Pour accomplir la dernière volonté de sa mère, Yuta la filme jusqu’à sa mort.
Mais ce court-métrage, à la fin explosive, n’a pas la réception escomptée.
Dépité, il décide d’en finir mais est arrêté, in extremis, par une mystérieuse jeune fille : Eri.
Celle-ci lui propose un projet fou : réaliser un nouveau film prenant en compte les erreurs de son premier opus.
Hommage au 7eme art
Sortant d’un long arc sur sa série principale Chainsaw Man, Tatsuki Fujimoto décide de faire un break.
Mais tout mangaka qu’il est , il en profite pour se lancer dans l’écriture de deux one shot qui resteront dans les mémoires : Look Back et Adieu Eri.
L’expression du deuil

Si Look Back s’empare du monde du manga , Adieu Eri se concentre cette fois-ci sur celui du cinéma.
Mais à la manière de Tatsuki Fujimoto, c’est à dire empreint de cynisme et d’une profonde amertume.
En effet, depuis qu’il a reçu un nouveau portable pour son anniversaire, Yuta filme sa mère « jusqu’à sa mort ».
Cette demande surprenante, qui en réalité ne prend jamais en compte le bien être de l’enfant, a pourtant un objectif simple : créer le souvenir d’une mère aimante.
Car, cette dernière, atteinte d’une maladie rare, mourra, provoquant un choc aussi visuel que psychologique pour Yuta.
L’expression de ce deuil prend une forme étonnante dont les intentions restent imperceptibles pour la globalité de son public.
Beaucoup jugeront cette perspective, estimant qu’elle déshonore la mémoire de sa propre mère.
Par ce biais, Tatsuki Fujimoto fustige les critiques et avis peu éclairés, interprétant les intentions de son auteur, sans jamais prendre en compte ce qu’il est.
Et Yuta, personne ne lui demande vraiment son avis.
Que ça soit sa mère ou par la suite Eri, le jeune garçon est trimballé selon le bon vouloir des deux « femmes de sa vie ».
La mort fait partie intégrante d’un récit qui cherche à y échapper par l’image.
L’histoire de sa mère puis d’Eri est passé sous le prisme du cinéma, mélangeant de façon imperceptible, réalité et fiction.
Entre réalité et fiction

Adieu Eri est l’histoire d’une passion, non assumée mais dévorante.
En effet, on comprend que Yuta est un amoureux de cinéma mais qu’en réalité il n’y connait pas grand chose.
Sa rencontre avec Eri l’oblige à prendre cette passion avec sérieux, ce qu’il n’a jamais réellement fait.
La jeune fille lui fait comprendre que pour s’améliorer, il doit s’empiffrer de films pour en appréhender leur substance interne.
En réalité, il procède à un véritable chantier de décryptage, le nourrissant pour sa prochaine oeuvre.
Climax, narratif, écriture de scénario, plus rien ne doit avoir de secret pour lui.
Ainsi, aux côtés de ces jeunes adolescents, on découvre le film de leurs vies qui ne cessent de faire des sauts entre réalité et fiction.
Et c’est la grande originalité d’Adieu Eri.
Tout doit, sans cesse, être remis en question. La fiction s’intercale constamment dans une réalité de plus en plus floue.
Le meilleur exemple est la scène du repas entre Eri, Yuta et son père.
Cette discussion, intense et terriblement sincère, se transforme en une banale scène de film où tout est écrit et joué.
Tatsuki Fujimoto, avec un certain brio, utilise l’image pour raconter une expérience réelle.
Que ça soit pour sa mère ou Eri, le jeune garçon modèle la réalité en éliminant les failles psychologiques et physiques.
Par ce biais, volontairement ou non, il crée une nouvelle perception à des protagonistes troubles.
Le mangaka a compris le poids réel du visuel et l’impact qu’il peut avoir sur les spectateurs.
Un impact, et on le voit tous les jours, qui peut parfois prendre le dessus sur la vérité.
La fin d’Adieu Eri pose de nombreuses questions.
La fiction s’entremêle à la vie de Yuta, sans doute pour mieux faire face à l’horreur de la réalité.
Une narration au service de son propos

Tatsuki Fujimoto est connu pour sa radicalité.
Si son style, vif et acéré, reste dans les codes du seinen, c’est avant tout par sa narration qu’il se démarque.
Si celle de Look Back était déjà étonnante, celle d’Adieu Eri repousse les codes encore plus loin.
En effet, sur la grande majorité du manga, les pages sont divisées en 4 bandes retranscrivant une sensation de plan séquence continu.
Par de multiples répétitions, le dessin se limite à l’essentiel pour exploser sur les scènes majeures de son récit.
On aurait pu craindre une certaine redondance dans le procédé mais il faut avouer que Tatsuki Fujimoto nous emporte totalement, allant jusqu’à nous rendre passionnant de simples cases noires.
Brillant !
En résumé
Adieu Eri de Tatsuki Fujimoto est une aussi intense qu'ambitieux.
Bien loin des délires de Chainsaw Man, le mangaka nous offre un hommage sincère mais critique du 7eme art.
Derrière la passion du jeune Yuta, se cache un enfant incapable de faire face à ses sentiments et qui laisse l'image diriger ses émotions.
Ainsi, la fiction se mélange continuellement avec le réel pour petit à petit prend le pas sur la vérité.
Pour Tatsuki Fujimoto, l'image est autant un moyen de communication qu'un outil de "propagande" !



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