Créé par Jeff Smith en 1991, Bone est une saga de fantaisie initialement publiée en noir et blanc.
En un peu plus de 10 ans, l’auteur américain a bâti une immense saga aussi drôle que bouleversante.
Un monument du comics américain !
Bone – la saga principale ( Chronique à venir )

Big Johnson Bone et autres contes oubliés

Retour à Boneville

Smiley Bone a en charge les Bone-scouts : Ringo, Bingo , Todd et le tout jeune rat-garou Bartleby.
Et rien de mieux qu’un petit feu de camp pour passer une soirée à raconter des histoires.
Ainsi, ses aventures dans la Vallée aux côtés des cousins Fone Bone et Phoney Bone sont une source inépuisable de récits grandiloquents.
Pourtant, le choix de Smiley va se porter sur une autre figure de Boneville : Big Johnson Bone.
Le légendaire Big Johnson Bone

Initialement publié en noir et blanc sous le titre Big Johnson Bone et les rats-garous, cet album en est une version augmentée.
C’est ainsi que, par le biais des histoires racontées par Smiley Bone, Jeff Smith nous ramène sur les terres de Boneville avec une partie du casting de la saga intitiale.
Certains le seront au simple détour d’une case et d’autres seront les personnages d’histoires hautement burlesques.
Car soyons clairs, ces petites pastilles sont humoristiques et restent anecdotiques dans la trame générale.
Il faut plutôt voir cela comme des petits bonus inédits offerts aux fans de la série.
Surtout que c’est la partie centrale qui nous intéresse !
La mini-série est originale pour deux raisons.
Tout d’abord , elle revient sur le passé de Boneville en nous présentant son fondateur, Big Johnson Bone.
Ensuite, c’est la première et unique fois que Jeff Smith laisse l’écriture à un autre scénariste que lui.
Cette tâche revient à Tom Sniegoski, un auteur assez méconnu dans nos contrées, qui a notamment oeuvré sur Buffy.
L’offre est risquée mais le scénariste s’empare aisément de l’univers de Bone.
On sent que Jeff Smith, présent sur la partie graphique, veille malgré tout au grain.
D’ailleurs, le récit débute comme la saga principale.
Big Johnson, après une partie de cartes houleuse, est chassé comme un malpropre et en profite pour se lancer dans une nouvelle aventure.
Le héros, connu pour sa force et sa propension à se « la raconter », se retrouve bien malgré lui dans une quête ébouriffante face aux terribles rat-garous.
Enfin, terribles… Ils font ce qu’ils peuvent les pauvres ! À l’image des romains avec Asterix, les créatures vont apprendre à craindre le trappeur.
Avec beaucoup d’espièglerie, Tom Sniegoski mélange humour et action dans une mini-série qu’on dévore avec gourmandise.
Si le ton, plus enfantin, se rapproche des premiers chapitres de Bone, le lecteur averti appréciera les quelques clins d’oeil fait à la saga principale.
Pour les autres, le volume s’avère être un point d’entrée parfait pour se lancer dans l’aventure.
Le maître du cartoon

Mettons fin au débat… Oui, les couleurs de Steve Hamaker et Tom Gaadt sont impeccables.
La palette est variée, la gamme de ton est agréable et sa simplicité ne noie pas le dessin.
Elle apporte même une ambiance que l’on ne retrouvait pas dans la version originale.
Et pourtant, je pense qu’on ne peut apprécier pleinement le dessin de Jeff Smith qu’en le découvrant en noir et blanc.
D’abord, mais c’est évident, c’est un designer hors pairs.
Si l’approche des Bone reste étonnante, celle des rats-garous est tout aussi inventive.
Paradoxalement, le décor est assez réaliste et donne une place de choix aux créatures imaginaires et aux animaux sauvages.
Les Bone, les rats–garous, le Dragon symbolisent un imaginaire détournant avec intelligence les codes du cartoon jeunesse.
Sa mise en scène nous ballade dans un enchevêtrement de cases d’une fluidité inaltérable. Et, chose non négligeable, le lettrage joue un rôle majeur dans certaines caractérisations.
Si, pour cette dernière étape, on ne peut que l’apprécier à sa juste valeur sur la version américaine, celle utilisée par Delcourt (Moscow * eye) retranscrit parfaitement cette attention.
Mais, c’est avant tout en tant qu’encreur que le talent de Jeff Smith explose.
Si les dessins semblent simples, l’encrage leur apporte une profondeur et une épaisseur sans commune mesure.
Le trait gras des Bone contraste avec la finesse apportée aux autres personnages.
Les effets de matières sont nets et précis, amenant une réelle richesse graphique à cet ensemble.
De plus, même si ce n’est pas évident sur cette nouvelle version, sa gestion des noirs et blancs est impeccable.
Les scènes de nuit notamment créent une tension que la couleur ne peut qu’atténuer.
En résumé
Bone de Jeff Smith est certainement une des grandes oeuvres du comics américain.
Drôle et touchante à plus d'un titre, la série marque les esprits autant par son côté épique et décalé que par la prestance et la finesse de son dessin noir et blanc.
Big Johnson Bone et autres contes oubliés est original a plus d'un titre.
C'est la seule histoire que Jeff Smith n'a pas écrite, laissant son bébé à Tom Sniegoski.
Pour l'occasion, le scénariste explore le passé de la saga et envoie Big Johnson Bone dans une quête aussi drôle que captivante.
Le personnage restera marquant pour son bagout et cette force qui fait encore trembler les pauvres rat-garous.
Et graphiquement, si je garde une préférence pour la version noir et blanc, les couleurs Steve Hamaker et Tom Gaadt collent parfaitement au trait de Jeff Smith.
Hommage à tous les conteurs d'histoires et autres aventuriers en herbes, Big Johnson Bone et autres contes oubliés est une merveilleuse porte d'entrée pour découvrir l'univers de Bone

Prix et récompenses
- 2024 : Harvey Awards du meilleur auteur complet pour Bone : more tall tales
- 2024 : Harvey Awards de la meilleure publication humoristique pour Bone : more tall tales
- 2005 : Prix Eisner du meilleur recueil pour Bone One Volume Edition
- 1996 : Prix du meilleur album étranger du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême
- 1994-1995 : Prix Eisner de la meilleure série et de la meilleure publication humoristique
- 1993 : Prix Eisner de la meilleure publication humoristique

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