Superman : Space age (Mark Russel / Michael Allred)

1963, dans les campagnes de Smallville, le jeune Clark Kent aide son père aux travaux de la ferme.
Pour la famille Kent, la découverte de ce jeune enfant venu de l’espace a été une bénédiction. Mais le jeune garçon, doté de pouvoirs incroyables, aimerait accomplir beaucoup plus.
Jusque là, il écoutait avec attention les préceptes de son père adoptif « Vite fait ? ou bien fait ? » mais l’assassinat du président Kennedy l’incite à se saisir de ses responsabilités.

Mais est-il seulement prêt à affronter l’inévitable ?

Des origines réactualisées

Une arrivée tardive

Souvenirs de guerre

Superman : space age de Mark Russel et Michael Allred propose une vision revisitée de l’origin story de Superman.

En effet, si la création de Jerry Siegel et Joe Shuster fait ses premiers pas en 1938, à l’aube de la seconde guerre mondiale, celle de Mark Russel débute sa carrière bien plus tardivement.
À l’instar de son Fantastic Four : l’histoire d’une vie, Superman traverse l’Amérique des années 60 jusqu’aux années 80.
Plus spectateur qu’acteur, les grands évènements de cette Histoire se déroule en arrière plan, pendant que le héros se préoccupe d’autres menaces.
En effet, le choix des années 60 n’est pas anodin. C’est une époque de déconstruction pour les Etats-Unis, frappée coup sur coup par l’assassinat du président Kennedy et la guerre du Vietnam.
Et forcément, l’apparition d’une figure héroïque tel que Superman est perçue de manière différente.

Mark Russel saisit parfaitement l’essence du personnage, et plus qu’une remise en cause, c’est une réactualisation rétro-moderne du mythe qu’il nous propose.
Ainsi, tous les codes sont présents. De son enfance à Smallville jusqu’à son arrivée à Metropolis, on observe les premiers pas du super-héros et des personnages qui l’entourent.
Si Loïs Lane est , au départ, une simple pigiste pour sujets de seconde zone, elle profite du moment pour saisir sa chance.
Loin d’être une ingénue, elle éprouve de la méfiance pour les actes de Superman, accordant bien plus d’importance au véritable courage.

Mark Russel s’empare de l’histoire de Superman et en propose une version condensée et accélérée.
De jeune fermier à Super-héros, il forme autour de lui une ligue prête à affronter des menaces hors normes.
Il porte aussi son intérêt sur une facette essentiel à l’imagerie de Superman : Batman.

Si la vision de Superman reste « inchangée », celle de Batman est profondément bouleversée.
Bruce Wayne, sorte de Tony Stark, est un armateur d’armes pour le gouvernement.
En effet, il n’est qu’un simple homme d’affaire sans traumatisme, en concurrence avec Lex Luthor.
Mais les actions de ce dernier vont l’amener à revoir son rôle, allant jusqu’à faire des choix radicaux.
Mark Russel crée une sorte de dichotomie entre les deux super-héros, les amenant à douter l’un de l’autre avant de mieux se rapprocher.
Reste que les actions de Batman sont plus pragmatiques, l’amenant à prendre des risque inconsidèrés.
La dernière partie mettant en scène un de ses ennemis iconiques étonne par sa conclusion d’un profond cynisme.

Dans un univers proche de sa fin, personne n’est épargné !

Se préparer à la fin du monde

Des héros en formation

Superman : space age est un pur hommage à la fantaisie cosmique et épique d’une autre époque.

Mark Russel annonce la couleur dès le début. Ce monde court à sa perte.
Et pour cela, il fait référence à un évènement majeur de l’histoire de Dc comics : Crisis on infinite earth.
En 1985, Marv Wolfman et George Perez, ont la lourde tâche de supprimer toutes les Terres alternatives en les fusionnant en une seule et même réalité.

D’une certaine façon, le Terre de Superman : space age est une de ses nombreuses versions alternatives.
Ainsi, les références sont nombreuses : Anti-monitor, les multiples réalités et la date même de 1985 sonnant le glas de cette réalité.
Une seule question se pose pour Superman : comment se préparer à la fin du monde ?

Cependant, loin d’être sombre , Superman : space age garde une certaine fantaisie, à l’image des récits colorés d’antan.
Même si cela s’accompagne d’un optimisme un peu désuet. En cela, la fin pourra décevoir en offrant au héros une porte de sortie un peu facile même si , à l’image du Superman : lost, elle atteste de son sens du sacrifice.

Du rétro comics

Trait fluide et narration inventive

Pour la partie graphique, le dessin de Michael Allred, allié aux couleurs de son épouse Laura, accentue fortement cette sensation rétro.

Michael Allred est un auteur aguerri. Depuis son premier roman graphique, Dead Air, en passant par Deadman ou le Silver Surfer de Dan Slott, l’auteur à su se montrer comme un acteur essentiel du comics Us.
Cependant, le public français ne s’est guère passionné pour ses travaux, rendant une partie de sa bibliographie inédite ou introuvable.

On peut donc remercier Urban comics de prendre le « risque » d’une telle proposition.
Surtout que, contrairement à beaucoup, j’ai toujours aimé la folie et la fantaisie de l’artiste.
Son style pop, faussement naïf, lui offre une place à part dans un monde du comics mainstream, parfois, un peu trop codifié.
Son dessin, épuré et fluide, peut souffrir de rigidité mais il la compense par une véritable inventivité narrative.

Sur Superman : space age, il adopte un style plus réaliste, se concentrant sur les expressions de personnages saisissants.
Malgré tout, il garde un aspect décalé sur les super-vilains, n’hésitant pas à conserver certains designs « grotesques » à l’image de l’Anti-Monitor.

Pour les fans du dessinateur, Superman : space age est sans doute un de ses meilleurs travaux.
Détaillé, foisonnant et inspiré, ses pages regorgent de petites pépites graphiques et narratives .

En résumé

Superman : space age de Mark Russell et Michael Allred condense l'histoire du super-héros en une vingtaine d'années tout en rendant hommage à un des plus grands moments de l'histoire de Dc Comics. 

Apparaissant dans les années 60, Mark Russel incorpore Superman au sein d'une époque tourmentée dans un monde en "fin de vie".
En effet, cette Terre est condamnée .
Mais comment empêcher l'impensable ? Entre les réflexions sur l'héroïsme, la famille, la politique, le scénariste nous invite à vivre aux côtés de héros proches et en même si différents de ceux que nous connaissons.

Par son trait post-rétro, Michael Allred, toujours accompagné de sa femme Laura aux couleurs, rend autant hommage à l'imagerie pop du genre qu'à la fatalité du scénario de Mark Russel.

L'ensemble donne une oeuvre foisonnante, peut être un peu trop, mais qui reste fascinante dans sa proposition.

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