Mots Tordus et Bulles Carrées

Le train de la liberté (Isabelle Wlodarczyk / Juan Bernabeu)

Les albums évoquant la ségrégation raciale aux Etats Unis et la lutte pour les droits civiques sont nombreux. De Ruby tête haute d’Irène Cohen-Janca et Marc Daniau au Bus de Rosa de Fabrizio Silei et Maurizio A. C. Quarello. Cependant, ce qui a attiré mon regard vers Le Train de la liberté d’Isabelle Wlodarczyk et Juan Bernabeu c’est sa mise en page et ses illustrations influencées par la sérigraphie. Puis j’ai tourné les premières pages et j’ai découvert l’histoire de « la petite fille noire de Topeka« .

Topeka, Kansas, 1951

La narratrice est une petite fille de 8 ans dans une famille banale américaine. Sauf que son école, une école pour les enfants noirs, est située à l’autre bout de la ville. Pour s’y rendre, elle doit se lever aux aurores et marcher dans le froid pour rejoindre son arrêt de bus, au risque d’être percutée par une automobile.

Et ce qui révolte profondément ses parents et son père en particulier, un ouvrier de la compagnie ferroviaire, ancien boxeur, c’est qu’une école pour les blancs se trouve tout proche de leur maison.

Alors, c’est décidé ! Son combat sera que sa fille aille dans cette école.

« Pas cette fois »

Malgré le refus du directeur de l’école, le père décide de ne pas abandonner : aidé de l’association NAACP (National Association for the Advancement of Colored People), il ira jusqu’au procès. Devant la Cour Suprême si nécessaire.

C’est ainsi qu’est ouverte l’action en justice d’Oliver Brown contre la Board of Education of Topeka pour discrimination et viol de la clause d’égalité de protection du XIVe amendement : « Aucun État ne fera ou n’appliquera de lois qui restreindraient les privilèges ou les immunités des citoyens des États-Unis ; ne privera une personne de sa vie, de sa liberté ou de ses biens sans procédure légale régulière ; ni ne refusera à quiconque relevant de sa juridiction, l’égale protection des lois. ». 

Le procès durera 3 ans.

Un combat historique, à hauteur d’enfant

L’originalité et la puissance de cet album sont portés par le duo de l’autrice et de l’illustrateur.

Le texte d’Isabelle Wlodarczyk tout d’abord, écrit à la première personne, adopte le point de vue de la petite Linda Brown et transmet à la fois sa peur face au combat de son père qui semble bien plus grand qu’eux. Mais aussi sa fierté et son courage qui la rendent plus forte au fur et à mesure que les années passent.

Et puis, il y a cette figure paternelle qui donnerait sa vie pour gagner ce combat. Ce combat pour sa fille qui devient le combat de tout le peuple noir des Etats Unis.

Les mots sont simples mais si justes et évocateurs dans la bouche de cette enfant.

Enfin, il y a les illustrations de Juan Bernabeu qui disent merveilleusement les ressentis de la petite, sa peur, sa tristesse et sa révolte. Son courage aussi. Celui de se dresser face à une société injuste qui doit changer.

La colère et la peur

Les taches de couleurs et le choix des teintes traduisent ici l’ampleur du combat et la teneur historique de cette victoire qui va changer la vie des familles noires aux Etats Unis.

Pourquoi lire Le train de la liberté ?

L'album d'Isabelle Wlodarczyk et Juan Bernabeu réussit à toucher et à embarquer les lecteurs dans ce récit de cette petite fille noire et de sa famille qui mènent un combat historique. Un combat qui va non seulement changer leur quotidien mais également celui de tous les enfants noirs des Etats Unis. Le combat de Brown v. Board of Education.

Le train de la liberté est lancé et rien ne pourra l'arrêter !

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Mots Tordus

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