Mots Tordus et Bulles Carrées

Armelle et Mirko (Anne Montel / Loïc Clément / Julien Arnal)

Armelle, petite tortue solitaire, a peur de la nuit.
Effrayée par toutes les créatures qui peuplent les recoins lugubres de la forêt, Armelle ne sait plus comment faire pour gérer ses angoisses.
Jusqu’au jour où elle rencontre Mirko

Une lumière dans la nuit

Une sombre solitude

La peur de ce qui se cache dans le noir

Armelle et Mirko, du duo Anne Montel et Loïc Clément, est à mettre à côte d’oeuvres telles qu’Epiphanie Frayeur de Séverine Gauthier et Clément Lefevre ou Ma peur et moi de Francesca Sanna.
En effet, derrière cette fable, se cache une réflexion sur comment une amitié nouvelle peut guérir des plus grandes frayeurs : celle de l’inconnu.

Car Armelle a terriblement peur du noir.
Le moindre petit bruit ou petite ombre lui fait imaginer le pire.
On comprend dès les premières pages que, lorsque le soleil se couche, la petite tortue engage un combat quotidien qu’elle est condamnée à perdre, ne pouvant que se replier sur elle-même.

On pourrait croire que la journée est source de réconfort mais il n’en est rien !
Son environnement reste inévitablement hostile et, alors que les autres tortues se protègent en se recroquevillant dans leur carapace, Armelle en est incapable.
Se blottir dans cet espace, c’est faire face à son propre intérieur, tout aussi sombre que l’extérieur.

On est assez surpris par la mélancolie du premier tome.
Les auteurs arrivent à nous faire ressentir la terreur de la pauvre tortue et à en donner une explication assez terrible mais, malheureusement, réaliste.

Et si tout cela avait pour source une simple blague de mauvais goût ?

Ne plus être seule

La rencontre avec Mirko

Mais la vie d’Armelle va changer du tout au tout par le biais d’une simple rencontre.
A priori, rien de destinait un luciole à faire ami amie avec une tortue.
Pourtant, Mirko va très vite être touché par la sensibilité mais aussi la tristesse enfouie dans les ressentiments d’Armelle.
Il l’écoute, la comprend et fait preuve d’une compassion que la tortue n’avait sans doute jamais éprouvée jusque là.

Sans même s’en rendre compte, il met fin à une solitude qui pesait sur Armelle.
Reste cette phobie incontrôlable.
Même si la confiance est là, la peur reprend le dessus.

Mais l’amitié n’est elle pas là pour apporter une solution même aux problèmes les plus complexes ?

C’est justement ce que développe le second volume.
Après un temps passé ensemble, Mirko veut reprendre son voyage.
Et immédiatement, le lecteur craint le pire pour la pauvre Armelle qui, au moins un temps, retombe dans ses travers.
Enfin pas totalement.
Les moments de complicités passés avec son ami l’ont fait progresser et la tortue n’est plus le même.
Peut il, pour autant retomber dans sa solitude ?
Et si au fond, il n’était pas le seul à avoir été laissé de côté de part sa différence?

Des illustrations de toute beauté

Des environnements éblouissants

Soyons direct, le travail graphique de Julien Arnal est magnifique et sonne la révélation d’un grand auteur.
Se spécialisant tout d’abord pour l’animation, il signe ici sa première série jeunesse.

Ses personnages, Armelle comme Mirko sont parfaitement caractérisés.
Rien qu’avec une paire de lunettes et une simple écharpe rose, il apporte une certaine tendresse à notre tortue.
Quant à Mirko, c’est encore plus impressionnant.
Minuscule comme tout bon luciole qui se respecte, son chapeau et son cardigan lui donnent un petit look anglais parfaitement identifiable même sur ses petites apparitions.

Ses ambiances graphiques sont marquées par une gestion de la lumière et des couleurs impeccables mais aussi par un jeu de texture délicat.
Qu’on soit en pleine nuit avec son peuple des ombres ou en plein jour, les couleurs de Julien Arnal apportent des tonalités variées suivant l’atmosphère recherchée : effrayante d’un côté, poétique de l’autre.

On referme cet album ébloui par la performance d’un jeune mais déjà talentueux auteur.

En résumé

D'après une idée originale d'Anne Montel, Loïc Clément écrit, avec Armelle et Mirko, une  fable sur une amitié naissante entre deux êtres qui n'ont, à priori, rien en commun. 

Julien Arnal, dont c'est la première série jeunesse, étonne par ses ambiances colorées qui donnent toute sa place à la beauté de ses décors sans pour autant laisser de côté nos deux personnages.

Une véritable histoire d'amitié et un coup de coeur graphique.

Pour lire nos chroniques sur Ma peur et moi et 113 raisons d’espérer

Bulles Carrées

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Aller au contenu principal