Unute est immortel.
À travers les siècles, il a assisté, en témoin et acteur, à l’épanouissement puis la disparition de cités légendaires.
Ceci est l’histoire du BRZRKR !
Petite remise en contexte

BRZRKR : bloodlines est la réunion de deux mini-séries consacrée à la création de Keanu Reeves, Matt Kindt et Ron Garney.
Petite originalité non négligeable, l’équipe originelle est absente de ce recueil, laissant toutes libertés aux auteurs invités.
Et quels invités !
La première histoire est écrite et dessiné par Steve Skroce, auteur aussi talentueux que rare.
Pour la seconde, on retrouve Mattson Tomlin, auteur de comics et scénariste, notamment du Batman de Matt Reeves. Il est accompagné aux dessin par Rebekah Isaacs.
Autant dire que les équipes créatives enchantent autant qu’elles étonnent !
En effet, je ne peux pas dire que j’éprouve un réel intérêt pour la franchise de Keanu Reeves.
Pour moi, elle reflète une certaine mode où des acteurs s’emparent du format comics, espérant sans doute de futurs adaptation en série ou film.
C’est d’ailleurs l’un des projets de BRZRKR qui sans être une catastrophe, reste assez vite oubliable.
Pourtant, cette base aussi faillible soit-elle va servir de tremplin à ce spin-off qui, tout en respectant l’ADN de la série, l’amène vers des directions insoupçonnables.
Immortalité et cité légendaire

Peut on lire BRZRKR : bloodlines sans connaître BRZRKR ? Oh que oui !
Si les auteurs jouent astucieusement avec la perte de mémoire du personnage, c’est avant tout pour explorer son passé et l’impact qu’il a eu sur l’Histoire de cité aussi fantasmée que l’Atlantide.
Car si BRZRKR s’encrait dans un monde « réaliste », Bloodlines prend des directions diamétralement opposées.
Ainsi, deux options étaient possibles.
Le Berserker, à l’instar d’Highlander, pouvait traverser les époques historiques ou avec plus de fantaisie, l’immortalité du héros était une façon d’exploser les légende set les mythes du monde.
Et pour notre plus grand plaisir, c’est les auteurs ont choisi la deuxième option.
Steve Skroce incorpore Unute dans la cité de l’Atlantide alors que Mattson Tomlin en fait un esclave de la cité d’Olos.
Ainsi, ils optent pour une ambiance et un décorum particulier, leur apportant une identité propre.
Et pour le coup, c’est Steve Skroce qui remporte le match haut la main.
L’auteur de We stand on Guard, s’en donne à coeur joie, s’imposant que peu de limite à son délire.
L’action, omniprésente est décomplexés et inventive.
Multipliant les clins d’oeil, de l’armure référence au Dracula de Francis Ford Coppola à une créature bien connu des amateurs de l’horreur fantastique, Steve Skroce évoque tout un panel du récit d’horreur/fantastique.
Certes, le récit est régressif mais symbolise toute la générosité de son auteur.
Surtout que derrière cette avalanche d’hémoglobine, se cache un personnage essayant de faire le bien.. En vain ! Protecteur de la cité d’Atlantide, il fait face à la roublardises des conseillers de l’ombre, bien plus fatale que n’importe quelles créatures démoniaques.
D’ailleurs, c’est un élément commun au récit de Mattson Tomlin.
Si il adopte un ton plus posé, son introduction sous forme de film de gladiateur impose sa marque.
Il explore la puissance du don d’Unute et montre, de façon originale, sa « résurrection ».
Plus axé Conan, on découvre un homme seul et emprisonné, pour qui l’amour et la trahison se mêle dans une tragédie vengeresse.
Si le Berserker de Steve Skroce est le protecteur d’une cité, celui de Mattson Tomlin en est le pourfendeur.
Cette double identité complexifie l’approche d’un personnage qui s’avère moins lisse tout en enrichissant son univers.
2 salles , 2 ambiances
L’extravagance de Steve Skroce

Steve Skroce est, depuis plusieurs années, qui a débuté chez Marvel ( Gambit , X-Man ..) avant se lancer sur ses propres créations ( Maestro , Post America )
Depuis son passage, en tant que storyboarder de Matrix, son trait a gagné en aisance et expertise narrative
En apprenant son arrivée sur BRZRKR : bloodlines, je n’ai pu m’empêcher d’y voir un terrible gâchis.
Mais heureusement, la liberté créative du projet n’enlève en rien de sa générosité.
BRZRKR est violent ! Soit, alors l’auteur joue le jeux avec des scènes d’actions d’une fureur et d’une brutalité sans limite et au jusqu’au boutisme volontairement grotesque.
D’ailleurs, son dessin démontre une forme de jouissance décomplexée à mêler des univers qui n’ont à priori rien à voir les uns avec les autres !
ça foisonne de partout et on en redemande !
L’efficacité de Rebekah Isaacs

Rebekah Isaacs a un style plus classique.
La dessinatrice, connu pour son travail sur la franchise Buffy contre les vampires, est une habituée de la reprise d’acteur réel adapté au format comics.
Cependant, bien loin du photo réalisme, elle donne à ses « stars » tout en les pliant aux code du comics.
Son travail sur BRZRKR : bloodlines est détaillé et regorge d’une finesse notamment dans les décors et les vêtements.
La rondeur et l’épaisseur de son encrage apporte de la fluidité tout en gardant une forme de réalisme.
Si sa mise en page reste sage, elle se permet de déborder lors de scènes majeures et souvent sanglantes.
Dans l’ensemble, sans atteindre la folie de Steve Skroce, le travail de Rebekah Isaacs reste efficace et plutôt convaincant.
En résumé
BRZRKR : bloodlines est un spin-off de la série éponyme de Keanu Reeves, Matt Kindt et Ron Garney.
Alors que la série originelle est assez primaire, cette excursion, en deux récits, dans le passé du berserker s'avère emplie de surprises.
Sur la première partie, Steve Skroce explore la violence d'un personnage, protégeant tant bien que mal, une cité en perdition.
Cette avalanche d'hémoglobine et de fantaisie s'avère aussi régressive que réjouissante tant on sent l'amusement de son auteur pour une forme de grotesque.
La vision de Mattson Tomlin est plus classique mais décrit un personnage tragique, sans cesse trahi.
Il en profite d'ailleurs pour explorer son immortalité, enrichissant ainsi la création de Keanu Reeves.
Rebekah Issacs illustre le tout avec efficacité, maitrisant autant le décorum que les indivus qui peuplent ses planches.
BRZRKR : bloodlines démontre qu'en laissant toutes libertés aux auteurs invités, ceux-ci s'amuseront non seulement de son concept mais l'enrichiront de leur propre sensibilité.
Une réussite inattendue !


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