Alors qu’approche la 27e édition du Printemps des poètes (du 14 au 31 mars 2025) qui aura pour thème Volcanique, Bruno Doucey, accompagné d’Ariane Lefauconnier, établit une anthologie de poèmes internationaux intitulée 15 – Service d’Aide aux Mots Universel (SAMU). Dans ce recueil, il célèbre les 15 ans de sa maison d’édition à travers 15 mots porteurs de sens : Babel, Chant, Coloré, Combats, Découverte, Désobéissance, Ensemble, Hospitalité, Intime, Planétaire, Résistance, Solaire, Sororité-Fraternité, Transmission, Vivante-Vibrante. Une belle occasion de (re)découvrir la poésie contemporaine. Cette poésie qui « élargit le monde de son sourire » mais dont les 115 poètes constituent aussi une « armée de libération pour faire front aux menaces de notre temps ».
Sauvez Au Moins l’Universel !
Tu as 15 ans, tu es en classe, et tu t’ennuies.
A la géométrie et aux mathématiques, tu préfères déjà les pensées qui filent par la fenêtre, la ligne bleue de ton imaginaire, les lointains embués, la vitre qui emporte un reflet déformé de soi-même dans l’échancrure du paysage. Tu préfères les cheveu longs aux crânes rasés. Don Quicotte à Descartes. Rimbaud à Chénier. Eluard à Péguy. La vibration des mots à l’exactitude des chiffres, même si leur symbolique déjà…
La poésie est une adolescente, ancrée dans les cieux et rêvant de territoires inconnus, éprise de liberté et de fraternité. « Multisolaire » comme le dit Bruno Doucey. Parce que « les poètes portent une lumière qui nous aide à traverser tous les hivers de la pensée« . Et avouez qu’il fait bien froid dans les têtes et dans les coeurs par les temps qui courent…
Alors, je me suis plongée dans les 15 mots de ce recueil.

J’y ai croisé un poème en signes (Tête monde de Levent Beskardès), une déconstruction de la loi du Talion (Vie pour vie de David Gianonni), j’y ai suivi le chemin du langage (L’air du temps d’Aurélien Dony).
J’ai bu aux lèvres de la poésie (Désobéir pour chanter le monde de Michel Ménaché), j’ai écouté la haine et j’en ai fait un poème (Zaatart de Sofia Karampali Farhat), j’ai tenté d’y vivre (Ici, il fait meilleur qu’ailleurs de Dimitri Porcu) pour réconcilier « temps jeune et vieux » dans une utopie pleine d’espoir (Ça a commencé comme ça… de Laura Lutard).
J’y ai trouvé des voix étrangement familières, qui m’ont dit L’intime & le monde, l’énigme profonde (Noé Preszow).
Chanter le monde
Quel magnifique ouvrage que cette anthologie !
En ces temps où certains mots deviennent interdits, où d’autres nient la réalité ou, encore pire, la simplifient, j’y ai retrouvé ce qui m’avait toujours fasciné dans la poésie : la puissance de dire le monde tel qu’il est mais aussi de rêver des possibles.
J’y ai retrouvé aussi – Vous, ici ? – des autrices conteporaines que j’aime particulièrement. Marie Pavlenko, Manon Fargetton, Clémentine Beauvais, Coline Pierré. J’y ai salué encore ceux qui m’ont accompagnée autrefois. Charles Juliet, Hermann Hesse, Margaret Atwood ou Olivier Adam.
Cheminer avec elles et eux à travers ces 15 années a fait résonner des mots terriblement actuels : désobéissance, sororité, hospitalité, résistance, ensemble.
Car le chant prend tout son sens
lorsqu’il palpite dans les veines
de celui qui mourra en chantant
les vérités vraies,
non pas des ronds de jambes
ou des tubes planétaires,
mais bien le chant d’un pays étroit
puisant au plus loin dans ses racines.
(extrait de Manifiesto de Victor Jara)
Pourquoi lire 15 – Service d’Aide aux Mots Universels ?
Parce que la poésie est vive et éruptive, Bruno Doucey la célèbre et fête, par la même occasion, les 15 ans de sa maison d'édition avec 115 poètes dans 15 - Service d'Aide aux Mots Universels. Une anthologie au numéro d'urgence pour rappeler que nous sommes plus forts ensemble et que les mots sont rebelles.
SAMU. "Ça mue, ça n'en finit pas de muer."


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