Timéo ne veut plus aller à l’école.
Terrorisé par ses camarades et son enseignante, il préfère rester auprès de sa grand-mère.
Celle-ci, pour l’aider à reprendre confiance en lui, lui confie un caillou magique.
De l’autre côté de la rue, Roya, une jeune manouche, exprime son désir d’aller à l’école.
Mais ses frères voudraient l’en empêcher, ne comprenant cette nouvelle lubie.
Elle n’imagine pas que sa rencontre avec Timéo va lui faire vivre une expérience inédite.
Boucle temporelle scolaire
Peur et désir d’école

Le caillou de Joachim Hérissé et Marion Bulot explore les angoisses et les désirs liés à l’école.
Avant d’être un scénariste de bande dessinée, Joachim Hérissé est un réalisateur de films d’animation.
D’ailleurs, on retrouve, dans son dernier court métrage, Écorché, de nombreuses thématiques communes avec ce récit.
Timéo est un garçon hypersensible.
À la moindre difficulté, il développe une forme d’angoisse prenant le dessus sur tout.
Réelle ou fantasmée, elle lui pose des problèmes qui, petit à petit, deviennent insolubles.
Malgré tout, il faut avouer, l’école est loin d’être un havre de paix.
Entre les moqueries des autres élèves, les colères du chauffeur de bus et les réprimandes de son enseignante, aucun apaisement est possible dans un tel environnement.
On peut trouver la vision de Joachim Hérissé particulièrement sombre.
Mais celle-ci retranscrit parfaitement la force du ressentiment de Timéo.
Forcément, l’auteur aborde le harcèlement scolaire induit par une telle situation.
Timéo devient l’élément « faible » que le groupe décide d’ostraciser. Ses peurs l’isolent et l’éloignent d’un groupe qui ne cherche pas particulièrement à le comprendre.
Le récit explore certains processus du harcèlement tout en évitant les facilités d’interprétation.
Ainsi, Joachim Hérissé se montre malin en décrivant une situation qui peut s’inverser à tout moment.
À l’instar de Dans les vestiaires, un harceleur peut devenir un harcelé (et vice versa).
Inversement, Roya rêve d’aller à l’école pour y apprendre de nouvelles choses.
D’origine manouche, elle sait qu’elle ne pourra pas faire l’entièreté de l’année scolaire.
Mais elle s’en fiche et compte bien prendre ce qu’elle a à apprendre.
Roya est tout l’opposée de Timéo. Forte de caractère, elle n’hésite pas à s’opposer à ses frères.
Malgré tout, entre rêve et réalité, la chute est parfois terrible et elle se retrouve face à ses propres lacunes.
Assez paradoxalement, si Roya est l’expression d’un souhait d’apprendre, l’école, selon Joachim Hérissé, ne semble pas apte à la soutenir.
Il faut dire que leur enseignante n’est pas aidante et frôle la caricature.
Ainsi, les adultes de l’école ne sont pas une source de refuge, bien au contraire.
Fatalement, Timéo et Roya apprennent à s’épauler, l’une par son courage, l’autre par ses connaissances.
Et avec un caillou magique, tout est forcément plus facile !
Revivre la même journée

Joachim Hérissé englobe cette réalité scolaire sous une patine fantastique plutôt intéressante.
En effet, pour remédier aux peurs de son petit-fils, la grand-mère de Timéo lui confie un caillou magique.
Si lors de la première journée, il se montre déçu, c’est au cours de la deuxième journée qu’il découvre son véritable potentiel.
Ainsi, ce caillou lui permet, dès qu’il le touche, de revivre la journée précédente.
Mais contrairement à Un jour sans fin, le choix de cette répétition est volontaire.
Et en effet, on comprend immédiatement l’intérêt pour le jeune garçon qui, retour après retour, se sent de plus en plus à l’aise dans son environnement.
Un garçon veut lui faire une blague, il retourne la blague contre ce même garçon. De même, une mauvaise note devient, avec la connaissance du devoir, une bonne note.
Rapidement, cette boucle temporelle devient un refuge pour Timéo.
Son comportement se modifie et malgré les remontrances de Roya, il ne voit pas sa propre dérive.
Et quand l’émotion prend le dessus, la rationalité ne vaut plus grand chose.
Sans rien dévoiler, Joachim Hérissé décide, sur la dernière partie de son récit, de laisser de côté l’école tout en y apportant un flot d’émotions inattendu mais perceptible.
Si cette nouvelle thématique s’ajoute un peu brusquement, elle permet d’apporter, assez paradoxalement, une solution au jeune garçon.
Car, en réalité, pour lutter contre ses angoisses, il n’y a qu’une chose à faire : y faire face tout en profitant du moment présent.
Un dessin automnal

Tout comme son comparse, Marion Bulot fait, avec Le caillou, sa première expérience dans le domaine de la bande dessinée.
Travaillant essentiellement dans l’animation, on retrouve dans son trait une vivacité et une spontanéité typique de cette d’expertise.
Entièrement réalisé à l’aquarelle, Le caillou vibre d’une atmosphère légère, presque poétique.
On notera d’ailleurs une réelle appétence pour une forme d’expression naturaliste.
Elle exprime à la perfection les angoisses de Timéo, imaginant son entourage en volatiles.
De la même manière, on est épaté par ses décors et les couleurs automnales qu’elle insuffle à ce récit, retranscrivant d’une certaine manière l’état d’esprit de ses protagonistes.
Pour une première bande dessinée, Marion Bulot se montre particulièrement à l’aise avec les codes d’un art narratif plus restrictif que l’animation.
D’ailleurs, sa narration, si elle reste assez classique, nous propose de belles envolées.
En résumé
Pour un premier album, Le caillou de Joachim Hérissé et Marion Bulot est une belle surprise.
Par le biais des angoisses de Timéo et des envies de scolarité de Roya, Joachim Hérissé explore les rouages complexes amenant parfois à l'exclusion scolaire.
Cette boucle temporelle leur permettant de revivre la même journée offre la possibilité aux deux camarades de combattre leurs peurs, tout en se créant une bulle qu'ils devront un jour quitter.
Les thématiques sont nombreuses et traitées avec finesse et émotion, tout en restant à la limite du réel.
Les dessins de Marion Bulot, tout en aquarelle, retranscrivent parfaitement les angoisses du jeune garçon et l'ambiance éthérée et naturaliste du récit.
Une merveilleuse découverte.


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