Mots Tordus et Bulles Carrées

La brigade des cauchemars (Franck Thilliez/Yomgui Dumont)

 
 Il y a les livres qu’on fait découvrir à nos enfants et il y en a d’autres que nos enfants nous font découvrir. 
 
A l’époque du 1er tome de la Brigade des cauchemars, ma fille faisait son stage de 3 jours Au repaire des héros, une librairie angevine que je ne peux que vous conseiller. 
Comme tout bon libraire, elle ramenait du « travail » à la maison et notamment des albums qu’elle devait lire en vue d’une présentation auprès des bibliothécaires de quartier le lendemain. 
Parmi ces choix, il y avait la toute nouvelle série de Frank Thilliez et Yomgui Dumont dont elle avait eu, à la base, un coup de coeur graphique. 
 
Peut être que les personnages aux grands yeux de Yomgui lui rappelaient ceux de Tim Burton qu’elle vénérait tant à l’époque, en tout cas , elle ne tarissait pas d’éloge et m’ordonna presque de la lire. 
Et comme ma fille a bon goût ( comme son papa, quoi) , je ne pouvais que m’exécuter. 
 
La brigade des cauchemars
Une série en 5 tomes (en cours)

 

Bêtement, en lisant seulement le résumé au dos, je me suis imaginé une sorte d’Inception pour adolescents et si l’idée de départ peut paraître proche, il serait regrettable de limiter la série à cela car au final, que ce soit l’univers ou les ambiances distillées, ils n’ont pas grand chose en commun. 
 
La Brigade des cauchemars lorgne beaucoup plus vers le fantastique ( avec des cauchemars qui peuvent prendre vie à la Freddy ) et le polar avec une bonne dose de mystère et de secrets cachés. 
Sur ce point, je rassure les futurs lecteurs, il ne vous faudra pas une dizaine de tomes pour découvrir leur révélation. 
Jusqu’ici, chaque tome a astucieusement résolu les énigmes de l’auteur jusqu’à ce cinquième tome qui marque presque une fin de cycle ( mais pas une fin de série, au vu du cliffhanger ).
Et c’est ça aussi la force de la brigade : l’art du cliffhanger qui fait qu’on ferme le livre en ayant envie d’une seule chose : lire la suite. 
Rares sont les séries françaises à réussir ce pari et la Brigade assume parfaitement cette filiation au serial : ne jamais laisser tomber l’intérêt du lecteur.
 
Rajoutons à ça une ambiance sombre et un rythme cadencé et vous aurez tous les ingrédients d’une série à succès ( enfin, j’espère que c’en est un car elle le mérite largement).
Il faut dire que Frank Thilliez a de la bouteille. Auteur de roman policier, il a parfaitement passé le cap du récit jeunesse, sans pour autant renier son écriture. 
On sent qu’il s’éclate avec ce nouveau défi ( où il cumule nouveau média et nouveau public ) et ça se ressent à la lecture. 
 
D’ailleurs, pour rester un peu sur le travail du scénariste, j’aimerais mentionner le personnage de Tristan
Il est rare de voir un héros de bd (jeunesse ou non) handicapé. 
Tristan est en fauteuil roulant mais quand il part en expédition dans les cauchemars, il retrouve l’usage de ses jambes et forcement, ces voyages aux pays des rêves ont un tout autre goût pour lui. 
 
Cela peut paraître simple mais, rien qu’avec cet élément, l’auteur permet au lecteur de se faire sa petite réflexion sur le handicap.
 
Narration rythmée et ambiance flippante
Yomgui Dumont

 

Quitte à continuer dans les compliments, passons au trait de Yomgui Dumont : incisif, vif et original, qui s’éloigne des carcans habituels de la Bd jeunesse. 
J’ai déjà parlé du rythme de la série mais elle doit beaucoup aux différents enchaînements de cases qui n’ont rien à envier à la frénésie de certains mangas ou comics. 
D’ailleurs, en parlant de comics, Yomgui Dumont nous gratifie de 2 doubles pages et d’un couverture sublime sur le tome 5.
Un vrai régal, amplifié à merveille par les couleurs de Drac
 
Une mise en page complètement dingue 
Yomgui Dumont

 

Pour finir, et en complément de mon article sur le quart d’heure lecture, la brigade des cauchemars fait partie des titres qui plaisent le plus aux élèves ce mois-ci.
Ce n’était pourtant pas gagné, vu que le style de Yomgui s’éloigne très clairement de leurs habitudes de lecture ( qui sont plus axées Shonen comme pour une grande majorité d’ados, soyons honnête ). 
Et pourtant, ça marche. 
Pour tout dire, n’ayant apporté que le 1er tome, certains sont même frustrés de ne pas pouvoir lire la suite immédiatement. 
Si ça, ce n’est pas le signe d’une bd de qualité, je ne sais pas ce que c’est
 
A partir de 12 ans
56 pages
 
Bulles Carrées
 

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