Battle Beast (Robert Kirkman / Ryan Ottley)

Battle Beast est une guerrier surpuissant mais insatisfait.
Multipliant les combats, il cherche en vain un adversaire capable de lui tenir tête.
Ainsi, Le fauve de combat accepte la proposition de l’ordinateur de bord d’un vaisseau alien dont il avait terrassé l’équipage.
En parcourant ses bases de données, l’ordinateur pourrait lui avoir trouvé un défi à sa taille : Le colosse d’Emsu.

Un spin off de qualité

Certains me trouveront sans doute un peu dur mais depuis la fin de Walking Dead et Invincible, les nouvelles séries de Robert Kirkman ont du mal à impacter le lectorat.
La faute est sans doute double. Le scénariste, malgré la multiplicité des genres abordés, ne semble plus aussi inspiré et surtout, le lectorat commence à comprendre les mécanismes de son écriture et ne se laisse plus aussi facilement prendre dans ses filets.
Attention, même si la plupart s’essoufflent dans le temps, les comics estampillés Skybound profitent d’une efficacité narrative ainsi que d’une partie graphique souvent de qualité.
Outcast, Oblivion Song, FirePower ne sont pas de mauvaises séries. Elles ont juste du mal à tenir la comparaison face aux travaux précédents du scénariste.

Ainsi, l’arrivée d’un nouveau spin off d’Invincible n’est pas anodin.
Même si Robert Kirkman et Ryan Ottley nous expliquent que l’idée leur trottait dans la tête depuis des années, Battle Beast offre une passerelle entre la bande dessinée et l’apparition du personnage dans la nouvelle saison de l’adaptation animée d’Invincible.
Et puis, il y a la réputation du personnage.
Faisant ses premiers pas dans Invincible n° 19, le guerrier s’est rapidement créé une fan base, réclamant plus de Battle Beast.
Et effectivement, l’idée d’un comics à son nom sonne comme une évidence.

Un trio atypique

Origin Story

Thogg, alias Le fauve de combat, n’est pas un personnage franchement sympathique.
En effet, comme il l’explique lui-même en racontant son « origin story », le guerrier est mené par une rage incommensurable, l’obligeant à combattre jusqu’à son dernier souffle.
Porté par une soif de sang et une puissance terrifiante, il quitte sa planète à la recherche d’adversaires assez talentueux pour lui résister.
D’une certaine façon, c’est un peu comme si San Goku avait fusionné avec Saitama.
On retrouve chez lui un certain goût du combat allié à la fatalité de ne trouver personne d’assez puissant pour le battre.
Et c’est toute la tragédie du Fauve de combat.
Même Invincible et les Gardiens du globe n’ont guère fait le poids lors d’une première confrontation restée dans les mémoires.

Si on reste à la surface, Thogg n’est guère intéressant. Il s’avère même assez antipathique autant par son comportement que dans les rapports qu’il entretient avec les rares individus qui croiseront son chemin.
Malgré tout, Robert Kirkman s’intéresse souvent l’humanité de ses personnages et il aurait été étonnant qu’il ne se contente que de cette brutalité de surface.
Ainsi, plus qu’un défi, le combattant cherche avant tout la mort. Pour lui, contenir cette rage est une souffrance au quotidien et seule la défaite peut lui permettre d’accéder à un repos bien mérité.
Mais à l’image du Valhalla, cette place doit se mériter.
Les lecteurs d’Invincible connaissent la destinée réservée au guerrier mais la série permet de combler les trous nous amenant jusqu’à une conclusion connue par beaucoup.

Une fois les présentations faites, Robert Kirkman lui colle des acolytes.
Le premier est une IA qui cherche à l’éliminer d’une façon ou d’une autre.
Le second est Sakka, un prince que le Fauve sauve par inadvertance.
Il profite de cette rencontre pour lui proposer un combat d’anthologie et ainsi libérer son peuple du joug de la tyrannie des colosses.
Sakka est un personnage attachant qui derrière une lâcheté apparente, cache une histoire hantée par le remords et un besoin de rédemption.
Sa relation avec Thogg est loin d’être facile. D’ailleurs, il trouve plus d’écoute auprès de l’ordinateur de bord même si, petit à petit, un ersatz d' »amitié » se crée entre eux.
Du moins, le croit-il !

De la tripaille partout !

Amateur de vipère

Mais lit-on vraiment Battle Beast pour l’humanité de ses personnages ?
Avec un tel archetype, on s’attend davantage à des scènes d’action ensanglantées et graphiquement jouissives.
Or, de ce point de vue, le contrat est TRÈS largement rempli.

Personnellement, je ne suis pas forcément un adorateur de violence gratuite même si celle-ci est graphique.
D’ailleurs, cet aspect m’avait lassé sur la fin d’Invincible et sur certaines parties de Walkind Dead.
De plus, je craignais une sorte de redondance dans le scénario nous amenant à assister aux différents affrontements de Thogg face à des adversaires qu’on savait, d’avance, perdants.
Mais le premier combat face au terrible Colosse d’Emsu rassure.
Il sert de base à une intrigue dont on étire petit à petit les fils, allant de surprises en surprises ou plus précisément de découvertes et découvertes.

Robert Kirkman se refuse de faire de Battle Beast un simple shonen d’action ultra sanglant, optant plus pour une fantaisie spatiale à la générosité débordante.
Attention, de l’action et des tripes, vous n’en manquerez pas. Les affrontements sont dantesques et on sent l’amusement des auteurs à aller toujours un peu plus loin dans l’extrême frôlant par moment le grotesque.
Amateur d’hémoglobine, vous en aurez de toutes les couleurs. Mais un peu comme un film de Quentin Tarantino, l’effusion est tellement radicale qu’elle en devient comique !

Une véritable claque graphique

Des designs de dingues

À l’instar de Charlie Adlard avec Tony Moore, Ryan Ottley est arrivé sur le titre en tant que remplaçant de Cory Walker.
Si les débuts ont été difficiles, il a pu compter sur le soutien des créateurs d’Invincible, lui permettant de trouver sa voie tout en restant sur le chemin tracé par Cory Walker.
Les progrès ont été fulgurants et sur les derniers arcs d’Invincible, il ne faisait plus aucun doute que Ryan Ottley avait surpassé toutes les espérances, non seulement en tenant le titre jusqu’à sa conclusion mais aussi en surpassant son « maître ».

Forcément, après un tel succès, il était évident qu’il allait débarquer chez les Big Two, notamment Hulk aux côtés de Donny Cates. Il s’est tellement senti à l’aise avec le colosse de Jade qu’il conclura le run en solo après la tragédie qui a touché son scénariste.

Avec Battle Beast, on a l’impression qu’un cap a encore été franchi.
Les planches fourmillent de détails jusqu’à l’excès, même si l’ensemble reste d’une lisibilité sans faille. Les designs sont inventifs et on sent une véritable générosité dans ses créations de monstres et autres créatures alienoïdes.
Là où les progrès semblent fulgurants, c’est en terme d’encrage. Il a acquis une finesse et une diversité de trait , apportant une densité graphique à son dessin.
Et que dire de la mise en page ! Dynamique, complètement dingue lors des phases d’action, Ryan Ottley s’amuse comme un fou, profitant de l’outrance et des exagérations formelles de la série.

Chaque case est un émerveillement, au point qu’il est difficile de nier l’impact qu’a le graphisme sur le ressenti général.
On imagine mal un autre dessinateur et on espère qu’il ira jusqu’au bout de la série, qu’on devine moins longue qu’Invincible.

En résumé

Battle Beast de Robert Kirkman et Ryan Ottley est un bonus généreux pour tous les amateurs et amatrices de l'univers d'Invincible. 

En prenant le parti de nous raconter le périple de Thogg après son départ lors du fracassant Invincible n°19, Robert Kirkman développe un personnage jusqu'au boutiste mais tourmenté par une rage qu'il ne peut contenir.

Pure série d'action, les affrontements sont aussi sanglants que brutaux. Cependant, le scénariste n'en oublie pas de développer un fil rouge et un univers cohérent peuplé de créatures, aux designs inventifs et originaux.

D'ailleurs, le travail de Ryan Ottley sur cet album est tout bonnement exceptionnel. L'artiste qui, avait déjà un niveau élevé, semble avoir passé un nouveau cap.

Vivement la suite !

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  • One Punch Man

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