L’écuyer et son chevalier (Scott Chantler)

Sir Kelton d’Eldergard et son écuyer parcourent les routes du pays à la recherche d’un défi à la hauteur du chevalier.
C’est ainsi qu’ils arrivent à Bridgetown, une ville faisant face à des attaques régulières de dragon.
Sans aucune hésitation, le chevalier se lance à la poursuite de la créature, laissant son écuyer dans l’attente.
Mais les semaines passant, le doute s’installe.
Et si son maître avait échoué dans sa tâche ?

Un Sherlock d’un tout autre âge

Fuir la bataille

L’écuyer et son chevalier de Scott Chantler a tout d’un sympathique comics d’aventure.
Même si l’idée de transfèrer le rôle du héros à celui qui n’est pas censé l’être n’est pas franchement nouvelle.

Le monde moyenâgeux de Scott Chantler puise allègrement dans la fantaisie, tout en s’amusant des codes exploités.
En effet, dragon, sorcière et trolls se côtoient dans un décorum limité à des espaces restreints : le village de Bridgetown sur le premier tome et une forêt dans le second.
Le fantastique fait partie du quotidien, dans ce qu’il a de meilleur et de pire.
Mais pour le pire, il y aura toujours un valeureux chevalier pour rectifier le tir.

Raconté ainsi, on pourrait se dire que le comics de Scott Chantler n’est pas des plus originales.
Et d’une certaine façon, c’est une réalité.
Malgré tout, L’écuyer et son chevalier réussit le pari de ne pas tomber dans la caricature.
Bien sûr, Sir Kelton d’Eldergard reste un archétype de chevalier.
Il aime qu’on le caresse dans le sens du poil et fanfaronne à la moindre incartade.
Souvent à côté de la plaque, au grand dam de son écuyer, il n’en est pas moins courageux, se lançant, sans trop réfléchir, sur le champ de bataille.

L’écuyer est adepte d’une tout autre méthode.
Si physiquement, il ne peut pas vraiment se lancer dans une bataille aveuglément, il préfère utiliser sa tête plutôt que ses poings.
C’est en cela que L’écuyer et son chevalier surprend.
Mettant de côté l’aspect aventure, le récit devient un jeu de piste où l’écuyer prend le rôle d’une enquêteur talentueux et chevronné.
De ce point de vue, le premier volume proposait une intrigue classique mas efficace.
Le second met l’écuyer face à ses propres failles et ressentiments.
Le jeune garçon a beau être intelligent, il supporte de moins en moins le comportement de son seigneur, qui ne lui accorde d’ailleurs que peu d’intérêt.
Pour la première fois, on le voit s’agacer et commettre des erreurs. Il va subir les événements, tout en se remémorant les raisons de son attachement à Sir Kelton

Du cartoon sur papier

Un féroce dragon ?

À certains égards, L’écuyer et son chevalier nous rappelle les grandes séries animées américaines.

Le trait de Scott Chantler en reprend en partie les codes : des formes graphiques simples, des designs épurés, des décors détaillés et une mise en scène efficace.
On y retrouve l’empreinte d’un Bruce Timm ou d’un Darwynn Cooke avec une approche, peut être, un peu plus enfantine.
Ainsi, les monstres ou autres créatures qui peuplent la série, aussi imposants soient-il pour certains, ne sont pas là pour effrayer.

Scott Chandler accorde une grande importance aux expressions de ses personnages.
L’écuyer avec ses yeux en forme de billes, exprime autant ses inquiétudes qu’une forme de curiosité ou d’agacement.
C’est par ces expressions que transparaît le mieux l’humour « pince sans rire » de la série.
Un regard ou une attitude amènent plus le sourire que l’exagération d’une situation.

Les couleurs ont une teinte particulière.
En effet, Scott Chantler a choisi un traitement automnal avec des récurrences de tons jaunes orangés créant une atmosphère particulière et légèrement désuète à l’ensemble.
Si, au départ, on assez surpris de ce choix, il faut avouer qu’elle amène une patine originale, rappelant certaines illustrations moyenâgeuses.

En résumé

L'écuyer et son chevalier de Scott Chantler est un comics chevaleresque attachant. 

Par un inversement de rôle attendu, l'auteur délaisse l'aventure et lance son écuyer dans des enquête haletantes au sein d'un monde peuplé de dragons et de trolls affamés.

Si le premier volume faisait l'éloge de l'intelligence de l'écuyer, le second le montre sous un jour plus faillible, montrant un agacement croissant envers celui qu'il est censé servir.

Le trait de Scott Chantler rappelle les grands noms de l'animation américaine tels que Bruce Timm, avec une touche automnale liant l'ensemble du récit.

Deux volumes emplis de charme et de fantaisie.

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