Superman : les derniers jours de Lex Luthor (Mark Waid / Bryan Hitch / Kevin Nowlan)

Une nouvelle fois, Superman met en échec le plan machiavélique de son ennemi juré, Lex Luthor.
Cependant, l’objectif était tout autre pour le super vilain : obtenir l’attention du héros.
En effet, mourant, Lex n’a d’autre choix que demander l’aide à celui qu’il méprise le plus sur cette planète , Superman.

Les derniers jours d’un mourant

Une alliance improbable

Superman : les derniers jours de Lex Luthor est la seconde collaboration entre Mark Waid et Bryan Hitch.
Or, après l’excellent JLA : Ascension, datant des années 200O, on pouvait espérer une min série explosive, d’autant plus qu’elle était estampillé du fameux Black Label.

Or, si cette lecture reste divertissante, elle n’est pas vraiment ambitieuse.
Pourtant, le propos de base est intriguant.
Lex Luthor est mourant et il n’a d’autre choix que de demander de l’aide à Superman.
Et, au vu du passif entre les deux hommes, on imagine que cette décision n’a pas été facile à prendre.
D’ailleurs, la caractérisation du personnage l’exprime à merveille. Lex est assez tordu pour rendre ce marché aussi difficile à vivre pour lui que pour son ennemi.
Car, la question se pose : Est-ce que Lex mérite d’être sauvé ? Si Superman se pose la question sous une autre forme, pour le reste de sa population et certains de ses collègues, le super vilain ne devrait pas avoir le droit à une deuxième chance.
Il n’est d’ailleurs pas anodin que Mark Waid choisisse Wonder Woman comme antagoniste et non Batman, tant, en réalité, les deux héros ont la même limite morale.
Wonder Woman a déjà tué pour le « bien commun ».

Superman n’est pas comme ça.
Mark Waid aime véritablement le super-héros et il était sans doute impensable pour lui de se compromettre dans un détournement des valeurs du héros.
Malgré tout, cette question rhétorique était déjà un des grands sujets de son cultissime Kingdom Come et cette version peut paraître bien allégée en comparaison.

Surtout que, de son côté, Lex Luthor reste Lex Luthor. Méprisant, vantard, cynique, le super vilain n’éprouve aucune admiration pour son « sauveur », surtout lorsque les pistes choisies pour l’aider, échouent les unes après les autres.
Encore une fois, la trame de Mark Waid reste classique, servant davantage à exposer les grands marqueurs de l’univers du superhéros.
De la forteresse de la solitude à Zandor en passant par la zone fantôme, Superman cherche des solutions tout en se dévoilant petit à petit à son pire ennemi.

Les origines du mal dans un passé commun

Un passé commun

Dans ce récit, Mark Waid reprend un élément, canonique suivant les versions de l’univers DC. Clark et Lex auraient été des amis d’enfance à Smalville.
L’idée n’est pas tellement nouvelle. Les plus vieux d’entre nous se souviendront qu’elle a servi de base à la médiocre série Tv Smallville.

Ainsi, on découvre un jeune Lex, déjà bien arrogant, mais perdu dans une bourgade où il ne sent pas à sa place.
Et bien sûr, le seul à lui tendre la main n’est autre que le jeune Clark Kent.
Mark Waid développe une relation crédible, entrecoupée de tensions et débouchant sur un incident offrant une piste aux agissements futurs du super vilain.
Ainsi la culpabilité de Clark explique toutes les décisions qu’il prend dans le présent, l’amenant à franchir certaines limites.
Peut il vraiment avoir confiance en Lex ? La question se pose et Mark Waid y apporte une réponse qui pourra paraître naïve.

Mais le scénariste n’a jamais été un cynique. Et en cela, il n’était peut être pas l’artiste le plus adapté pour les attentes d’un récit Black Label.
D’ailleurs, exceptée le final, l’ensemble du récit aura très bien pu se produire au sein de la lignée classique.
On pourra lui en faire le reproche mais il a assez de métier pour ne pas nous ennuyé et , au global, on tourne les pages sans déplaisir.
Juste avec l’impression d’avoir un peu déjà lu cette histoire.

Fusion de dessinateurs

Du Hitch à la sauce Nowlan

La relation dessinateur / encreur m’a toujours fasciné.
Et le comics en est, sans doute un des plus beau vecteur.
Si, à l’origine, ce partage de tâche, permettait de suivre la cadence d »exécution d’un comics, elle créa aussi des collaborations qui reste encore marquante.
Klaux Janson / Frank Miller, John Romita Jr / Al Williamson ou tous les artistes qui ont croisés la plume de Bill Sienkiewicz , pour ne citer qu’eux.
L’encrage n’était pas que du simple remplissage mais une étape à part entière, au point de modifier, en bien ou en mal, certains crayonnés.

Les auteurs de la nouvelle génération ont tendance à s’encrer eux-même ou choisir des encreurs avec lesquels ils collaborent exclusivement, mettant un terme à cette fusion d’auteurs.
Les derniers jours de Lex Luthor en est peut être un des derniers échos.
La réunion des deux artistes complets, Bryan Hitch au dessin et Kevin Nowlan à l’encrage a de quoi surprendre.
Si on peut trouver certains points communs, leurs approches restent différentes.
Kevin Nowlan a un trait beaucoup plus rond, plus fin alors que celui de Bryan Hitch est davantage carré et explosive.

Et pourtant, l’osmose entre les deux auteurs fonctionnent miraculeusement.
D’un certaine façon, l’encrage adoucit et illumine le dessin de Bryan Hitch.
C’est d’autant plus flagrant sur les visages où les zones d’ombres agrémentées d’une multitudes de petits traits.
Cela ne « répare » pas tout. J’aime bien le travail du dessinateur mais sa Wonder Woman manque de grâce, tout en n’arrivant pas à reproduire l’effet massif de celle de Daniel Warren Johnson.
Malgré tout, l’ensemble est agréable même si, là aussi, la proposition reste au final classique.

En bonus, Urban propose un comparatif entre les crayonnés de Bryan Hitch et la version encrée de Kevin Nowlan, permettant de mieux cerner les apports.

Superman : les derniers jours de Lex Luthor permet une nouvelle collaboration entre Mark Waid et Bryan Hitch. 

Avec ce récit, Mark Waid souhaite apporter une conclusion à l'éternelle confrontation entre les deux ennemis, tout en cherchant, dans un passé commun, les origines de la haine de Luthor pour Superman.
L'ensemble reste classique, autant dans sa tonalité que dans sa proposition globale.

Malgré tout, le scénariste a assez de métier pour faire de cette mini-série, un bel hommage à la bienveillance du super-héros. Et sans être cynique, il arrive à aller jusqu'au bout de sa promesse.

Graphiquement, la fusion entre le dessin de Bryan Hitch et l'encrage de Kevin Nowlan pourra surprendre.
Mais la finesse et la rondeur du style de Nowlan adoucit le trait de Hitch tout en gardant son aspect "Blockbuster".

Pas un indispensable mais une petite curiosité notamment pour ceux qui aiment décortiquer les planches de leurs comics préfères.
Bulles carrées

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