Mots Tordus et Bulles Carrées

« Kali » (Daniel Freedman/ Robert Sammelin)

Kali a été trahie par son propre gang de motarde.
Laissée pour morte, elle échappe aux hommes de La Machine et se lance dans une quête de vengeance.
Seules la poudre et le sang apaisera sa colère.

Un coup de poignard dans le dos

Un clan désuni

Avec « Kali », Daniel Freedman et Robert Sammelin ne font pas dans la dentelle.
Pur récit de vengeance, l’intrigue reprend en grande partie les codes du genre sans chercher à sortir du chemin pré-établit.
Et, hormis la révélation finale, on ne sera pas vraiment surpris par cette proposition.
Mais l’objectif du scénariste est ailleurs.
Plus que nous surprendre, il souhaite nous plonger dans un flot d’action frénétique au côté d’une Kali aussi destructrice que la déesse dont elle porte le nom.
On peut très bien se contenter de cette course poursuite mortelle et ignorer la portée féminisme et l’anti-fascisme du récit.
Car c’est un fait. Kali est avant tout un divertissement régressif qui assume à fond ses influences cinématographiques.
L’une d’entre elle, de l’aveu même du scénariste, est l’univers Mad Max de George Miller.
Et notamment Fury Road dont il reprend cette sensation de frénésie constante.
Cependant il s’éloigne de l’ambiance post-apocalyptique proposant quelque chose de plus « réaliste ».
Ainsi, on comprend que La Machine a toutes les caractéristiques du dictateur fasciste mais on ira guère plus loin.
Daniel Freedman en esquisse les lignes mais c’est à nous d’en interpréter le fonctionnement.

Surtout qu’au final, la thématique principale reste la vengeance.
À ce niveau, Kali tient plus de John Wick que de Mad Max.
À l’image du personnage interprété par Keanu Reeves, la jeune femme s’en prend plein la tronche.
elle reste l’archètype de la femme forte et indépendante mais sa radicalité devient presque une prison de laquelle elle ne peut pas échapper.
Si Kali se réclame d’une certaine justice, ses propres failles l’empêche d’y accéder.

Du cinéma sur papier

Une mise en page cinématographique

Pour soutenir la brutalité et la puissance de ce comics, la partie graphique se devait d’être impeccable.
Et on peut dire que Robert Sammelin s’est emparé de cette tâche avec un talent certain.
Je ne connaissais pas le travail de ce dessinateur et à priori Kali est une de ses rares escapades dans le monde des comics.
Et comme toute chose rare, il faut apprendre à la déguster.

On pourrait déjà revenir sur le design de son héroïne.
Kali est tout sauf sexy.
Ainsi, elle assume les formes de son corps sans que cela soit souligner à l’extrême.
Quant aux traits de son visage, ils sont figé par une colère la rendant assez flippante.
Certains ont notés la soit-disante obsession de l’artiste pour le fessier de son héroïne.
Or on peut se demander si cette attention vient de Robert Sammelin ou des lecteurs eux-même.
Sur la majorité des plans, ses fesses sont cachées par le holster de son arme et on ne peut pas dire que cela les mettent en valeur.
De mon côté, j ‘y ai même vu une mise en garde du genre  » Gare à ceux qui touche ! »
Au contraire, le corps de Kali ne cesse de décliner sous les coups et les blessures.

Mais c’est en terme de narration que Robert Sammelin se montre un véritable expert.
Pour le coup, on retrouve tous les codes du cinéma d’action
Ses scènes semblent avoir été chorégraphiées comme un storyboard.
C’est fluide , dynamique et inventif.
Sa colorisation apporte ce qu’il faut à l’ambiance sans pour autant nuire à la lisibilité de son dessin.
Malgré tout, les quelques aperçus de ses planches en noir et blanc expriment aussi l’excellence de son encrage.

Pour un inconnu, Robert Sammelin en impose et son dessin participe en grande partie à l’appréciation positive qu’on peut avoir sur ce projet.
À l’image d’une belle réalisation, la partie artistique soutient à merveille le scénario créant la puissance nécessaire pour soutenir cette simplicité de façade.

En résumé

"Kali" de Daniel Freedman et Robert Sammelin est un récit basique, brutal et d'une puissance graphique hallucinante. 

Derrière une apparente simplicité, Daniel Freedman nous propose une histoire radicale mélangeant l'esprit des Mad Max à la folie vengeresse d'un John Wick.
Figure de femme forte et puissance, Kali fascine autant qu'elle effraie.
Son corps, subissant les dégâts de chaque affrontement, symbolise le côté néfaste d'une vengeance qui petit à petit, perd de son sens.

Robert Sammelin, encore inconnu du petit monde du comics, propose une prestation irréprochable.
Le graphisme est solide et la mise en page offre de pur moment d'action comme on aimerait en voir plus souvent sur grand écran.

On pourra lui reprocher une simplicité inhérente à n'importe quel récit l'action.
L'objectif principal est de s'en prendre plein la tronche sans pour autant être pris pour des imbéciles et à mon humble avis, le pari est réussi.

Pour lire nos avis sur Batman : Year Two et Carrie

Bulles Carrées

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