Les larmes du Yokai (Loïc Clément / Margo Renard)

Kiyo et son époux Murami pensaient ne jamais pouvoir fonder de famille.
Jusqu’à ce que Murami sauve un jeune poupon d’une meute de loup.
Le couple décide de recueillir l’enfant et le nomme Caleb, futur héritier de la maison Inari.

Des années plus, Caleb a bien grandit et devenu enquêteur, il sillonne l’île d’Onogoro accompagné de son domestique : Doglass.

Anthropomorphisme japonais

L’art d’être détestable

Charisme et outrance

Les larmes du Yokai est la nouvelle sèrie jeunesse de Loïc Clément, accompagné par la jeune illustratrice Margo Renard.

Si elle se révèle attachante, démontrant de multiples atouts, autant dans sa construction chapitrée que dans son univers japonisant, elle tourne avant tout, autour d’un personnage haut en couleur : Caleb.
Et Caleb, vous allez aimer le détester !

Loïc Clément l’affuble d’un domestique, le nonchalant Doglass, tout en reprenant, sur le premier tome, la dynamique du duo Holmes et Watson.
D’ailleurs, si on enlève l’aspect sérieux du détective britannique, on retrouve certains traits communs avec Caleb.
Vantard, prétentieux, égoïste voire égocentrique, le jeune enquêteur se révèle imbu de sa personne.
La scène d’ouverture du second volume en est un très bon exemple. Alors que ses ami.es combattent, il préfère prendre son temps et déguster un bon bol de ramen.

Sa relation avec Doglass se résume, à priori, à un simple rapport maître/disciple.
Le domestique fait plus office de souffre-douleur que de collaborateur. Pourtant, il se montre d’une aide souvent précieuse, lui évitant les foudres de son entourage.
Sur le second tome, ce lien prend une tournure plus émouvante, dans un moment, obligeant Caleb à plus de sentiments.
La dynamique du duo fonctionne à merveille même s’il est atténué par l’arrivée de Beryl et Tristan.
Beryl est une femme de caractère, remettant à sa place Caleb qui, il faut l’avouer, le mérite bien.

Caleb reste un personnage en construction.
Loïc Clément plante des graines qu’il développe notamment sur le second opus.
Le retour dans la province d’Ôji, domaine familial de Caleb, ne se fait pas de gaieté de coeur mais elle l’occasion de revenir sur les raisons de son départ.

Enquête dans le Japon médiéval

Les larmes du Yokai

L’univers des Larmes du Yokai reste classique même si Loïc Clément y apporte sa petite touche.

Profitant des traditions et d’une histoire japonaise foisonnante, le scénariste développe un univers anthropomorphique et fantaisiste.
Si on découvre avec joie la retranscription des codes du Japon médiéval, avec ses brigands, ses riches familles et ses guerriers ninjas, l’auteur l’agrémente d’une sous-couche de mythe fondateur.
Et pour le coup, les Yokaï font partis intégrantes de cette mythologie.

Ainsi, Les larmes, armes extrêmement rares et puissantes, parsèment un récit , devenant petit à petit l’élément central d’une intrigue plus globale.
La larme de Caleb est convoitée et il va devoir se battre pour la garder en sa possession.

Si le premier tome était introductif, le second propose de nouveaux adversaires et une confrontation bien moins manichéenne qu’elle n’y paraît.
Loïc Clément, par le biais de Dame Oiwa, traite des rapports et des différences de statut entre les hommes et les femmes.
Mais qui combattre si « ces nobles idéaux sont incarnés par un monstre » ?
On peut regretter que la fin, sous forme de rédemption, répond (trop ?) facilement à cette question mais elle n’enlève rien des réflexions sous-jacentes.

Anthropomorphisme et couleurs chatoyantes

Un trait simple mais vivace

Margo Renard, toute jeune dessinatrice, a donc la charge de la partie graphique des Larmes du Yokaï.

Amatrice d’anthropomorphisme avec un dessin jeunesse assumé, Margo Renard développe une galerie de protagonistes parfaitement campés tout en respectant l’aspect japonisant inhérent à l’ambiance globale.
Ses designs sont inspirés notamment sur les méchants qui en imposent par leurs charismes.
Celui du second volume avec ses lames à la Wolverine est assez marquant.

Cependant, pour le moment, le trait et la narration reste assez sage.
Ces pages sont denses, laissant peu de place à une véritable inventivité narrative.
On reste, dans la grande majorité, sur du gaufrier classique, limitant l’impact de certaines scènes.

Malgré tout, l’ensemble tient la route et reste agréable à suivre.
On notera au passage les couleurs de Grelin, qui délaisse un temps sa casquette de dessinateur pour épauler le travail de l’illustratrice.
Les couleurs sont lumineuses, apportant cette petite touche en plus aux dessins.

En résumé

Les Larmes du Yokai de Loic Clément et Margo Renard propose une aventure jeunesse drôle et atypique dans un Japon médiéval teinté de fantastique. 

Caleb, enquêteur aussi talentueux que socialement antipathique, fait une entrée fracassante dans le top des héros qu'on adore mais qui mérite des baffes.

Le premier volume pose les bases d'une série dont le potentiel semble indéniable.

Le second volume revient sur le passé familial de Caleb tout en réfléchissant sur les rapports Hommes / Femmes.
Loin d'être manichéen, Loïc Clément démontre qu'une bonne cause n'est pas toujours incarnée par les bonnes personnes.


Margo Renard, avec un trait simple et un anthropomorphisme maitrisé, illustre l'ensemble avec efficacité même si le gaufrier ne lui offre, peut être, pas assez de place pour s'exprimer.
Bulles carrées

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