Plus loin qu’ailleurs (Chabouté)

L’Alaska. Le bout du monde. L’ailleurs. Voilà des années qu’Alexandre en rêve. Son boulot de gardien de parking de nuit lui permet de le dessiner mais il va enfin le vivre en vrai. Enfin, c’est ce qu’il croit… Après que son agence de voyage a fait faillite et qu’il se blesse à la cheville, il doit changer ses plans. Mais s’il partait plutôt à l’aventure dans son propre quartier ?

Poser un regard nouveau

J’ai découvert le travail de Christophe Chabouté avec son adaptation de Construire un feu, la nouvelle de Jack London qui se déroule dans le Grand Nord. J’avais alors été marquée par la puissance de son dessin en noir et blanc qui traduisait avec violence celle du récit initial.

Quand on m’a offert Plus loin qu’ailleurs (merci Nathalie P), c’est donc avec curiosité que je me suis plongée dans cette lecture.

L’histoire est simple mais terriblement humaine. Alexandre est passionné de grands espaces et particulièrement du Grand Nord. Sur son bureau, trônent évidemment Construire un feu de Jack London, mais aussi Indian creek de Pete Fromm et différents manuels du randonneur. Ce voyage, il le rêve, il le dessine. Son sac, ses chaussures et son billet d’avion sont prêts.

Mais, suite à une annulation et à une chute dans un escalator, Alexandre va devoir changer de cap. Et c’est finalement à l’hôtel, en face de son appartement, qu’il va faire étape.

Désormais, il va s’appliquer à compléter son carnet de voyage en parcourant et en observant la place, ses murs, ses sols, les gens qui y vivent comme s’il s’agissait d’un paysage et d’une faune inconnus.

Ce que disent les chaussures et les listes de course des autochtones

Un patient travail de pistage mais aussi de contemplation qui va lui permettre de (re)découvrir son propre quartier, tout en voyageant dans son imaginaire.

« Prendre le temps de s’asseoir »

Plus loin qu’ailleurs est une expérience. Une expérience de vie pour le narrateur qui va observer son environnement avec un regard neuf. Et une expérience pour le lecteur qui, à travers lui, va vivre un voyage dans un quotidien qui pourrait être le sien.

Petit à petit, le regard d’Alexandre s’ouvre aux formes, aux couleurs, aux sons qu’il collecte dans son carnet de voyage.

Voir les détails qui unissent

Jour après jour, il retrouve le sourire et apprécie d’être tout simplement au milieu des autres.

Car Alexandre est un solitaire. Lui qui travaillait de nuit et ne croisait presque jamais personne, se pose sur un banc en pleine journée et se laisse traverser par les vivants de son quartier.

Deux rencontres en particulier vont transformer ce petit microcosme : celle d’un sdf qu’il compare à un ours et celle d’une jeune femme qui, indirectement, va partager ses découvertes.

Le trait de Christophe Chabouté, réaliste et expressif, met particulièrement en valeur les visages et les émotions des personnages. On sent dans ses planches le travail préparatoire des croquis, qu’on imagine tracés dans un petit carnet, comme le fait Alexandre. La couleur n’est utilisée que lorsqu’elle donne un sens au récit.

Les pages dans lesquelles Alexandre détourne les éléments du quotidien (fissures sur un mur, plaque d’égout, tracé de place handicapé…) en jouant avec son imagination sont jouissives. On devine le regard du dessinateur qui voit partout une réalité plus joyeuse et joueuse.

Au final, Plus loin qu’ailleurs est une invitation à regarder autrement notre quotidien. L’album est aussi une ode à la solitude solidaire. Cette aptitude à prendre le temps d’observer l’autre pour être surpris. Une belle leçon de vie curieuse et pleine d’imagination.

Pourquoi lire Plus loin qu’ailleurs ?

Plus loin qu'ailleurs est un voyage immobile, une invitation à ouvrir la fenêtre et à observer notre quotidien avec un regard neuf. Christophe Chabouté, à travers le personnage d'Alexandre, nous amène à nous "dépoussiérer les yeux". Pour l'occasion, son noir et blanc intense et expressif, se pare de couleurs quand il le faut. Et notre réalité semble tout de suite plus vivante. "Partir en restant"... Tout unprogramme !

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