New Gods (Ram V / Evan Cagle)

Darkseid est mort !
Et cette perte laisse un vide, entrainant les appétits de forces extérieures prêtes à annihiler l’ordre établi.
Métron, messager d’une funeste prédiction, oblige le Haut-Père à agir en envoyant sur Terre, son fils Orion. Sa mission : éliminer un jeune enfant, porteur d’une destinée funeste.

Seul Scott Free, aka Mister Miracle, et sa femme Big Barda peuvent l’en empêcher mais ils sont accaparés par une activité plus terre à terre : être les meilleurs parents possibles.

Le nouveau chapitre d’une mythologie

Les New Gods

Les deux de Neo Genesis

Soyons honnête trente secondes : je ne connais quasiment rien de la mythologie des New Gods.
Mes quelques connaissances sont essentiellement dues à ma lecture du Mister Miracle de Tom King et Mitch Gerads.
Et donc, si le projet a l’air alléchant , on ne peut s’empêcher d’avoir quelques craintes en s’engageant dans une telle mythologie, même si l’équipe créative est rassurante.

En réalité, Ram V en est conscient et profite donc de l’exercice pour nous apporter les bases nécessaires sans forcément nous perdre. Du moins, c’est ce que j’ai ressenti même si l’aspect verbeux, trait caractéristique du scénariste, risque d’en faire réagir certain.es.
Pour ma part, j’ai trouvé l’ensemble limpide, surtout au vu de l’ambition annoncée.

The New Gods a été créé par Jack Kirby en 1971 et reste, encore à ce jour, l’oeuvre la plus emblématique des ambitions de son auteur.
Véritable récit mythologique, elle est construite autour de deux identités bien distinctes : la terrible Apokolips de Darkseid et Neo Genesis dirigé par le Haut-Père.
Ennemies jurées, les cités se livrent des combats titanesques qui n’ont trouvé que des brides de paix par l’échange de deux fils. Orion, fils de Darkseid, sera élevé par le Haut-Père alors que Mister Miracle essaiera de survivre aux terres d’Apokolisps.

Bien sûr, qui dit Mythologie, dit entités multiples aux rôles et aux pouvoirs bien définis.
De ce point de vue, le récit de Ram V reste digeste et décide, au moins dans un premier de temps, de se consacrer aux dieux majeurs de Neo Genesis, que ce soit Metron ou Lighstray.
Certains éléments resteront obscurs mais le souffle du récit est assez intense pour nous emporter dans son sillage.

Les plus curieux pourront toujours combler les trous en s’attaquant aux Quatrième Monde de Jack Kirby.
Un jour, peut-être, me lancerai- je, moi aussi, dans cette folle aventure.

La prophétie

Deux frères / Deux vies

Sur le premier volume, l’intrigue de New Gods s’avère plutôt classique et donc facile à appréhender.
On peut la diviser en deux parties.

La première explore la prophétie, prédestinant un pouvoir destructeur à un enfant, à peine conscient de cette puissance.
Ainsi, Le Haut-Père, pour sauver son peuple, envoie Orion avec un objectif : tuer ce jeune prophète.
Or, Orion a beau être une brute épaisse, il n’accepte pas totalement les ordres de son père. Sa seule issue, il la trouve dans l’intervention probable de son frère : Mister Miracle.
Mais ce dernier a d’autres occupations plus « terre à terre ».

Quel plaisir de retrouver le couple Mister Miracle / Big Barda ! Je ne les ai guère côtoyés ces dernières années mais leur symbiose est toujours aussi évidente.
Ce nouveau rôle de parents, déjà abordé par Tom King, leur va comme un gant. Ram V a su préserver le lien qui les anime, tout en profitant de la possibilité d’une quête familiale.
Cela ne la rend pas moins captivante. Au contraire, elle apporte même de l’humanité et un brin d’humour à une saga cosmique dont les enjeux restent immenses.

Changement de statut quo (spoiler alert)

De nouveaux adversaires

Surtout que de l’autre côté du cosmos, l’heure n’est pas aux réjouissances.
Apokolips et Neo Genesis font face à des attaques inédites et le statu quo s’en retrouve profondément bousculé.

Spoiler

Neo Genesis a été détruite et les New Gods trouvent refuge sur Terre.
Or, on ne peut pas dire que cette arrivée ravit le gouvernement américain.
Il est d’ailleurs difficile de ne pas faire un lien avec l’actualité. Un peuple est attaqué par une force colonialiste, devenant ainsi réfugiés de démocraties peu enclin à les défendre et encore moins à les accueillir.
Les exemples sont nombreux et malheureusement, la réalité est souvent plus cruelle que la fiction.

Surtout que dans le petit monde de Dc comics, les États-Unis sont encore une terre d’accueil.
Certes, les débats restent intenses et Ram V explore les différents points de vues notamment à travers la figure de héros aux avis divergents : Entre Green Arrow, Green Lantern et Superman, il y a un monde.
Néanmoins, l’entr’aide reste une valeur essentielle.

À noter que cette réflexion, autour de Dieux exclus, a déjà été abordé dans l’excellent run de Jason Aaron sur Thor.

Autre changement majeur, Le Haut Père cède sa place.
Se considérant responsable de cette défaite, il offre le bâton pèlerin à celui qui s’est toujours senti comme l’héritier légitime : Orion.
La notion d’héritage est un élément essentiel de la mythologie des New Gods et entre le fils légitime et le fils adoptif, la question du choix se pose forcément.
Ram V choisit une option plus classique mais au final assez intéressante en terme de répercussion.
Orion préfère laisser sa place à son frère qui ne s’attendait pas à cette nouvelle responsabilité.
La conclusion se fait, sans qu’on connaisse la réponse de Scott Free, laissant la porte ouverte à une possible suite.

Une partie graphique de folie

Felipe Andrade éblouissant

New Gods nous apprend quelque chose : Ram V a des amis talentueux.

Commençons par l’artiste principal : Evan Cagle.
Découvert sur les réseaux sociaux par le scénariste, ils entament une première collaboration sur Dawn Runner. Et l’expérience a dû être réjouissante au point, pour le jeune dessinateur, de se retrouver en charge de ce titre.
Il faut dire qu’Evan Cagle est extrêmement talentueux, même si Dawn Runner avait démontré quelques soucis de lisibilité.
Sur New Gods, ce n’est plus le cas. On sent un auteur plus « posé », toujours aussi généreux mais qui comprend qu’il faut aussi laisser respirer ses arrière-plans.
Et même en terme de design, si son trait se veut réaliste, il donne à ses personnages une touche plus singulière, lorgnant vers le manga.
Malgré tout, conscient qu’il était impossible qu’il tienne les délais, il est aidé dans sa tâche par une équipe de choc.

De nombreux lecteur.rices apprécient peu qu’une série multiplie les propositions graphiques mais sur New Gods, cette approche est un rouage principal du comics.
Et puis bon, je le répète, quelle équipe !
Si on met de côté Bernard Chang, les autres dessinateurs ont tous une empreinte graphique marquée allant du comics rugueux avec Jorge Fornés, en passant par la radicalité graphique avec Jesse Lonergan ou Andrew McLean et en terminant vers de l’épique avec Riccardo Federici.

S’il y a un auteur qui m’a épaté plus que les autres, c’est bien Felipe Andrade.
J’avais adoré son traitement sur la couverture du Dernier festin de Rubin et je voulais tout un comics comme cela.
Et bien, c’est ce qu’il fait sur son chapitre et c’est absolument éblouissant.
Les couleurs lumineuses apportent un moment de fraicheur et de poésie à un ensemble graphique plus « lourd ».
Ce chapitre n’est sans doute pas le plus accessible mais son mysticisme est accru par la proposition délirante du dessinateur espagnol.

Du côté déception, je dois avouer que la prestation de Pye Parr sur le tome 2 dénote de cette qualité d’ensemble.
Pourtant, le dessinateur m’avait fortement impressionné sur Petrol Head. Malheureusement , il semble moins à son aise sur ce type d’univers.

New Gods de Ram V et Evan Cagle est une oeuvre ambitieuse, explosive et loin d'être aussi complexe qu'on pourrait le penser. 

Si Ram V explore le passé des New Gods, tout en bousculant l'ordre établi, il propose avant tout un récit certes verbeux mais plutôt limpide et accessible, même pour un néophyte.
Surtout que l'intrigue de base reste classique et parfaitement exécutée, nous permettant de retrouver, avec une joie non dissimulée, le couple Mister Miracle / Big Barda.


Sur le second volume, le scénariste explore les répercussions du premier tome, proposant un nouveau statut quo et un chamboulement des rôles établis.
La vision du scénariste reste pertinente et porteuse de nombreuses réflexions sociétales.

Graphiquement, la proposition d'Evan Cagle est exceptionnelle. Il a même pris du galon depuis Dawn Runner, notamment en lisibilité.
Malgré tout, ne pouvant tenir les délais, il est accompagné par une équipe de choc, aux graphismes marqués mais parfaitement en adéquation avec les chapitres concernés.
Petit coup de coeur pour la partie de Felipe Andrade qui est éblouissante de beauté.

Un excellent diptyque !
Bulles carrées

Pour lire nos chroniques :

  • Sandman : dreaming

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