Mots Tordus et Bulles Carrées

La brigade des cauchemars (Franck Thilliez / Yomgui Dumont)

Tristan, Esteban puis Sarah font partie de la Brigade des cauchemars.
Assistés par le père de Tristan, ils aident les jeunes qui n’arrivent pas à se débarrasser de leurs frayeurs nocturnes.

Un premier cycle enthousiasmant

Une découverte en famille

Une nouvelle mission par tome

Il y a les livres qu’on fait découvrir à nos enfants et il y a ceux que nos enfants nous font découvrir. 
A l’époque du premier tome de la Brigade des cauchemars, ma fille faisait son stage de 3 jours Au repaire des héros, une librairie BD angevine fortement conseillée.
Comme tout bon libraire, elle ramenait du « travail » à la maison avec des albums à lire en vue d’une présentation auprès des bibliothécaires de quartier. 

Parmi ces choix, il y avait la toute nouvelle série de Frank Thilliez et Yomgui Dumont pour laquelle elle a eu un coup de coeur graphique. 
Peut être que ces personnages aux yeux disproportionnés lui a rappelé l’univers de Tim Burton qu’elle vénérait tant à l’époque.
En tout cas , elle ne tarissait pas d’éloge pour ce titre et m’en ordonna une lecture immédiate.
Et comme ma fille a bon goût (comme son papa) , je ne pouvais que m’exécuter. 

Un scénario haletant

La chasse aux souvenirs

Bêtement, en lisant seulement le résumé au dos, je me suis imaginé une sorte d’Inception pour adolescents.
Si l’idée de départ paraît proche, on ne peut pas limiter la série à cette simple comparaisons surtout que l’univers ou les ambiances distillées n’ont pas grand choses en commun avec le film de Christopher Nolan.

Et puis, Frank Thilliez a de la bouteille.
Auteur de roman policier, il passe le cap du récit jeunesse, sans pour autant renier son écriture.
La grande force de la brigade des cauchemars reste sa maitrise du cliffhanger.
Quand on ferme un tome, on a immédiatement envie d’attaquer le suivant.
Rares sont les séries françaises à réussir ce pari.
Or, Frank Thilliez assume parfaitement cette filiation au serial et en fait même sa marque de fabrique.
L’écriture est rythmée, l’action omniprésente et l’ambiance mystérieuse.
D’ailleurs ce n’est pas pour rien que la série se retrouve dans le label frissons de Jungle.
Les scénarios jouent habilement avec nos frayeurs intimes tout en multipliant les clins d’oeil au cinéma d’horreur.

Ainsi, La Brigade des cauchemars lorgne un fantastique teinté de mystère, servant de fil rouge entre les tomes.
Mais rassurez vous, il ne vous faudra pas une dizaine de tomes pour découvrir certaines révélations.
Le fil conducteur trouvera même une forme de conclusion à la fin d’un cinquième tome sonnant comme une fin de cycle.

Un second cycle à bout de souffle ?

La division en cycle est purement artificielle de ma part.
Elle n’est pas mentionnée par les auteurs, même si le tome 5 marque une rupture.

Certains éléments majeurs de l’intrigue sont résolus et les personnages d’Esteban et de Sarah ont trouvé une forme d’aboutissement à leurs histoires communes.
Le scénariste en est conscient et n’hésite pas à faire évoluer son cast, amenant de nouvelles têtes.
Pour les anciens, l’intrigue se concentre davantage sur Tristan et les secrets de famille qui l’entourent.
Ce personnage a toujours été le plus intéressant, même si je pense que son évolution reste superficielle.
En effet, les voyages dans le monde intérieur résonne d’une façon particulière pour lui.
En fauteuil roulant, il retrouve l’usage de ses jambes lors des expéditions et on aurait pu imaginer que cela l’affecte d’une façon ou d’une autre.
Cependant, le scénariste choisit une autre voie liée à l’arrivée d’Ariane.
La romance a toujours été présente dans la Brigade des cauchemars mais on regrette que les problèmes de nos adolescents ne soient axés que par ce prisme.

Le statut quo, quant à lui, change légèrement à partir du tome 6.
On ne parle plus de cauchemars mais de souvenirs, même si, dans les faits, le procédé reste le même.
En même temps, il était assez difficile d’imaginer un réel bouleversement de paradigme, surtout que la structure est maintenant bien rodée.
D’ailleurs, malgré ces critiques, la lecture reste plaisante et les derniers tomes ont même retrouvé leur niveau d’antan.
Un secret révélé en cache un autre et permet à l’intrigue de prendre une épaisseur assez inattendue.

Un graphisme original

Une mise en page inventive

Quitte à continuer dans les compliments, passons au trait de Yomgui Dumont.
Incisif, vif et original, le dessinateur s’éloigne des carcans habituels de la Bande Dessinée jeunesse. 
Le trait est sec, presque géométrique n’hésitant pas étirer certains visages en leur donnant des allures cartoonesques.
Certaines images et effets apportent une réelle puissance au voyage entamée par l’équipe.

J’ai mentionné le rythme de la série mais elle doit beaucoup aux différents enchaînements de cases qui n’ont rien à envier à la frénésie de certains mangas ou comics. 
D’ailleurs, en parlant de comics, Yomgui Dumont nous gratifie régulièrement de doubles pages et de couvertures sublimes à l’image de celle du tome 7.
On notera que, sur ce tome, le dessinateur a légèrement adouci son trait et apporte de la souplesse à certaines de ses formes.

L’ensemble est un vrai régal, amplifié à merveille par les couleurs de Drac

En résumé

La Brigade des cauchemars de Frank Thilliez et Yomgui Dumont est une série jeunesse fantastique multipliant les secrets et les chausses trappes. 

Après un premier "cycle" réjouissant, Frank Thilliez cherche un nouveau souffle à sa série tout en gardant ce qui fait sa force : une écriture enlevée, des secrets inavouables et des personnages attachants.
Si on est loin d'un bouleversement de statut quo, l'ensemble reste très agréable à suivre.

Yomgui Dumont illustre l'ensemble avec beaucoup de personnalité et de vivacité.
Ses personnages et ses ambiances proposent un délicieux mélange entre des inspirations burtoniennes et les exagérations maitrisées de certains cartoons.

Une série adolescente qui garde encore toute sa fraîcheur, malgré une légère baisse de rythme lors de la transition de cycle.

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