Evoquer avec justesse l’amour adolescent et le choix de garder ou non un bébé à 17 ans n’est pas chose facile. Sophie Adriansen, l’autrice de nombreux romans jeunesse et ado engagés, tente ce pari avec Le Ciel de Joy. Un pari réussi.


Une histoire parmi d’autres…
Quand sa petite soeur Lucie lâche le morceau à sa mère, il est trop tard pour esquiver. Toute la famille est au courant que Joy sort avec Robinson.
Et cela n’a rien d’anodin dans cette famille exclusivement féminine. En effet, mère et grand-mère ont toutes deux été mamans très tôt, avant leur majorité, et elles ont élevé leurs enfants seules. Alors, la question du petit copain est au coeur des préoccupations.
Cela ne réjouit pas Joy qui est toute à son amour et à son désir naissants. Parce que Robinson est quelqu’un de bien et qu’ils se sentent connectés.
J’ai tendance a m’identifier aux héroïnes des romans que je lis. A me glisser dans leur peau, véritablement. Et parfois, j’aimerais revenir au temps de l’amour courtois. Parce que malgré les rouages qui se mettent en mouvement dans mon ventre quand les lèvres de Robinson se posent sur les miennes, malgré le désir qui naît dans ma tête, je ne me sens pas prête à faire l’amour. Tout me met la pression : la société, les vantardise des élèves dans la cour, les compétitions muettes entre nous, mais aussimon âge et l’inévitable comparaison avec ma mère et ma grand-mère. Tout et tout le monde, sauf Robinson.
D’ailleurs, leur première fois est plutôt douce et la conforte dans l’idée que son histoire n’a rien à voir avec celles de sa mère et sa grand-mère.
Jusqu’à ce qu’un accident de préservatif vienne remettre en question son ciel étoilé.
Vers qui Joy pourra-t-elle se tourner, elle qui ne veut pas de cet embryon qui grandit en elle, alors que sa famille l’encourage à le garder ?
Le choix de Joy
Le Ciel de Joy n’est pas que le récit d’un parcours d’adolescente pour se faire avorter. Il résonne en écho avec la vie de nombreuses jeunes filles et femmes d’époques et de lieux différents dont on découvre les histoires dans des chapitres intermédiaires. Des femmes qui ont choisi ou non de mettre fin à une grossesse. Qui ont parfois perdu la vie pour cela.
Le choix de Joy est d’autant plus difficile qu’elle s’inscrit dans une histoire familiale particulière avec ses deux mères-filles ayant assumé et vécu, en apparence, pleinement leur grossesse. Joy va vite se rendre compte que celles qui devraient être les premières à l’accompagner n’acceptent pas son choix.
Ce que maman ne comprend pas, c’est que je ne me bats pas contre elle et Mamika. Je ne revendique pas le refus de transmettre quoi que ce soit. Je ne veux ni leur désobéir, ni les trahir. Mon choix n’est pas une façon de renoncer à mon héritage- quel héritage d’ailleurs ? Mon choix est juste mon choix. Ma décision. Celle de faire ce que je veux, de mon corps, de mon avenir, de ma vie. De mon ciel.
Plus encore, son choix va se faire contre Robinson. Comment faire comprendre à celui qu’on aime qu’on ne veut pas être mère ? Qu’on souhaite avorter et le faire seule ?
Amour et liberté
Alors qu’on fête les 50 ans de la loi Veil, le roman de Sophie Adriansen exprime avec précision et sensibilité toutes les interrogations et les difficultés auxquelles peut être confrontée une jeune fille de 17 ans qui tombe enceinte.
Le parcours pour réaliser une IVG n’est pas simple. D’autant plus qu’il faut être accompagnée d’un adulte. Mais comment faire quand ceux qui nous sont proches sont opposés à l’idée même d’avortement ? L’aide viendra d’une personne de confiance qu’on ne soupçonnerait pas forcément.
C’est cette réalité parfois triste, parfois révoltante, que le roman nous fait vivre.
Et l’on se dit qu’il devrait être mis entre toutes les mains. Parce que cela peut arriver à n’importe qui. Parce qu’il n’est pas si simple de faire le choix d’avorter et d’être accompagnée sans jugement dans ce choix. Même à notre époque.
Joy est d’une grande force de caractère et la jeune femme force le respect. Elle est moderne, ouverte à son corps et à ses droits, respectueuse d’elle-même et de ses convictions. De son amour, aussi. Une femme libre dans ses doutes et ses questionnements, dans ses décisions et ses actes.
Pourquoi lire Le Ciel de Joy ?
Le Ciel de Joy est un roman fort, le portrait d'une adolescente libre et déterminée. Sophie Adriansen nous fait vivre les moments douloureux, joyeux et puissants que vit Joy, une lycéenne qui fait le choix d'avorter sans soutien de sa famille. Un parcours intense qui se lit d'un trait et réaffirme les droits des femmes avec justesse et sensibilité. Joy est un personnage qu'on n'oublie pas.


Lire nos chroniques :
- Le choeur des femmes
- 17 millimètres