Golem Nanny (Zimra)

Lorsque les mères de Lytha doivent partir pour une expédition de plusieurs mois, elles la confient à un golem d’argile avec une liste de tâches à accomplir.
Mais quand la tragédie frappe, la jeune enfant n’a d’autres choix que d’apprendre à vivre en autonomie et … sans adulte à ses côtés.
Heureusement, elle peut compter sur la présence de son Golem Nanny et de sa poule Cot’Cot.

Un petit bonbon d’émotion et de fantaisie

De purs moments de joie

Il y a des éditeurs chez qui, pour des raisons obscures, je ne vais pas forcément piocher mes futures lectures.
J’ai toujours perçu les éditions Drakoo comme le rejeton des éditions Soleil, avec une gamme de fantaisie ado vers laquelle je ne me sens pas forcément attiré.

Or, en tombant un peu par hasard sur le Golem Nanny de Zimra, je ne m’attendais pas vraiment à une lecture aussi attachante.
Petite précision, je ne connaissais pas plus le travail de l’autrice. En jettant un coup d’oeil à sa bibliographie, je dois admettre que ce sont des projets auxquels je n’accorde guère d’attention.

Or, Golem Nanny m’a littéralement pris par surprise.
Déjà, cet univers de fantaisie « sociale » est original.
Certes, Zimra utilise de nombreux codes de la fantaisie mais elle les combine à une histoire emplie de tendresse.

Lytha est une jeune fille espiègle, élevée par deux parentes qui ont toujours accordé beaucoup d’attention à leur enfant.
Curieuse et pleine d’énergie, elle relève le défi de ses parentes : passer quelque temps sans elles.
Seule ? Pas totalement ! Elles l’ont tout de même laissée en garde à un Golem d’argile réactivé pour l’occasion.
Et franchement, lors des premiers jours, elle compte plutôt s’amuser que de suivre l’encombrant planning de ses parentes.
Après tout, ce n’est qu’une enfant et son Golem peut se charger des tâches quotidiennes.

Jusqu’à ce que le drame arrive.
Je me permets de spoiler ici, vu que l’éditeur le mentionne sur sa quatrième de couverture.
Mais si, comme moi, vous ne les lisez pas, passez ces quelques lignes.
En effet, après quelques pages, Lytha apprend le décès brutal de ses deux mères.
Au départ, elle, et nous non plus, n’y croit pas, pensant être victime d’une erreur.
Et puis, petit à petit le doute s’instille. Et si elles étaient vraiment mortes ?
L’acceptation du deuil est d’autant plus difficile que le doute est permis. D’ailleurs, l’espoir reste persistant jusqu’aux dernières pages de l’album.

À partir de là, l’ambition de Golem Nanny prend une autre forme. De simple divertissement, on passe à un récit sur le deuil et la recherche nécessaire d’autonomie.
Devenir adulte non pas par choix mais par nécessité.
En cela, l’évolution de ses relations avec son Golem le symbolise parfaitement.
De simple « objet », il devient un parent de substitution puis un ami sur lequel elle peut s’épauler.
C’est d’autant plus difficile que ses deux compagnons, Cot’Cot et le Golem, n’ont pas accès à la parole.
Cependant, ensemble, entre moments de doute, de tristesse, de colère et de joie nécessaire, ils vont réussir à se forger leur propre destination, faisant face à ce destin tragique.

Golem Nanny n’est pas un récit « tire larmes ». Si l’émotion est bien présente, elle est compensée par des instants de joies simples où la pureté de l’enfance reprend le dessus.
De plus, les personnages sont attachants. Lytha en premier lieu mais aussi ce Golem qui, sans la moindre parole, se montre sensible et attaché au sort de la jeune fille.
Cot’Cot, la poule gaffeuse, apporte la dose d’humour nécessaire mais est aussi à l’origine d’une des grandes crises de l’album.

Par ces éléments, Golem Nanny propose un moment d’émotion parfaitement équilibré.

Un esthétisme rafraichissant

Des lignes pures, des couleurs chatoyantes

Comme mentionné plus haut, je ne connaissais pas les travaux de Zimra. Du moins, jusqu’à aujourd’hui !
Lord Burger , les Mythics et autres Mytho, on ne peut pas dire que je sois le public cible.

Mais, d’une certaine façon, on retrouve, en tout cas d’un point de vue graphique, un esthétisme commun, porté vers le manga et l’animation.
Les lignes sont claires, l’encrage est propre et les couleurs restent lumineuses, tout en recherchant une forme de simplicité adaptée à l’atmosphère du récit.

Et c’est peut être tout le charme de Golem Nanny.
Il y a quelque chose de plus personnel, autant dans les designs des personnages, avec un Golem esquissé en quelques traits, évoluant au gré des envies (et des besoins) de Lytha.
Tout est porté par une recherche constante d’humanité et d’expressivité, venant combler le mutisme de ses protagonistes.

Et réellement, c’est une franche réussite.
D’un point de vue purement subjectif, je trouve que cet esthétisme, à l’image de certains mangas, a un côté redonnant.
La plupart des auteurs remplissent un cahier des charges, se privant, au passage, d’une identité propre.

Zimra, tout en respectant ces codes, tire son épingle du jeu en proposant un récit empreint d’une réelle sensibilité.
De ce fait, Golem Nanny devient un récit marquant autant pour son autrice que pour son lectorat.

En résumé

Golem Nanny de Zimra est un récit d'une grande tendresse qui, derrière sa simplicité apparente, traite de sujets aussi vastes que le deuil ou la quête d'autonomie. 

À travers le parcours de Lytha, on explore les journées d'une jeune fille, faisant face à la tragédie, avec ses propres moyens. Passant de l'incompréhension à la tristesse, de la colère à la joie, elle est épaulée par un Golem muet et une poule gaffeuse.
Ce trio atypique est à l'origine d'un flot d'émotions diverses mais jamais "tire-larmes".

Le trait de Zimra est fluide, simple mais inventif et lumineux.
Une très belle surprise !
Bulles carrées

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