Ultimate Spider-Man (Jonathan Hickman / Marco Checchetto)

Peter Parker est marié à la plus belle des femmes, a deux enfants magnifiques et un boulot agréable. Malgré tout, il a la sensation désagréable de ne pas être à sa place.
Comme s’il lui manquait quelque chose d’essentiel à sa vie.
Cela fait un an que sa tante May a trouvé la mort lors des attentats Stark et, alors qu’il accompagne son oncle Ben à la commémoration, ce manque se fait de plus en plus présent.

Peter est à l’aube d’un changement radical. Or, il est le seul à pouvoir prendre sa destinée en main.
Même si cela implique d’accepter de se faire piquer par une étrange araignée.

Le retour de la gamme Ultimate

À l’origine, la gamme Ultimate a été pensée, dans les années 2000, comme une modernisation des grandes séries de super-héros Marvel.
En effet, après une quarantaine d’années d’histoire et sans aucun reboot majeur, le petit monde de Marvel s’enlisait dans une continuité, toujours plus pesante, autant pour les créateur-rices que les lecteur-rices.
Ainsi, sous l’ère bénite de Joe Quesada, des auteurs, au début de leur carrière pour certains, proposent leur version de ces mythes superhéroiques.
L’une des premières séries publiée sous ce label sera Ultimate Spider-Man de Brian Bendis et Mark Bagley.
25 ans plus tard, Jonathan Hickman, architecte talentueux de la saga Krakoa, développe un hommage / suite / retour au source / à la saga Ultimate.

Pour faire simple, Jonathan Hickman crée un nouvel univers, ayant pour point commun avec l’ancien label, le personnage du Créateur.
Le Créateur, qui n’est autre qu’un Reed Richards génialement détraqué, est une création de Jonathan Hickman pour Ultimate Fantastic Four, première génération. Il fait de ce super vilain machiavélique, le protagoniste principal d’Ultimate Invasion, débouchant sur la création de cette nouvelle saga.
En effet, le Créateur crée un monde à son image tout en empêchant l’apparition des grandes figures héroïques de l’univers 666.

Dans ce nouvel espace, l’araignée radioactive n’a jamais mordu Peter Parker qui vit un existence assez « banale ».
Mais, c’est compter sans l’intervention du jeune Tony Stark, qui souhaite remettre en ordre les choses, tout en préparant la résistance face à la dictature du Créateur.

Une nouvelle origin story

L’avènement d’un « nouveau » super-héros

Dans l’ensemble, je suis plutôt un amateur des travaux de Jonathan Hickman.
Cependant, le style « techno-scientifique » du scénariste ne correspond pas forcément à la coolitude d’un personnage tel que Spider-Man.
Pourtant, Ultimate Spider-Man s’avère non seulement inventif mais aussi particulièrement distrayant.

On a l’impression que le scénariste américain souhaite retrouver l’esprit de la série de Brian Bendis, avec une multitude de dialogues étoffant les personnages et une bonne dose d’humour.
En somme, les prérequis pour un tel projet sont bien présents, dépassant même les attentes.

La narration, portée par une unité de temps, explore avec délice la nouvelle vie de famille de Peter, sa collaboration inattendue avec le Bouffon Vert et sa confrontation au Caid.
Si Jonathan Hickman accorde une grande place à la caractérisation, il reste un grand passionné de technologie.

On retrouve cet aspect dans le costume du Bouffon vert mais aussi dans celui de Spider-Man.
Ainsi, la conception de ce qui risque de devenir Venom, tient bien plus de l’IA que du parasite extraterrestre.

Vivant une vie normale, Peter est mariée à Marie Jane et a deux enfants , Richard et May.
May porte le nom de la tante de Peter qui a trouvé la mort il y a un an lors d’un attentat, reflet symbolique du 11 septembre.

Jonathan Hickman s’empare à merveille de la famille Parker. Ainsi, on a la joie de retrouver ce que tout fan de Spider-Man souhaite depuis des années : le retour du couple Peter / MJ.
Et, effectivement, tout sonne comme une évidence ! La cellule familiale est attachante et son évolution, induite par le changement de statut du père de famille, est empli de tendresse et de compréhension. Les membres de la famille Parker sont si soudés que cela rend la préservation d’une identité secrète particulièrement complexe.
En cela, on retrouve le propos de Bendis qui, déjà à son époque, rendait cet archétype de tout super-héros très compliqué à tenir.

À l’image d’Absolute Batman, Jonathan Hickman redistribue les cartes en proposant une alliance plus ou moins inattendue.
Plus ou moins car, en réalité, contrairement aux gros sabots de Scott Snyder, elle suit assez bien la logique des personnages de l’univers original.
Certains prennent le rôle qu’ils ont toujours porté, comme le Caïd et son Sinistre Six. D’autres, comme Harry ou Gwen, sont ce qu’ils auraient pu être dans d’autres conditions.

Utimate Spider-Man offre une vision renouvelée mais réfléchie de cet univers étendu.

Une vision du journalisme

Des ennemis puissants

Ultimate Spider-Man est un récit divertissant, drôle, attachant, bourré de faux semblants et d’easter eggs plutôt malins.
Mais ce n’est pas que cela !
En effet, par le biais d’un duo étonnant, Ben Parker et J. Jonah Jameson, la série s’attarde sur un pouvoir constamment malmené : celui du journalisme.

Déjà, il faut s’attarder sur ce duo improbable.
Improbable et pourtant tellement évident. Le caractère chevronné de Ben contraste à merveille avec les bougonneries de Jameson. Jamais le tyrannique journaliste du Bugle n’aura été aussi bien écrit.
Si on retrouve ses excentricités habituelles, on découvre aussi un homme seul qui, par les liens qu’il entretient avec Ben, devient un membre à part entière de la famille Parker, allant jusqu’à se poser comme « modèle » pour le jeune Richard.

Ben et Jameson sont des amis inséparables mais ce sont aussi des journalistes implacables.
Ainsi, ils n’hésitent pas à claquer la porte du Bugle quand les pressions contre leur liberté se font trop fortes.
Il est évident qu’à travers ce choix, Jonathan Hickman critique la main mise des puissants sur les grands organes de presse, louant à l’inverse le travail des indépendants.
Il n’hésite pas à décortiquer certaines méthodes de travail, fustigeant le sensationnalisme des articles de presse face aux véritables enquêtes. Même si, de façon paradoxale, ce sont ces méthodes qui amènent quelques lecteurs vers des articles de fond.

À ce niveau, Spider-Man joue aussi un rôle. Les photographies de Peter Parker permettent à un large public de découvrir un journal indépendant et ses enquêtes.

Un régal graphique

Réalisme et dynamisme

Marco Checchetto est un dessinateur qui oeuvre depuis longtemps au sein de la maison des idées.
Fort d’une réputation certaine, on a pu le retrouver sur le Punisher de Greg Rucka ou plus récemment le Daredevil de Chip Zdarsky.

Son trait réaliste et foisonnant s’adapte parfaitement aux ambiances urbaines de héros comme Spider-Man.
Surtout que l’auteur s’amuse littéralement avec les pirouettes d’un des personnages les plus athlétiques de l’écurie Marvel.
Ce n’est pas forcément mon style de dessin préféré mais je suis admiratif de la technique, notamment lors des scènes de combat.
De même, ses personnages sont particulièrement bien caractérisés, renforçant les scènes familiales.
MJ est magnifique, sans pour autant tomber dans le look de la fille parfaite dont on a l’habitude.
Les modernisations sont intéressantes mais restent au final assez discrètes.
D’ailleurs, on comprend à quel point il est difficile de proposer autre chose que le costume classique de Spider-Man.
À contrario, l’armure du Bouffon Vert lorgne vers celle du film de Sam Raimi, le masque grimaçant en moins.

Comme de nombreux auteurs modernes, Marco Checchetto ne peut pas tenir le rythme d’un mensuel.
Pour cela, il est épaulé par David Messina. Ce dernier fait de son mieux pour nous faire oublier qu’il a beaucoup moins de talent que son collègue.
Néanmoins, c’est loin d’être catastrophique.

En résumé

Ultimate Spider-Man de Jonathan Hickman et Marco Checchetto prouve que Marvel peut encore proposer de bonnes choses quand il s'en donne la peine. 

Si on pouvait émettre certaines réserves à retrouver la prose du scénariste américain sur un personnage aussi cool que Spider-Man, il propose un récit inventif, attachant et particulièrement distrayant.
Il surprend en mettant en scène une vision moderne mais logique de ce nouvel univers Ultimate, tout en s'attachant particulièrement à la famille Parker.
Si le couple MJ / Peter fonctionne à merveille (mais qui en doutait ?), celui de Ben et Jameson surprend en proposant une des meilleures versions du journaliste acariâtre ainsi qu'une réflexion sur le pouvoir et le rôle du journalisme.

Le dessin réaliste de Marco Checchetto fonctionne à merveille, autant sur les scènes d'exposition que lors des affrontements entre l'homme araignée et ses ennemis de toujours.
Il est certes regrettable de le voir remplacer par le moins talentueux David Messina mais c'est sans doute le prix à payer pour un travail de qualité !

Vivement le second tome !
Bulles carrées

Lire nos chroniques sur :

  • Antigone

Prix et récompenses

  • Meilleure série super-héros – First Print Awards – 2025

Laisser un commentaire

Retour en haut