Depuis que Cliff Secord a découvert le prototype d’une fusée dorsale, il joue les héros volants sous l’identité du Rocketeer.
Mais, il n’imagine pas que sa réputation a dépassé les frontières. L’énigmatique « Maître » éprouve, lui aussi, un intérêt certain pour cette fameuse fusée
Pourtant, Cliff a toutes autres préoccupations. Après avoir frappé un agent du FBI pour laver l’honneur de la jeune Sally, il risque de perdre sa licence d’aviateur.
Et ne plus pouvoir piloter lui est inimaginable.


La cargaison maudite
Rocketeer n’est pas le personnage le plus connu de la pop culture américaine.
Pourtant l’adaptation cinématographique de Joe Johnson en 1991, a offert une petite notoriété au personnage, créé par Dave Stevens.
L’auteur a débuté sa carrière en 1975, travaillant notamment sur les strips quotidiens consacrés à Tarzan.
Pourtant, c’est l’animation et le cinéma qui lui offre de belles opportunités.
Il a créé des visuels pour Les aventuriers de l’arche perdue de Steven Spielberg et Thriller, le clip de Michael Jackson.
Ces nombreuses expériences ont marqué l’approche graphique et scénaristique de Rocketeer lui donnant un ton et une ambiance particulière.
Du pulp et encore du pulp

Alors que Dave Stevens décède en 2008 des suites d’une leucémie, son héros se retrouve fatalement orphelin.
Mais l’industrie du comics étant ce qu’elle est, elle n’aime pas le vide. Et, rapidement, de nombreux projets annexes se montent autour du Rocketeer.
Parmi eux, la cargaison maudite sort facilement du lot.
Et il faut dire que l’équipe artistique a de quoi faire rêver !
Mark Waid, scénariste reconnu pour son travail chez les big two , et Chris Samnee, déjà auréolé d’un Harvey Awards en 2011, semble l’équipe adéquate pour signer le retour du héros volant.
Les deux auteurs débutent ici une collaboration fructueuse qui se poursuivra notamment sur, entre autre, Batman & Robin : année un.
Mark Waid, en connaisseur avisé, se révèle un choix pertinent pour rendre hommage au travail de Dave Stevens.
D’ailleurs, l’ombre du créateur traverse l’ouvrage autant par la retranscription fidèle des protagonistes que par l’aspect débridé de cette aventure.
Et, en effet, Rocketeer : la cargaison maudite ne s’embarasse pas de réalisme, préférant très largement le divertissement.
Et pour le coup, le récit fonce à cent à l’heure, ne s’arrêtant que très rarement pour souffler.
Certains personnages en pâtissent mais le côté archétypal des portraits nous les rendent immédiatement identifiables.
Mark Waid s’en amuse, ballotant le pauvre Cliff Secord entre la jeune Sally et la bimbo Betty, hommage à peine déguisé à l’actrice Betty Page.
On peut d’ailleurs voir derrière cet affrontement romantique, une sorte de confrontation entre tradition et modernité.
Pourtant, Cliff Secord n’émet aucun doute mais les joies du quiproquo rendent les échanges truculents.
Malgré tout, il ne faudrait pas imaginer le récit de Mark Waid comme un pastiche.
Au contraire, il retrouve l’ambiance et la caractérisation des personnages de Dave Stevens, digne représentant de ces années folles, entre légèreté et innocence.
Hommage au cinéma des années 30
Que ce soit à travers la carrière de Dave Stevens ou l’adaptation de son personnage, Rocketeer résonne totalement avec le cinéma.
Esthétiquement, le héros est un pur reflet de cette imagerie où tout est possible.
Et d’une certaine façon, Mark Waid intègre le personnage dans le folklore du cinéma des années 30.
Les références sont nombreuses et, si certaines sont soumises à interprétation, d’autres n’émettent aucun doute.
Ainsi, je retrouve dans le « Maître » un écho, notamment par le look, au terrifiant Dracula arrivant vers la civilisation, avec son lot de menaces inconnues du commun des mortels.
Et le danger n’est pas des moindres, Mark Waid s’amusant à le taser à coup de membres déchiquetés.
La surprise peut surprendre mais elle est correspond à un état d’esprit global, où l’extraordinaire fracasse, sans prévenir, la réalité.
C’est d’autant plus gratifiant que l’idée est loin d’être gratuite, prenant une forme bien connue des adaptes des créatures iconiques du cinéma des années 30, tout en faisant aussi référence à une licence encore actuelle.
Spoiler alerte !
De King Kong à Jurassic Park , il n’y a qu’un pas !
Un génie précoce

Chris Samnee est sans conteste LE dessinateur de ces dernières années dont le style, mélange de rétro modernisme s’accorde à une gestion de l’ombre et la lumière hallucinante.
Son efficacité formelle donne une impression de facilité qui, pour ma part, me fascine.
Car bien sûr, il n’y a rien de facile dans le travail de Chris Samnee. Bien au contraire !
Son style s’accorde à toutes sortes de personnages. Et ses multiples illustrations, exercice quotidien sur Instagram, ne montre aucune limite à ces diverses appropriations.
Pourtant, si le dessinateur a débuté à seulement 15 ans, il lui a fallu de nombreuses années avant d’avoir la reconnaissance tant attendue avec un Harvey Awards pour The Mighty Avenger ( 2011) puis deux Eisner pour Daredevil et Rocketeer : la cargaison maudite. (2013)
Il faut dire que sa prestation graphique est parfaite, tant son trait semble s’accorder à l’iconographie du Rocketeer.
D’ailleurs, ses designs sont sublimes et chacune de ses apparitions est un moment de bravoure en soi.
Moment assez rare au final, tant l’alter ego s’avère aussi important que le héros masqué.
La narration est parfaite quoiqu’un brin sage mais elle est compensée par une fraîcheur d’ensemble bien agréable.
Alors, bien sûr, on remarquera encore quelques hésitations en terme d’encrage et on regrettera des créatures moins abouties que celle de Jonna.
Cependant, Rocketeer : la cargaison maudite reste une des nombreuses oeuvres remarquables d’un dessinateur hors norme.
En résumé
Rocketeer : la cargaison maudite de Mark Waid et Chris Samnee est une version fidèle et divertissante du personnage créé par Dave Stevens.
Mark Waid intègre parfaitement l'ambiance pulp inhérente à la série, s'amusant d'un ersatz de triangle amoureux, tout en rendant hommage aux monstres iconiques du cinéma des années 30.
Le récit est aussi fun que drôle et, si son rythme élevé empêche certains développements, on sort conquis de ce retour explosif.
Surtout que Chris Samnee, encore au début de sa carrière, se montre déjà talentueux, offrant un carcan adéquat aux pirouettes de Rocketeer.
Prix et récompenses
- Eisner Awards – Meilleur dessinateur / Encreur – 2013 pour Chris Samnee

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