Enragée (Cécile Alix)

« Je m’appelle Fauve, j’ai seize ans, et je danse. De ces trois choses, je ne doute pas. » Fauve est une fille de l’ASE, l’Aide Sociale à l’Enfance, mais elle a trouvé une famille de coeur auprès de Maud et Damien. Alors quand elle est convoquée par la juge des enfants et qu’elle découvre que sa mère demande sa garde après 15 ans d’absence, son monde s’écroule…

« Chasse l’orage, mon soleil »

Cécile Alix est de retour pour nous offrir un nouveau roman plein d’humanité et de rage, d’errance et d’espoir. Enragée, dans la veine d’A(ni)mal et Guerrière, nous fait vibrer et trembler avec Fauve, une ado fugueuse qui tente de dompter sa colère.

Face à l’incompréhension et à l’injustice de sa rupture avec sa famille d’accueil, provoquée par le retour de sa mère qui veut en retrouver la garde, seule la fuite lui semble envisageable.

Une fuite en avant, une course vers l’inconnu, une chute vertigineuse dans l’errance et la rue.

Parce qu’on n’entend pas son désir de faire famille avec Maud et Damien. Parce que la juge Busard préfère appliquer la loi sans écouter ses failles et ses blessures.

Alors Fauve fonce dans la nuit.

Je ne tremble pas, même pas les mains moites, mais en nterne, c’est Hiroshima.

J’éteins, sors de la chambre.

Shanna ronfle. Sa porte est fermée.

Elle n’a pas tiré les rideaux du salon. Les lueurs de al nuit éclairent l’entrée. Je me chausse. Parka, écharpe, j’ai tout. Le verrou glisse silencieusement. La porte ne grince pas.

Je pars.

Dans les rues de Lyon, elle va devenir Keny. Elle y croisera des êtres brisés mais lumineux. Sam, Edith et le Yéti puis Mahamadou, Mélène, Josh, Meng, Tom, Cassie, Kenza. Et enfin, Arnaud, un danseur comme elle.

Chacune de ces rencontres va rallumer en elle la flamme, la réchauffer et lui redonner, petit à petit, confiance en elle et dans l’humanité.

Une constellation des rues

Cécile Alix est une autrice fascinante. Je m’interroge à chaque lecture sur cette capacité qu’elle a d’entrer dans le coeur et le corps de tous ces personnages.

Son écriture est juste, sèche et vibrante. A fleur de peau, comme l’est Fauve. Pleine de chaleur quand la solidarité illumine sa nuit, parcourue d’un vent glacial quand elle prend peur ou quand la solitude la saisit.

Parce que la rue n’est pas la liberté. Elle est une prison à ciel ouvert, un lieu parfois dangereux et violent. On ressent la peur de Fauve dans son corps et dans ses doutes. Mais les mains qui lui sont tendues sont rassurantes et douces.

Sam fait les présentations :

– Keny, le Yéti. Le Yéti, Keny.

– Bienvenue dans le royaume des bouffeurs d’ombre, dit-il, théâtral.

Son sourire surgit comme un diable de sa boite. Il éclaire, étreint, nettoie, semble se moquer d’hier, de demain et du froid.

Impressionnée, je bafouille un bonsoir à peine audible.

Il n’est ni très grand ni très gros, je me demande d’où lui vient son surnom. Il a le visage détruit d’un vétéran de l’existence, le regard clair, intense, mélancolique aussi. Un regard qui a tout vu, tout vécu.

Ce sont ces regards bienveillants, au sens noble du terme puisqu’ils « veillent bien », qui vont mettre leur pierre à l’édifice de la reconstruction de Fauve.

On y croit, on a envie de rallumer l’étincelle de cette jeune femme déchirée, que la société a éteinte. Son parcours sera semé d’embuches mais résilient et vivant.

On sort de cette lecture profondément ému. Quelque chose aura bougé (dansé) en nous et rien que pour cela, Cécile Alix mérite un grand merci.

Pourquoi lire Enragée ?

En donnant corps et mots à Fauve, Cécile Alix nous entraine dans une fugue à la fois sombre et lumineuse dans les rues de Lyon. Enragée est un roman du mouvement qui émeut et vibre intensément. Le parcours de cette jeune ado qui fait le choix de la fuite pour trouver un sens à sa rage et à sa vie est profondément touchant. Si l'on plonge avec elle dans l'abime, c'est pour mieux en sortir, tirée par des mains invisibles et des regards étincelles. Un magnifique portrait !

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