havana split, c’est aussi l’éclosion d’un talent : Vic Macioci.
Étant passé à côté de Nées Rebelles, je n’avais pas encore apprécier sa prestation.

Sur cet album, je suis resté bluffé par la maitrise narrative de la jeune dessinatrice italienne.
Pourtant, je ne partais pas forcément conquis.
Soyons honnête, la couverture de l’album ne donne pas réellement envie et surtout, elle ne reflète pas la qualité graphique de l’intérieur.
Pourtant, il suffit d’ouvrir l’album pour que son talent nous explose les rétines.

Ses pages ont une énergie folles et débordent de trouvailles séquentielles, la rapprochant de l’école américaine.
Son dessin lorgne entre réalisme et cartoon, laissant la place à un encrage épais, fluide et par moment, sauvage.
Tout n’est pas parfait et ce dynamisme constant se paie, parfois, aux prix de certains errements anatomiques.
De plus, même si le carnet graphique démontre de nombreuses recherches, la dessinatrice semble moins à l’aise sur ses arrières plans, méritant sans doute, plus de finitions.
Mais dans l’ensemble, on est quand même emporté par le charme de ses illustrations.

Petit anecdote, Brrémaud explique que le joueur de base-ball, dont on peut admirer la prestation, a réellement existé.
Il était le grand-père d’un auteur de comics que j’adore : Paul Azaceta.
Comme quoi, les univers de la bande dessinée sont interconnectés !

En résumé

Havana Split de Brrémaud et Vic Macioci s'avère être une des belles surprises de cette année. 

Entre récit historique et polar, le récit de Brrémaud nous trimballe, aux côtés d'une équipe de bras cassés, dans un île cubaine en pleine révolution.
Le récit oscille parfaitement entre action et humour et étonne par une gestion du rythme impeccable.
Les protagonistes sont impeccables, offrant du mordant à ce kidnapping invraisemblable.

Vic Macioci, jeune autrice italienne, s'imprègne totalement de cette atmosphère, nous offrant une prestation d'une énergie folle.

Un pur régal !
Bulles Carrées

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