Colorless (Kent)

Suite à une éruption solaire, la terre a perdu ses couleurs et l’humanité en a hérité de terribles mutations. 
Avidya, un mystèrieux scientifique appelé « le manteau noir » porte secours à une jeune fille, Tchié
Cette dernière, miraculeusement immunisée, est recherchée activement par une organisation religieuse : l’Église.
Quels secrets peut elle bien cacher ?

Colorless ou la puissance de la science fiction

Tchié et Avidya

Colorless de Kent (aux éditions Shiba) est typiquement le genre de manga que j’affectionne.
Il faut dire que la science fiction regorge de chef d’oeuvre que ce soit en Bd, roman ou cinéma. 
Et le manga n’y fait pas défaut.

Les japonais ont une vision très personnelle de la science fiction, marquée par un traumatisme profond, celui de la bombe nucléaire.
Si dans Colorless, la bombe est remplacée par une éruption solaire, cela provoque la destruction d’un monde qui va devoir se reconstruire.
D’ailleurs, dans l’univers de Kent, on ne peut s’empêcher d’y voir un lien entre les radiations qui déforment cette humanité et celles qui ont frappées Hiroshima et Nagasaki.

La couleur comme thématique principal d’un manga noir et blanc

Des couleurs divines

L’idée de départ de Colorless est particulièrement ingènueuse. 
On ne l’apprendra à personne mais les mangas sont publiés, sur une bonne partie de leurs pages, en noir et blanc. 
Kent, avec son monde dénué de couleurs, donne une raison à cette tradition graphique rendant ses rares apparitions particulièrement oppressantes.
Cette originalité prend petit à petit de l’ampleur et renforce le décalage avec les autres pages.

Au départ, les couleurs sont reproduites par le biais de cristaux chromatiques,
Mais elles vont prendre de plus en plus de place et former une entité particulièrement terrifiante dont le tome 4 en est la parfaite émanation.
Cette puissance et l’effroi qu’elle provoque évoque d’ailleurs un des récits majeurs de Lovecraft : la couleur tombée du ciel.

Un récit explosif qui aime prendre son temps

Un sens inné de l’action

On pourrait reprocher une certaine lenteur à Colorless.
Mais, le mangaka doit avant tout exposer son univers et des personnages ayant chacun leurs complexités, ambivalences et autres secrets.

Si on entre sans aucun problème dans le récit, de part l’originalité de son propos, l’intrigue demande un peu plus de patience, amenant un développement sur la longueur.
La tension joue un rôle primordiale et atténue ce déficit d’action tout en en gardant l’attention de son lecteur.

À partir du tome 3, les enjeux sont clairement définis, permettant au récit de prendre véritablement son envol par la suite.
Ainsi, le rythme s’accélère et Kent peut laisser court à une véritable frénésie d’action, se terminant en véritable apothéose.

le graphisme détaillé et explosif de Colorless

Un héros hautement charismatique

Graphiquement, Colorless fait plutôt partie du haut du panier : dessin minutieux, encrage dynamique, personnages charismatiques.

Sa mise en page, notamment sur les scènes d’actions, pouvait paraître fouilli sur les premiers tomes, la foultitude de détails et d’effets graphiques noyant par moment la lisibilité.
Cependant, dès le tome 3, un net progrès s’opère.
La mise en page s’éclaircit et les combats gagnent en netteté alors que la fureur des combats ne cessent de monter en intensité.
Paradoxalement, son dessin gagne en sérénité sans pour autant perdre de son mordant.

Une véritable gageure qui ne cessera de se confirmer jusqu’à un final dantesque.

En résumé

Colorless de Kent est un manga original qui, après une période de rodage, monte rapidement en puissance en dévoilant ses enjeux. 
L'univers des mangas, dénué de couleurs, n'aura jamais eu autant de sens que dans cette série.

Graphiquement impeccable, il cache, derrière des scènes d'actions dantesques, une véritable maitrise technique qu'il n'aura de cesse d'affiner, tome après tome.


Colorless est un manga à découvrir et à dévorer

Pour lire nos chroniques sur Le grand vide et Le livre noir des couleurs

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