Figure majeure du roman policier japonais, Keigo Higashino est aussi un habile tisseur d’histoires fantastiques. Avant Mondes parallèles, une histoire d’amour, il avait déjà fait se rencontrer, dans des temporalités différentes, des êtres égarés suite à des choix de vie difficiles. Les Miracles du bazar Namiya est un roman du temps suspendu où les fragilités humaines sont dépassées grâce à la solidarité et où une simple lettre peut répondre à vos questions les plus intimes.
« Croire que des nuls comme nous peuvent donner des conseils est idiot. »
Shota, Atsuya et Kohei, trois petits délinquants, trouvent refuge une nuit dans une boutique abandonnée : le bazar Namiya. Ils décident d’y rester planqués quelque temps.
Soudain, on glisse une enveloppe de l’extérieur du bâtiment, au travers du rideau de fer. Elle n’est adressée à aucun destinataire mais porte l’indication « Le lapin de la lune » sur le revers.
D’abord inquiets d’avoir été dénoncés ou identifiés par la police, les trois jeunes hommes décident d’ouvrir l’enveloppe. Et de lire la lettre qu’elle contient.
Il y découvre le récit d’une femme à laquelle se pose un choix cornélien. Doit-elle participer aux JO de Tokyo en tant qu’athlète mais laisser son coach et amant gravement malade qui risque de mourir sans elle ou abandonner ses rêves de médaille et accompagner l’homme qu’elle aime dans ses derniers instants ?
Le plus surprenant dans ce courrier est que la femme demande conseil et qu’elle joint une enveloppe pour la réponse.
Désarçonnés par le contenu de la lettre, les trois jeunes hommes découvrent rapidement, grâce à un vieux magazine, que le Bazar Namiya est réputé depuis plusieurs années pour les conseils dispensés à ceux qui déposent anonymement leur demande sous forme de courrier.
Contre toute attente, ils décident d’aider « lapin de la lune », à leur manière. Ils répondent donc à la lettre et déposent leur enveloppe dans une boite à lait accrochée à l’extérieur de l’établissement.
Il passa dans l’espace entre le petit entrepôt et la maison et vit que la porte arrière était entrouverte. Puis il y entra en plissant les yeux pour voir ce qui se passait à l’intérieur.
– Atsuya ! s’exclama Kōhei d’un ton gai en le voyant. Tu es revenu. Comme ça fait plus d’une heure que tu es parti, je ne croyais plus à ton retour.
– Une heure ?
Surpris, Atsuya consulta sa montre
– Non, seulement un quart d’heure. Et puis je ne suis pas revenu. Je voulais juste vous apporter ça, continua-t-il en posant le sac de la supérette sur la table. Je ne sais pas combien de temps vous comptez encore rester ici.
Kōhei prit une des boulettes de riz et poussa un cri de joie.
– Le matin n’arrivera jamais si vous restez ici, lança Atsuya à Shōta.
– En fait, on a eu une bonne idée.
– Une bonne idée ?
– La porte arrière était ouverte, non ?
– Oui.
– Quand elle est ouverte, le temps passe à l’intérieur comme à l’extérieur. On a essayé plusieurs trucs et on a trouvé ça. D’où la différence d’une heure avec toi.
– Ah, je vois… lâcha celui-ci en regardant la porte arrière. Comment cette maison rend-elle ça possible ?
– J’en sais rien, mais du coup, tu n’as plus besoin de partir, non ? Le matin arrivera même si tu restes ici.
Dès lors, les échanges épistolaires vont s’enchainer et se croiser, révélant, petit à petit, des connexions entre tous ceux qui y ont participé. Parfois plusieurs dizaines d’années auparavant.
« Dessiner n’importe quelle carte sur une feuille blanche«
Lire Keigo Higashino c’est comme ouvrir des poupées russes : le récit initial donne accès à une intrigue secondaire puis à une troisième pour, au final, découvrir que chacune s’emboite parfaitement aux précédentes.
Les différents fils d’intrigue se nouent sans lien apparent mais, petit à petit, on découvre des connexions qui révèlent une trame plus générale, reliant les personnages les uns aux autres.
Si ce type de scénario n’est pas nouveau, Keigo Higashino en a une maitrise éclatante et l’on se laisse gentiment mener par le bout du nez tant l’humanité et la délicatesse des êtres nous touchent.
Qui pourrait croire que ces trois délinquants, avec leur avis tranché et un brin brutal, vont nous bouleverser ? C’est là tout l’art de l’auteur qui joue avec les époques et les temporalités avec brio.
Et puis, il y a cet homme, le vieil épicier, celui qui a lancé les échanges de courrier et de conseils. Celui qui, le premier, a fait battre une aile de papillon. Ou de colibri, pour reprendre l’idée humaniste de Gandhi : « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde. » Car c’est bien aussi de cette légende du colibri dont il est question.
Je comparerais volontiers les personnes qui viennent me consulter à des gens qui ont perdu leur chemin.
Dans la majorité des cas, ils ont en réalité une carte, un plan qui leur indique le chemin, mais ils ne le consultent pas, où bien ils ne savent pas où ils se trouvent sur ce plan. Mais votre cas est différent. Votre plan est à l’échelle de feuille blanche. Et vous êtes dans une situation où vous ne savez même pas où trouver le chemin qui vous permettre de définir un but.
Pourquoi ne pas changer de point de vue ?
On peut dessiner n’importe qu’elle carte sur une feuille blanche. Tout dépend de vous.
Votre liberté est infinie, comme vos possibilités. C’est une chose merveilleuse.
Ayez confiance en vous, et je prie pour que vous viviez sans regret.
Bazar Namiya
Dans ce récit choral mêlant le passé et le futur, rien de spectaculaire n’arrivera. Les touches de fantastique sont parsemées et ne servent que le fond psychologique du propos. Chaque personnage est à la croisée des chemins et ses choix vont déterminer la suite de son existence.
Un conseil du Bazar Namiya sera donc toujours le bienvenu !
Pourquoi lire Les Miracles du bazar Namiya ?
Les Miracles du bazar Namiya est une nouvelle démonstration des talents de conteur de Keigo Higashino. Pousser la porte de cette vieille boutique abandonnée, c'est découvrir des vies cabossées, des âmes inquiètes face à des choix difficiles à faire pour leur avenir. Mais l'on y trouve aussi beaucoup d'humanité et de solidarité. L'espoir qu'en écoutant l'autre, on puisse lui permettre de trouver sa propre voie. Keigo Higashino, avec une touche de fantastique, tissent ces récits de vies en échos, du passé et du présent, avec une tendresse toute particulière.


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