1945, l’Allemagne nazie expérimente un missile ayant la capacité de changer le cours de l’Histoire.
Pour empêcher cela, les américains envoient sur le front leur super soldat : Captain America.
Mais, alors que les nazis réussissent à propulser leur prototype, le surhumain se sacrifie en faisant exploser l’engin en plein vol.
2002, l’Amérique cherche à créer un nouveau super soldat pour faire face aux menaces à venir.
Grâce à l’argent de Tony Stark, Nick Fury crée sa propre équipe de super héros : les Ultimates.
Une nouvelle ère pour les super héros
Les années 2000 sont prospères pour le comics mainstream, notamment chez Marvel .
S’inspirant des nombreux récits de déconstruction de Super-héros qui fleurissent chez Image Comics, dont le plus bel étendard est The Authority de Warren Ellis et Bryan Hitch, l’éditeur comprend que leurs propres héros ont besoin d’un bon dépoussiérage.
Sous la houlette inspirante de Joe Quesada, Marvel lance ainsi la gamme Ultimate.
L’objectif est simple : Réactualiser et (surtout) moderniser les origines d’icônes tel que Spider-Man ( Brian M. Bendis / Mark Bagley ) ou les X-Men (Mark Millar / Adam Kubert).
Ce nouvel univers conçoit une nouvelle porte d’accès pour un renouvellement de public et ravit les anciens par sa modernité.
Avec The Ultimates, Mark Millar monte le curseur d’un cran en faisant de cette équipe, le symbole du cynisme de notre époque moderne.
Les imperfections de l’être superhéroique

Ces années-là, Mark Millar n’était pas encore tombé dans ses excès.
Et on peut dire que The Ultimates est bien loin des scénarios marquetés pour Netflix.
Contrairement à l’approche de Brian M. Bendis sur Spider-Man, le scénariste écossais n’hésite pas à égratigner les personnages qu’il a entre les mains.
Fort de son expérience sur Authority, il comprend que les héros sont des êtres superpuissants mais terriblement faillibles.
Cynique à souhait, la série jette un regard acerbe sur l’Amérique de Bush jr dont les Ultimates sont un des symboles.
Les punchlines de Mark Millar à la » Il n’y a pas écrit la France ! » sont toujours aussi savoureuses. Elles reflètent des relations contrariées et complexes.
Héros et héroïnes starifiés, ils sont des protecteurs créés de toutes pièces dont l’unité a bien du mal à convaincre.
Et même si les convictions sont réelles, les ambitions de l’état « employeur » sont bien moins nobles.
Pour les héros en tant que tels, Mark Millar s’amuse à exploiter les faiblesses de chacun en triturant leur base historique.
Ainsi, il exploite ce qui est ancré chez eux, tout en les modulant à la réalité des années 2000.
Captain America est en décalage complet avec son époque.
Ses aspirations sont nobles mais son paternalisme est mis à mal par la société moderne.
Tony Stark assume son penchant pour l’alcool, dérivant vers des pulsions auto-destructrices.
Il est la caution fun du groupe mais symbolise aussi son inconscience.
Bruce Banner est un geek pathétique qui se transforme en un Hulk dévoré par sa jalousie.
Ses actions vont lier l’équipe contre lui et amener à un premier mensonge fondateur.
Thor est la grand réussite du casting.
Activiste écologiste, sa filiation avec Odin est rapidement remise en question.
Sur la seconde période (tome 2 et 3), on se demandera si ce dernier n’est pas juste un fou qui se prend pour un Dieu.
Quant à Pym… Ne spoilons rien mais Mark Millar s’approprie un éléments majeurs de son histoire en le contextualisant avec notre époque.
Attention, tout n’est pas parfait.
Sur la première période, on regrettera une caractérisation d’Hulk un peu primaire et un Captain America caricatural.
Certains personnages n’apparaissant presque que pour la blague. même si le scénariste se rattrape sur une seconde période qui donne certainement toutes ses lettres de noblesses à la série.
Du pur blockbuster…

Mark Millar ne traine pas.
Les idées s’enchainent rapidement, reprenant des éléments piochés à différents moments de l’histoire des Avengers.
Le scénariste a compris qu’avec Bryan Hitch, il ne pourrait pas construire une ongoing sur la longueur.
D’ailleurs, le second volume accumulera les retards.
Or il était hors de questions d’avoir un fillinner et Bryan Hitch reste présent sur les 24 numéros de la première série. (hormis l’annuel qui sera dessiné par Steve Dillon)
Ainsi, on a une impression de course contre la montre, rythmée par des scènes d’actions dignes des plus grands blockbuster.
Il était évident que la volonté des auteurs était d’écrire un des comics les plus grandioses de l’époque.
Et pour le coup, ils n’ont pas lésiné sur les moyens.
Les affrontements sont dantesques, les explosions ravagent des espaces entiers ne laissant que ruines et poussière.
On s’en prend plein les yeux et les auteurs s’amusent comme des fous à imaginer des scènes toujours plus dingues.
Bryan Hitch reprend très largement les codes des films d’action.
Il leur rendra d’ailleurs de beaux hommages en réinterprétant la scène d’ouverture d’Il faut sauver le soldat Ryan et le final de Matrix.
Et franchement, même après 20 ans, le rendu est jouissif.
10 ans avant le premier Avengers au cinéma, Mark Millar et Bryan Hitch proposent le premier blockbuster superhéroique.
On s’amusera d’ailleurs de cette scène prémonitoire où les héros imaginent leur casting dans une future adaptation.
Et il était déjà évident que seul Samuel L. Jackson pouvait interpréter Nick Fury.
Mais pas que …

Si The Ultimates n’avait été qu’un gros trip d’action, je ne pense pas que la série serait devenu aussi culte.
Dès la première période, Mark Millar ne mâche pas ses mots contre l’Amérique puritaine, montrant un pouvoir et une vision axé sur le mensonge.
La première mission des Ultimates en est le symbole et ils en paieront le prix par la suite.
Nick Fury est d’ailleurs un personnage assez complexe. Si sa bobine à la Samuel L. Jackson le rend sympathique, on ne peut nier qu’il joue un double jeu très limite.
C’est un militaire, au service de son pays et ça se sent.
La seconde période est encore plus acerbe.
En jouant avec la notion de traitrise, on se rend compte que n’importe qui pourrait être la brebis galeuse.
Les membres de l’équipe s’effondre les uns après les autres pour faire face à un ennemi que l’Amérique à elle même créé.
On sent que le 11 septembre et la guerre en Irak est passé par là.
Le protecteur américain a perdu de sa superbe et d’une certaine façon, les super-héros aussi.
L’avènement d’un dessinateur

Après plusieurs années de galère, Bryan Hitch trouve enfin le succès sur Stormwatch puis The Authority, accompagné de Warren Ellis.
Mais définitivement, il explose avec The Ultimates.
Fortement influencé à ses débuts par Alan Davis, il se dirige petit à petit vers une forme de réalisme assumé.
Il n’est d’ailleurs pas anodin que certains personnages reprennent des visuels réels à l’image du Nick Hury / Samuel L. Jackson.
Cependant, le trait garde des traceurs comics et ne tombe pas spécialement vers le photo réalisme.
Sur The Ultimates, il pousse l’approche actionnée à fond, proposant des planches qui fourmillent de détails et des cadrages léchées aux mouvements chorégraphiés.
Techniquement, c’est impressionnant.
Mais cette recherche absolue de réalisme l’oblige à la perfection et on sent que le rythme de parution lui fait commettre des erreurs qui, parfois, sautent aux yeux.
D’un point de vue personnel, je préférais les rondeurs de son trait sur The Authority.
Il n’en était pas moins ébouriffant.
J’ai d’ailleurs une théorie.
Pour moi, Bryan Hitch a toujours été frustré de ne pas « bien » dessiner les mains.
Tous ceux qui dessinent savent à quel point cela peut être traumatisant.
Sur The Ultimates, on sent un net progrès à ce niveau, montrant par tous les moyens qu’il SAIT les dessiner.
C’est un peu ce que l’on peut reprocher à son approche : il veut trop nous montrer qu’il sait faire.
Et, si cela reste bluffant, on peut malgré tout regretter sa fraîcheur d’antan.
En résumé
The Ultimates de Mark Millar et Bryan Hitch est une relecture des Avengers sous le prisme de l'Amérique des années 2000 : cynique, faillible et terriblement réaliste.
Parfait point d'entrée dans le comics mainstream, The Ultimates réjouit autant pour son casting de super héros imparfaits que par sa vision désabusée de la société.
Graphiquement, Bryan Hitch offre un véritable blockbuster de papier bien avant qu'on ait l'idée d'adapter leurs aventures au cinéma.
The Ultimates, c'est un peu ce qu'on aurait aimé que soient les Avengers au cinéma.


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