Edwin Paine et Charles Roland sont des fantômes. À des époques différentes, ils ont tous deux trouvé la mort au sein de l’internat St-Hilarion.
Devenus experts en énigmes paranormales, ils réintègrent l’enceinte de leur ancien établissement scolaire pour protéger l’impétueuse Maddy.
Et les Dead Boy Detectives comptent bien percer ses plus terribles secrets !
Fantômes et mystères paranormaux
Une sortie en décalage ?

En tant que lecteur Vf de comics, il y a des titres auxquels on renonce malgré les bons échos outre-atlantique.
Et Dead Boy Detectives en faisait partie.
La série Netflix, plutôt de qualité, présageait d’un léger intérêt.
Mais Urban ne profita pas de l’aubaine pour proposer un des nombreux comics consacrés aux personnages. Et l’annulation de la série, après seulement une saison, pulvérisa le moindre espoir.
Pourtant, des mois plus tard, Urban annonce la publication de la série de Toby Litt et Mark Buckingham.
Si la stratégie éditoriale peut poser questions, je ne bouderais pas mon plaisir, plutôt ravi d’avoir autre chose qu’un énième comics Batman.
Surtout que ce Dead Boy Detectives est bourré de qualités.
Étant une des séries les plus récentes, elle a été une source d’inspiration importante de la série Netflix.
Personnages, univers, dynamique et éléments d’intrigues ont été repris, non sans certains changements, par la production de Berlanti.
Les Dead Boy Detectives de Tobby Litt reflètent davantage les années 2010.
Bien moins marqués par des questionnements adolescents, Charles et Edwin forment malgré tout un duo atypique.
Leurs sentiments sont, certes, plus convenus mais l’amitié reste le ciment de leur relation.
À ce niveau, la série Netflix pousse le curseur plus loin mais les bases sont déjà présentes et on ressent même une pointe de jalousie échapper d’Edwin Paine.
Mais Edwin est plus en retrait, laissant ici une grande place à l’histoire familiale de Charles et à ses rapports avec Maddy.
D’ailleurs Maddy s’avère plus délurée. Il faut dire que sa famille, sortes de stars addictes à la gloire, ne sont pas de bons modèles malgré l’amour qu’ils portent à leur fille.
L’adolescente est attachante et beaucoup moins monolithique que ses deux compères, apportant un peu de folie à ce duo.
L’univers de Tobby Litt est fascinant.
Les yeux qui observent Maddy, les chats passant leur temps à bavarder, l’antiquaire magique et même le démon de l’enfer sont autant d’idées marquantes qui, pour la plupart, se retrouvent aussi dans les épisodes de la série Netflix.
Pourtant l’une comme l’autre ne trouveront le succès qu’elles auraient méritées.
Une intrigue sur le long terme

Dead Boy Detectives est un spin off de Sandman, le comics culte de Neil Gaiman.
Apparaissant pour la première fois en 1991, les deux personnages trouveront une deuxième vie auprès d’auteurs aussi prestigieux qu’Ed Brubaker ou Jill Thompson.
Avec le retour de Sandman dans les années 2010, Tobby Litt et Mark Buckingham sont engagés pour reprendre les Dead Boy Detectives.
La mini-série se montre constamment inventive et imprégnée d’un humour presque grinçant.
On se laisse emporter par ces multiples enquêtes nous emmenant vers une intrigue plus globale consacrée, en grande partie, au passé de Charles Roland.
L’intrigue de Tobby Litt débute tranquillement, s’intéressant d’abord à la mise en place de son trio.
On y découvre tour à tour Edwin et Charles, sauvant in extremis la vie de la jeune Maddy.
Leurs destins se retrouvent liés, les amenant à revenir sur les causes de leurs décès, tout en évitant d’attirer l’attention de Death sur eux.
Par le biais de nombreuses énigmes, Tobby Litt développe un monde peuplé de fantômes et de créatures mystiques aussi intrigantes qu’effrayantes.
De ce point de vue, il puise dans l’ambiance de Sandman, en fusionnant une finesse d’écriture avec une certaine légèreté de ton.
Le scénario s’amuse de ces nombreux décalages, rendant certaines situations follement improbables.
D’une certaine façon, l’écriture de Toby Litt permet d’aborder l’univers de Sandman de façon plus accessible.
Les prémisces d’une belle carrière

Lorsqu’il reprend Dead Boy Detectives, Mark Buckingham est déjà l’auteur auréolé de multiples Einser Awards pour son travail sur Fables aux cotés de Bill Willingham.
De mon côté, je l’ai tout d’abord connu comme l’encreur d’un de mes dessinateurs préférés : Chris Bachalo.
C’est par le biais de cette collaboration qu’il arpentera pour la première fois l’univers de Neil Gaiman.
Il épaulera même Chris Bachalo, pour la première fois au dessin, sur la seconde mini-série consacrée à Death.
Son trait rond, ses lignes fluides et aérées sont caractéristiques d’un style faussement enfantin, cachant, derrière une simplicité de façade, une maitrise narrative indéniable.
Ainsi, il utilise avec brio les possibilités de cet univers pour nous proposer des cadrages déconstruits et inventifs.
Cependant, les yeux les plus avertis remarqueront des variations de style au fil des pages.
En effet, si Mark Buckingham reste le dessinateur attitré, les finitions sont assurées par d’autres dessinateur pas totalement inconnus.
Contrairement à l’encrage, les finitions s’apparentent à une étape de dessin en plus sur des storyboards poussés.
Ce qui explique que, par moments, l’aspect graphique semble évoluer entre les chapitres.
En réalité, on perçoit surtout la patte d’auteurs au style marqué tel que Ryan Kelly ou Russ Brown.
De manière générale, les finitions tendent à atténuer les rondeurs du style de Mark Buckingham l’amenant vers une forme de semi réalisme.
Pour ma part, je préfère les chapitres entièrement réalisés par Mark Buckingham.
Mais cette méthode, quasiment disparue du comics actuel, a permis l’apparition de certains auteurs qui se faisaient la main sur des auteurs confirmés… avant de devenir soi-même confirmé.
En résumé
Dead Boy Detectives de Toby Litt et Mark Buckingham est la petite surprise de cette fin d'année.
Si on est étonné de découvrir ce titre alors que Netflix a annoncé l'annulation de la série, on se régale avec une intrigue qui, d'une certaine façon, propose une entrée en matière assez douce vers l'univers de Sandman.
Tobby Litt plonge aux origines des Dead Boy Detectives, les amenant vers des rencontres aussi étranges qu'inattendues.
Le récit est haletant, inventif et développe une intrigue sur le long terme absolument réjouissante.
Mark Buckingham, fort de son expérience sur Fables, s'imprègne totalement de cette ambiance fantasmagorique, proposant quelques designs bien sentis.
Malgré tout, pour tenir les cadences, l'auteur britannique est épaulé aux finitions par des auteurs variés qui enrichissent et / ou atténuent le style graphique de l'auteur.
Si vous avez aimé la série Netflix, vous découvrirez, avec un certain ravissement, tout ce que ce comics lui a apporté.
Si vous êtes des nouveaux venus, vous vous régalerez en découvrant une galerie de personnages attachants et un univers riche et parfaitement abordable.
Une façon ludique de mettre un premier pied dans l'univers de Sandman.


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