Sur les conseils toujours pertinents de ma libraire préférée, je me suis lancée dans la lecture du premier tome d’une grande épopée de fantasy animalière créée par Mélanie Guyard et illustrée par Timothée Le Véel : La Communauté du marais. Prises au coeur d’une tempête qui risque de dévaster leur refuge, un ancien moulin, les souris du marais s’activent pour déménager en urgence vers le phare, de l’autre côté de l’étang. Trois membres de la communauté, Muet, Cresson et Pois, vont se retrouver isolés du reste du groupe. Comment réussiront-ils à sauver leur peau de souris, au milieu des éléments déchainés et des prédateurs à l’affut ?

TOME 1 : l’Odyssée d’octobre

Au premier regard, la couverture du premier tome de la Communauté du marais, dessinée par Timothé Le Véel, évoque nécessairement celle de Tolkien dans le Seigneur des anneaux. Mais j’ai aussi pensé à une lecture plus récente, celle des Mémoires de la forêt de Mickaël Brun-Arnaud, pour l’anthropomorphisme et les illustrations de Sanoë. Finalement, c’est plutôt d’un comics jeunesse bien plus ancien, Les Légendes de la garde de David Petersen, que j’ai rapproché ce roman jeunesse.
Mélanie Guyard, qui est également autrice de BD, crée dans sa propre épopée de fantasy une société organisée autour de bois, de marais et d’une digue qui la protège des inondations. Une société de souris dans laquelle chacun a sa place : sentinelles et brigade à dos d’oiseaux, lettrés et anciens qui prennent les décisions, comptables et ouvriers…
C’est dans ce petit monde qu’évolue Muet, la souris héros de ce roman. Comme son prénom l’indique, il ne parle pas et offre ainsi son regard et ses pensées aux lecteurs novices. Sa connaissance de la nature et sa passion pour les oiseaux lui seront d’un grand secours.
Viennent ensuite Cresson et Pois, soeur et frère, l’une têtue et franche, voire cruelle, l’autre naïf et sincère.
Ce trio va se former par la force des choses, chacun ayant été séparé du reste de la communauté lors d’une fuite en canots mouvementée. Mais la communication ne sera pas simple…
Pendant de longues secondes chargées d’iode et de brise parfumée, Muet se perdit dans la contemplation de cette immensité. Les vagues venaient gronder sur la grève, rongeant le sable avec une persistante voracité. L’écume grise s’évanouissait ensuite, abandonnant une dentelle éphémère que la lame suivante effaçait à son tour. La jeune souris dévorait des yeux ce paysage tant espéré et n’en retirait rien d’autre qu’une douce tristesse tournée vers ce qu’il avait perdu pour pouvoir le contempler.

Une invitation à l’aventure
L’Odyssée d’octobre, premier tome de la Communauté du marais, est le récit d’un voyage mouvementé et risqué mais fondateur d’une amitié.
L’idée d’avoir associé, par la force des choses, Muet, la souris débrouillarde et discrète, et la bravache et parfois cruelle Cresson est intelligente et permet d’aborder une thématique rare dans la fantasy : le handicap.
En effet, Muet éprouve, à plusieurs reprises, des difficultés à avoir la confiance de Cresson, qui ne le pense pas à la hauteur. A cet égard, Pois est beaucoup plus instinctif et n’hésite pas à suivre cette souris qui les a aidés.
Aux abords de la colonie, l’exploration était facile. Il y avait toujours un lit qui vous attendait le soir, un repas chaud à portée de main et la certitude de trouver une vie tranquille une fois de retour chez soi, à la tombée de la nuit. Mais le naufrage avait bousculé tout ça, et pourtant, il l’avait fait lentement, insidieusement. Alors que dans les premiers temps, il avait fait montre de volonté face à l’inquiétude des deux petits, Muet réalisait maintenant qu’il n’était pas aussi sûr de lui qu’il avait bien voulu le croire. Avait-il les épaules nécessaires pour accompagner deux souriceaux à travers la tempête et la forêt jusqu’à un phare dont il ignorait la position exacte ? Que se passerait-il s’ils ne trouvaient pas leur chemin et que la digue venait à se rompre ? Que se passerait-il, plus bêtement, si ce soir ils ne trouvaient pas un lieu sûr pour dormir à l’abri des rats, des hiboux et de l’eau ? Muet s’arrêta sur une grosse branche, incapable d’évaluer depuis combien de temps il montait ni si le sommet était encore loin. Avec le brouillard persistant, il y avait de fortes chances pour qu’il ne puisse rien voir une fois arrivé là-haut, de toute façon. La jeune souris sentit le découragement la gagner.
Vous l’aurez deviné, les relations entre les trois souris va évoluer au fur et à mesure qu’ils devront franchir des obstacles et se sortir de situations périlleuses.
La Communauté du marais est aussi l’occasion de vivre au travers de ces petits animaux les conséquences du réchauffement climatique. Même s’il n’en est pas directement question, on comprend vite la catastrophe que la montée des eaux et la tempête vont provoquer.
Mais c’est surtout une odyssée intense, aux rebondissements nombreux et aux émotions fortes. Mélanie Guyard n’hésite d’ailleurs pas à nous partager la tristesse et les souffrances des souris, leurs peurs et la mort qui rôde au coin du bois ou de l’étang.
C’est donc un roman épique, magnifiquement soutenu par les illustrations de Timothée Le Véel, et sensible, l’amitié et la coopération permettant aux petits animaux de surmonter bien des obstacles.

Pourquoi lire La Communauté du marais ?
Avec L'Odyssée d'octobre, premier tome de la Communauté du marais, Mélanie Guyard, accompagnée au dessin par Timothée Le Véel, nous emporte dans le petit monde d'une communauté de souris, au coeur d'un grand bouleversement. Le roman est une épopée intense et riche en rebondissements, qu'on peine à refermer tant les émotions sont fortes. Le trio de Muet, Cresson et Pois interroge nos peurs face à la nature déchainée (surtout à taille de souris) mais aussi l'idée que la solidarité et l'amitié seules permettent de surmonter les difficultés.


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