Demon Days et Demon Wars fusionnent les personnages de Marvel comics dans l’univers traditionnel asiatique de Peach Momoko.
Demon Days

Mariko est une jeune fille hantée par de terribles cauchemars.
Ne pouvant plus cacher la vérité, sa grand-mère lui dévoile une partie de ses origines.
Cette dernière l’a découverte, tenant fermement un tantô ensanglanté, auprès de sa mère, une Oni tout juste décédée.
Ancrée dans la tradition japonaise

A priori, rien de bien neuf dans ce comics à la sauce manga de Peach Momoko.
Marvel cherche régulièrement à percer auprès des amateurs de mangas, sans grande réussite.
Entre les dessinateurs américains qui caricaturent le style ou les mangakas qui ne comprennent pas vraiment les codes du comics de super héros, les tentatives ont été aussi nombreuses qu’infructueuses.
Fort de ces a priori, j’ai laissé cet ouvrage de côté lors de sa première mouture en format comics.
Mais entre un bouche à oreille plutôt positif et les diverses couvertures alternatives de l’autrice, cette deuxième édition en format manga à un prix attractif m’a poussé à plus de curiosité.
Et ma foi, Demon Days est une agréable surprise.
Si l’intrigue reste classique dans son déroulé, la destinée de Mariko est passionnante.
En définitif, Peach Momoko n’essaie pas d’imiter le style comics ou manga.
Elle propose avant tout une oeuvre personnelle qui réussit, avec finesse et inventivité, à fusionner ces deux entités pour n’en faire qu’une.
Le parcours de Mariko rappelle celui de nombreuses héroïnes de shonen ou shojo.
Possédant des pouvoirs extraordinaires, expliqués par des origines mystérieuses, elle doit affronter de nombreux adversaires.
Chaque victoire la rapproche de son ennemi, Ogin, qui aimerait dévorer son essence.
Les combats sont épiques et évitent les répétitions inhérentes au genre.
Au contraire, l’autrice réussit à proposer des innovations constantes malgré un schéma qui se résume à un chapitre / un combat.
Le tout est aggloméré dans une ambiance japonisante où Oni et Yokaï sont, en quelques sortes, les nouveaux mutants de ce multiverse.
Demon Wars

Suite aux évènements de Demon Days, Mariko retrouve le monde réel mais très vite, les rêves refont surface.
Catapultée dans le monde des Yokaï, elle fait face à un samouraï à l’armure rouge et or.
Sauvée, in extremis, par un homme faucon, elle apprend que ses actes passés ont eu d’importantes répercutions sur ce monde.
Une suite à la hauteur ?

Fort de son succès sur Demon Days, Peach Momoko ne perd pas de temps et s’attaquer à ce deuxième volume d’une potentielle trilogie.
Potentielle car sa titularisation sur le titre Ultimate X-men nous amène à plus de prudence sur la possibilité d’un troisième opus.
Reste que, comme pour le premier volume, l’intrigue propose une histoire complète qui peut parfaitement conclure cette saga.
D’un point de vue narratif, Demon Wars est plus abouti.
L’oeuvre est moins codifiée et propose de multiples rebondissements, donnant un peu de complexité à cet univers.
Les choix imposés à la jeune fille sont difficiles et reflètent assez bien la porosité entre les camps et leurs objectifs.
Dans l’ensemble, c’est une réussite.
On retrouve avec plaisir Mariko, même si, pour cet opus, l’objectif premier semble se porter davantage sur la tradition japonaise, à l’image d’un fichier de Yokai assez fournis.
De multiples réinterprétations

Demon Days propose un récit initiatique où Mariko enchaîne les confrontations au péril de sa vie.
Par le biais des adversaires de l’héroïne, Peach Momoko distille des réinterprétations autant sur le fond que sur la forme.
Par le choix même des personnages, l’autrice montre qu’ils sont des éléments majeurs de son récit et non de simples clins d’oeil à la MCU.
Ainsi, le nom même de Mariko n’est pas anodin.
Dans l’univers classique, elle est la fiancée de Wolverine et ses origines japonaises en font la candidate parfaite.
D’ailleurs, il est amusant de voir comment Peach Momoko s’est amusée à intégrer Logan à son aventure, tout en gardant ce rôle de protecteur.
Cette réécriture se classe de plusieurs manières.
Si certains modelages sont évidents, à l’image de Sabretooh ou Mystique en mercenaire, d’autres se montrent plus subtiles et inventifs.
On peut prendre l’exemple de Venom en Yokaï surpuissant ou encore Hulk dont la transformation est liée à la magie de cet univers.
Sur Demon Wars, elle ne retrouve pas totalement cet équilibre.
Axées sur les Avengers, les réinterprétations s’avèrent moins pertinentes ou plus évidentes.
On regrette d’ailleurs que Captain America et d’Iron-Man est une approche un peu trop similaire.
Elle séduit cependant sur d’autres, comme l’élégante réinterprétation de Black Panther.
Malgré tout, on a l’impression que sur cette suite, cet exercice l’intéresse moins, s’amusant bien plus avec des designs de Yokai plus classiques comme ce Kawai à souhait.
Un graphisme tout en douceur

Le trait de Peach Momoko est forcément imprégné de culture manga.
Malgré tout, ce sont les oeuvres d’Atsushi Kaneko, sûrement la mangaka le plus adepte de culture américaine, qui trouvent le plus d’échos en elle.
Et dès les premières pages du comics, l’influence s’avère évidente.
On y retrouve la rondeur des formes, le réalisme des visages et cette souplesse du trait si caractéristique au mangaka.
On notera aussi un encrage marqué, même si chez Peach Momoko, cet aspect est atténué par ses aquarelles.
C’est d’ailleurs la grande différence entre les deux mangakas.
Si Kaneko aime les ambiances tranchées, noires et blanches, Peach Momoko est plus attirée par la couleur.
Loin de la froideur de certaines colorisations informatiques, elle opte là aussi pour la tradition.
Ses aquarelles amènent une douceur d’une maitrise graphique absolue sur les décors naturels.
Loin des stéréotypes du genre, le style de Peach Momoko se démarque par sa fluidité.
Les lignes virevoltent et permettent de magnifiques scènes d’actions, mélangeant la rigueur de la narration japonaise avec l’expressivité des cadrages américains.
Les designs sont variés, inventifs et intègrent l’ambiance japonaise par des décors, des noms, des vêtements ou de simples attitudes.
On notera une stylisation plus naturelle de la gente féminine, moins axée sur les formes mais davantage sur la souplesse et l’expressivité même du corps.
Avec Demon Days puis Demon Wars, Peach Momoko développe un style riche et novateur, offrant de la fraîcheur à un genre parfois trop balisé.
En résumé
Plus qu'un énième monde alternatif, Demon Days puis Demon Wars de Peach Momoko sont des récits d'aventure aussi magnifiques qu'haletants.
Là où beaucoup d'auteurs se sont cassé les dents, l'autrice propose un mixte parfait entre manga et comics.
Par d'ambitieuses réinterprétations, elle intègre certains personnages de Marvel comics dans des intrigues qui font la part belle aux traditions japonaises.
Cet équilibre délicat est légèrement mis de côté sur Demon Wars pour nous plonger dans un monde de YokaÏ fascinant.
Avec un style coloré, tout en douceur et en fluidité, Peach Momoko démontre que l'ambiance asiatique est un écrin parfait pour apporter une vision nouvelle à des personnages marqués par des historiques parfois trop pesants.
Une réussite inattendue !


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