Mots Tordus et Bulles Carrées

L’arbre m’a dit (Jean-Pierre Simeon / Zaü)

La poésie est un genre merveilleux mais intimidant : elle a le pouvoir, en seulement quelques mots, de sauver le monde. « Rien que ça ! » me direz-vous… Oui, rien que ça. Et ce n’est pas Jean-Pierre Siméon qui dira le contraire, lui qui a publié en 2016 un manifeste intitulé « La poésie sauvera le monde » mais également « Aie un poète !« , lettre destinée à un lecteur effrayé et intimidé par la poésie. Car l’artiste s’est très tôt intéressé à la jeunesse et lui a adressé ses textes poétiques, persuadé que la poésie pouvait lui offrir une autre façon d’appréhender le monde. Dans « L’arbre m’a dit« , publié aux éditions Rue du monde, dans la collection « Graines de mots », Jean-Pierre Siméon, accompagné des encres et pastels de Zaü (alias André Langevin), laisse la parole à un arbre qui nous livre ses secrets et ses pensées sur la vie.

« Laisse le monde te traverser »

Dans cet album poétique, on découvre, à chaque page, de petites strophes de 4 à 7 vers, dans lesquelles les paroles de l’arbre nous sont rapportées. Cet arbre a vu, vécu et senti. Il a poussé, grandi et vieilli. Les saisons sont passées et il a tout vu : les oiseaux, la neige, les papillons, les nuages mais aussi l’enfant et le vieux, le muet et le cueilleur. Il est l’observateur privilégié de la nature et du temps qui passe.

L’arbre m’a dit :
je suis né par hasard,
mais la terre,
les oiseaux et le rêve
des hommes
avaient besoin
de moi.


L’arbre m’a dit :
prends-moi
par la branche,
je t’emmenerai
au pays
où rien
ne bouge.

Ecouter l’arbre parler, c’est prendre le temps. Le temps d’observer les petits riens de la nature. Le temps d’écouter le chant des oiseaux. Celui de sentir l’entêtement, la patience et la liberté de la nature.

Chaque strophe est un fruit qu’il faut cueillir et goûter, comme une gourmandise. Souvent doux, parfois acides, les mots sont simples mais forts. Ils disent la vie, les saisons et l’homme. Car, l’homme n’est-il pas finalement « qu’un arbre qui parle et qui marche« .

Le sourire de l’arbre

Le poète, qui nous transmet ces paroles parfois philosophiques, laisse la voix libre et haute à cet être vivant qui nous est si proche et nous interroge.

L’arbre m’a dit :
à quoi bon des racines
si on n’a pas de branches
pour embrasser le monde ?

L’arbre m’a dit :
je donne ses couleurs
à la rivière,
qui me donne son eau,
et toi,
qui est ta rivière ?

Le pouvoir de l’imaginaire, celui du quotidien mais aussi celui des rêves, traverse cet album qui emprunte beaucoup à la poésie japonaise et à ses estampes.

Les arbres, dessinés par Zaü, débordent la page et nous rappellent qu’ils sont plus grands que nous. Qu’ils ont beaucoup à nous transmettre aussi.

« Notre coeur »

Pourquoi lire L’arbre m’a dit ?

Jean-Pierre Siméon offre, dans cet album poétique illustré magnifiquement par Zaü, une langue simple mais neuve. Celle d'un arbre qui nous ouvre les yeux et les oreilles sur le monde qui nous entoure et sur la vie qui nous traverse. Rappelant nos points communs, il nous donne la main, nous encourageant à profiter des autres et à rester debout. Un "poème-fruit" que l'on dégustera avec délectation au fil des pages.

Pour lire nos chroniques sur : Perlin, l’enfant qui faisait tomber la pluie et Aux filles du conte

Mots tordus

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