Depuis 2022, Pierre Lemaitre nous captive avec sa saga familiale Les années glorieuses. Cette tétralogie nous plonge au coeur des Trente Glorieuses, cette période d’expansion économique sans précédent en France au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. On y suit la famille Pelletier, sur 3 générations, entre Beyrouth, Saïgon et Paris. Mais le regard de l’auteur, à travers ce roman populaire et choral, teinté de noir, est aussi celui qui voit, dans cette parenthèse où le capitalisme va bien, les prémisses du « bordel d’aujourd’hui ».
Le Grand Monde
(à venir)
« La famille Pelletier.
Trois histoires d’amour, un lanceur d’alerte, une adolescente égarée, deux processions, Bouddha et Confucius, un journaliste ambitieux, une mort tragique, le chat Joseph, une épouse impossible, un sale trafic, une actrice incognito, une descente aux enfers, cet imbécile de Doueiri, un accent mystérieux, la postière de Lamberghem, grosse promotion sur le linge de maison, le retour du passé, un parfum d’exotisme, une passion soudaine et irrésistible.
Et quelques meurtres. »
Le Silence et la Colère
(à venir)
« Un ogre de béton, une vilaine chute dans l’escalier, le Salon des arts ménagers, une grossesse problématique, la miraculée du Charleville-Paris, la propreté des Françaises, « Savons du Levant, Savons des Gagnants », les lapins du laboratoire Delaveau, vingt mille francs de la main à la main, une affaire judiciaire relancée, la mort d’un village, le mystérieux professeur Keller, un boxeur amoureux, les nécessités du progrès, le chat Joseph, l’inexorable montée des eaux, une vendeuse aux yeux gris, la confession de l’ingénieur Destouches, un accident de voiture. Et trois histoires d’amour. »
Un Avenir radieux
1959. La famille Pelletier, en pleine Guerre Froide, pourrait traverser la période paisiblement. Louis et Angèle, les grands-parents, vivent à la campagne avec Colette, leur petite-fille, qu’on maintient éloignée de sa mère Geneviève et de son père Jean, trop faible pour la protéger. De leur côté, Hélène et Lambert ont une vie de famille paisible, de même que Nine et François. Mais c’est sans compter sur l’ironie de Pierre Lemaitre et sur son talent d’écrivain de polars.
Une famille qui s’effrite
Le troisième opus de la tétralogie des Années glorieuses débute par une confrontation douloureuse, dans l’âme et la chair, entre Colette, la petite-fille de Louis et Angèle, et leur voisin Macagne. Ce dernier est un fermier adepte des pesticides qui tuent les abeilles de la petite. Alors que celle-ci veut se venger, elle se retrouve prise au piège de cet homme qui va abuser d’elle. La scène est saisissante d’effroi, douloureuse mais nécessaire. Elle impactera évidemment la vie à venir de Colette. Surtout après que sa mère, la détestable Geneviève, a décidé de la reprendre.
– Vous avez parlé avec Colette ? demanda Jean, profitant de ce qu’elle n’était pas encore revenue de l’école.
– Elle ne veut rien expliquer, dit Louis.
– Comme si elle voulait nous punir, ajouta Angèle, mais de quoi ?
C’était terrible, parce qu’Angèle et Louis savaient leur fils si incapable de s’opposer à son épouse qu’il n’aurait servi à rien d’exprimer leur colère à son égard. Il n’y avait rien à dire et tous trois étaient restés silencieux, la peine les enfermait en eux-mêmes, Louis tenait toujours la main de son épouse, Jean les trouva très vieux, on entendait sa cuillère tourner dans sa tasse, il but son café froid, personne n’avait goût à rien.
De leur côté, Nine et Hélène, les deux belles-soeurs, décident de reprendre le travail et de retrouver leur indépendance, l’une dans son atelier, l’autre dans un studio de radio.
Mais leur quotidien va se trouver bouleversé par deux événements majeurs : la maladie de Louis, le patriarche, et l’implication de François, le fils journaliste, dans une affaire d’espionnage à Prague.
Jean ne sera pas en reste puisqu’il sera de nouveau tenté par la franchise entrepreneuriale et par un meurtre…
Le plaisir de la fiction, l’ironie en prime
Retrouver un roman de Pierre Lemaitre, c’est d’abord retrouver des personnages.
Ces personnages complexes, qu’on adore détester, comme Geneviève. Celui qu’on espère toujours voir reprendre les choses en mains, qui nous touche par sa lâcheté et dont on oublie presque qu’il est un meurtrier, comme Jean. Celui qui nous attendri par sa volonté de toujours réunir autour de lui, comme Louis. Celle qu’on aimerait protéger de la violence et qu’on attend de voir se révéler, comme Colette.
Mais c’est aussi replonger dans une époque, celle de la Guerre Froide, dans une façon de penser, d’envisager le futur. Cette fois, l’auteur nous embarque à Prague dans un fol épisode d’espionnage à la John Le Carré. On suit François, le journaliste, à la manière de colonnes à la Une. Obligé d’abandonner sa femme aimée Nine pour sauver un homme dans une mission qu’il espère courte mais qui lui fera subir les violences des services secrets tchèques.
On sent dans ce nouvel épisode le plaisir de l’auteur qui instille rebondissements et surprises au fil des chapitres, qui mène ses personnages vers la fracture mais offre tout de même de jolis moments de solidarité familiale.
Pourquoi lire Les Années Glorieuses ?
Entre petits arrangements et grandes fractures, tendresse et trahison, Pierre Lemaitre éblouit par sa capacité à nous faire traverser le siècle, et plus précisément cette période qu'on nomme les Trente Glorieuses, par le prisme de cette famille Pelletier, à la fois ordinaire et extraordinaire. Les Années Glorieuses, à la croisée du feuilleton populaire, du roman noir et de la fresque historique, sont un tableau vivant, plein d'ironie et d'humanité. On feuillette avec Pierre Lemaitre cette période centrale du XXe siècle avec délice.
Prix et récompenses
- Prix Babelio – littérature française – 2025


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