Du Voyage ( Emmanuel Bourdier / Thomas Baas )

Le premier jour dans une nouvelle école est toujours éprouvant pour un enfant.
Arriver en plus en cours d’année n’est pas chose facile. Mais ça l’est encore davantage quand on s’appelle Jo (« une canne et un rond »), Ptiga, Josepha ou … Géronimo.

Lorsque je suis tombée par hasard sur « Du voyage« , un court roman d’Emmanuel Bourdier (édité chez Flammarion jeunesse et illustré par Thomas Baas), les visages de mes anciens « voyageurs » sont immédiatement revenus à ma mémoire.
Nous les attendions chaque année aux mêmes périodes.
Ils passaient dans nos classes, comme des oiseaux migrateurs, pour quelques jours, voire pour quelques semaines.
Leur matériel scolaire était neuf, leurs tenues et leurs coiffures soignées, leurs regards souvent fuyants et impressionnés.
Comment vivaient-ils cette scolarisation temporaire ? Quelle image avaient-ils de l’école, de leurs camarades, des professeurs ? Quelles relations réussissaient-ils à créer avec « nous », les sédentaires ? 

Ainsi, j’ai retrouvé cette impression d’étrangeté et ces interrogations dans le récit de la première journée de classe de Géronimo, le jeune narrateur. 

Dans une langue sensible et drôle, l’auteur raconte le réveil matinal au camp, le trajet fébrile, la main dans celle de sa mère, du garçon, l’arrivée devant la grille, la phase d’observation, les repères qu’il faut vite trouver (un arbre, un oiseau, un stylo quatre couleurs), les regards et les réactions des autres enfants qui blessent ou qui rassurent, la classe du maître et sa guitare, la bande des « cerveaux de poulet ».

Géronimo, dans son cartable, transporte toutes ces classes dans lesquelles il est passé, tous ces noms qui sont comme des claques (« pas touche manouche ») mais aussi ceux dont il baptise les gadjés (Scarole, la maitresse au col roulé vert, Kleenex, la petite voisine qui se mouche tout le temps, et Monsieur, le maitre attentif et curieux).
Parce que l’imaginaire de Géronimo est une carapace qui protège des préjugés.
Elle lui permet de s’évader aux Sainte-Marie de la mer quand la violence des autres le fragilise. Il devient alors « Tokup« , celui qui ne bouge pas.

Au final, « Du voyage » est aussi le récit d’une rencontre lumineuse : celle de l’enfant et d’un professeur accueillant et humain. Ce roman est également un touchant remerciement aux enseignants qui ouvrent les esprits et luttent contre les idées préconçues. 

Les illustrations de Thomas Baas, en dégradés d’aquarelle gris avec un touche de bleu, accompagnent avec délicatesse les mots d’Emmanuel Bourdier. On notera le travail en cohérence de la mise en page, du chapitrage et des choix de couleurs.

Entre humour et tendresse, Du voyage permettra, aux plus jeunes comme aux adultes, de vivre une journée dans la vie d’un petit voyageur.
Comme un petit cadeau de bienvenue, une gomme rose à paillettes.

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(Mots Tordu)

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