Mots Tordus et Bulles Carrées

L’honneur de Zakarya (Isabelle Pandazopoulos)

« Contre la chaotique incertitude de l’avenir, le remède se trouve dans la faculté de faire et de tenir des promesses. (…) Si nous n’étions pas liés par des promesses, nous serions incapables de conserver nos identités ; condamnés à errer sans force et sans but, chacun dans les ténèbres d’un coeur solitaire. » C’est par cette citation d’Hannah Arendt que débute le dernier roman d’Isabelle Pandazopoulos L’honneur de Zakarya, aux éditions Gallimard jeunesse.

Une question d’honneur

« Que peuvent les lois contre une promesse ? »

C’est par cette question, placée en exergue sur le site de l’autrice, que l’on peut résumer toute l’intrigue du roman.

Zakarya Benothmane est un jeune homme de 20 ans qui a été placé en détention pour le meurtre présumé de Paco. Son camarade boxeur a été retrouvé violemment tabassé peu après une altercation avec Zakarya. Ce dernier devient très vite le suspect numéro 1. D’autant plus que, s’il nie en être le coupable, il ne semble pas se défendre véritablement et beaucoup de témoignages jouent contre lui. Son attitude taciturne et sa violence latente aussi.

Dans un récit en 3 parties (JUGER – PROUVER – CONDAMNER), l’autrice nous emmène aux côtés de ce jeune homme à la fois plein de rage et attachant, exaspérant par moments et hypersensible à d’autres.

Le fil de son procès alterne avec des retours en arrière qui éclairent à la fois son passé familial, aimant avec sa mère omniprésente et brutal avec un père violent qui ne l’a jamais reconnu, ses relations complexes avec ses amis et son entrée dans le monde de la boxe. Sa délinquance aussi.

On découvre, au fil des chapitres, un Zakarya plein de fêlures et de déchirures, malgré l’amour protecteur de sa mère. Un écorché qui ne trouve pas toujours ses mots ou qui les crache au visage de ceux qui l’interrogent. Un rêveur un peu paumé que la vie jusqu’à présent à toujours déçu et dont il n’attend plus grand chose.

Seule sa rencontre avec la belle Aïssatou, dont il va sauver le petit frère, semble éclairer cet univers sombre et brutal.

Un roman coup de poing

Sachez-le, on ne ressort pas indemne de cette lecture.

Tout d’abord parce qu’Isabelle Pandazopoulos a su créer des personnages profondément humains, faillibles et qui semblent constamment sur le fil. Qu’il s’agisse évidemment de Zakarya, qu’un simple geste peut embraser ou faire pleurer, ou de Yasmine, sa mère toujours dans l’attente d’une tragédie, de Léonie Colancelle, l’avocate engagée qui le défend malgré son mutisme, ou Zoé, la belle qui se perd entre les corps auxquels elle s’offre et ses rêves d’amour.

Ensuite parce que l’écriture est parfois brute, en italiques, sans ponctuation, comme si le flot des pensées jaillissait des personnages.

Enfin parce que, malgré le point de vue interne, qui nous fait suivre Zakarya, persiste toujours ce sentiment d’étrangeté. C’est l’avis des autres sur Zakarya, le jugement des policiers, du juge, de son entourage, même de ses camarades. Face à ces condamnations et à ces doutes, lui ne flanche pas.

Il en a fait la promesse.

Une promesse au-delà des lois, de la justice et des injustices.

Pourquoi lire L’honneur de Zakarya ?

Lire L'honneur de Zakarya, c'est être déstabilisé par la force brute de la littérature. En suivant le procès de ce jeune homme mutique mais révolté, les lecteurs auront souvent l'impression de basculer. En avant, dans des moments d'espoir et de lumière, en arrière lors des flash back qui reconstituent peu à peu le puzzle de cette vie qui semble soumise à la fatalité.

Isabelle Pandazopoulos, qui aime "ce qui nous fait tenir debout", nous offre ici une expérience profondément humaine et bouleversante.

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Mots tordus

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