Les vivants (Ambre Chalumeau)

Quand on annonce à Cora et Diane que leur ami Simon est dans le coma, elles savent qu’il y aura désormais un avant et un après. Parce que le trio devient bancal, parce que la mort potentielle marque le passage de l’enfance au monde adulte, parce qu’il va falloir vivre avec… ou plutôt sans. Dans son premier roman Les vivants, Ambre Chalumeau nous embarque dans un récit choral à la croisée du drame et de la comédie, au plus près des âmes et des émotions de ses personnages.

(re)trouver l’équilibre

Diana, Cora et Simon viennent d’avoir 18 ans. Bac en poche, ils se préparent à entrer dans la vie étudiante avec encore un goût de sel et de soleil sur les lèvres. Tous les trois sont amis depuis toujours. Enfants de copains, ils ont grandi ensemble et chacun, avec la personnalité qui lui est propre, a trouvé sa place dans le trio devenu plus qu’adolescent.

Ils avaient dix-sept ans. Un grand poète a théorisé qu’à cet âge-là on n’est pas sérieux, il mentionne même un parfum de bière, et ils avaient l’exégèse méticuleuse. Le mot d’ordre était donc de « ne pas se prendre la tête », ce qui justifiait les comportements les plus primitifs : passer l’après-midi sur la plage à commenter le physique des baigneurs avec le zèle d’un commentateur sportif et la cruauté d’un tribunal d’Inquisition, puis, abrutis de soleil et hallucinés d’azur, passer la soirée toujours dans le même bar, à courtiser des surfeurs musclés à la grammaire audacieuse.

D’abord, il y a Diane. La timide intello qui peine à trouver l’amour et se sent mal dans son corps. Elle s’apprête à entrer dans une prépa littéraire très sélect.

A l’opposé, il y a Cora. La belle et mystérieuse Cora, qui retombe toujours dans les filets de Mathieu, le petit copain toxique. Celle qui cache une plaie béante qui l’empêche de vivre sereinement les contacts physiques et de se projeter dans un rapport sexuel.

Et enfin, Simon. Celui qui est allongé sur un lit d’hôpital suite à un virus qui l’a plongé dans un coma profond. L’ami inséparable et présent dont il faudra désormais gérer l’absence mais aussi les secrets.

Ambre Chalumeau se fait la voix et l’esprit de chacune des deux amies, et plus encore puisque l’on découvre également ce que vivent les proches de Simon, ses parents et son frère notamment.

Et l’on va vivre, pendant presqu’un an, les remous de cette vie qui peine à retrouver son équilibre et son rythme. Ce coma qui va remettre en question les relations entre chacun et interroger leur rapport à la mort, à l’amour et à l’amitié.

Les vies des Vivants

Ambre Chalumeau est une journaliste chroniqueuse sur l’émission Quotidien de TMC que je suis particulièrement depuis 2020. Elle présente ainsi un billet littéraire et culturel qui témoigne de sa formation en classe préparatoire littéraire et en médias, mais aussi de sa culture pop.

J’ai toujours été touchée par sa douceur et son émotion palpable lorsqu’elle proposait ses recommandations d’œuvres littéraires, artistiques ou musicales. Ce mélange de culture férue et de sensibilité à fleur de peau se retrouve d’ailleurs dans son écriture.

Si le sujet de son roman Les vivants est grave, on se surprend parfois à sourire, notamment grâce aux nombreuses références de l’époque ou aux bons mots. Il me semble avoir senti une certaine « patte » dans la veine d’un Romain Gary ou d’un Boris Vian. De plus, sa transcription de l’esprit adolescent au sortir du lycée, dans toute sa complexité et ses hésitations, est très juste.

Diane a peur que ses parents lisent en elle, qu’ils la fouillent comme des douaniers éventrent une valise et y trouvent de l’illicite. Du grave.

Que découvriraient-ils ?Une jeune fille qui ne s’aime pas. Une jeune fille sclérosée de doutes, pleine de défauts méchants et sales.

Ils découvriraient la partie d’elle qui jalouse Cora. La partie d’elle qui arrive à rire et à vivre malgré le coma de Simon – lorsqu’un immeuble s’écroule les humains périssent, mais les cafards sortent indemnes.

Ils découvriraient que sa toute dernière conversation avec son ami était une engueulade.

On reconnaitra sans doute un peu de l’autrice dans le personnage de Diane. Cet air de ne jamais être au bon endroit malgré une réelle acuité sur les choses et les gens, cette sensibilité qui s’excuse trop souvent d’être là…

Il se dégage également de cette lecture un féminisme timide mais en devenir, notamment à travers le personnage de Cora. La jeune femme devient peu à peu solaire et le duo avec Diane, plus lunaire, offre une amitié réaliste et en quête de résilience.

Les vivants est un roman de solitude, de nostalgie mais aussi d’union et d’espoir qui emporte les personnages malgré eux vers l’avenir. Ambre Chalumeau ne masque rien des douleurs, des doutes et des tristesses profondes qui traversent ces êtres mais elle dit aussi la lumière et la joie, la découverte de soi et les étreintes qui sauvent.

Pourquoi lire Les vivants ?

Les vivants est un roman choral résilient qui dit autant la douleur que l'espoir, les faiblesses que les forces de ceux qui vivent dans la peur de perdre un être cher. Autour de Simon, plongé dans le coma, se débattent des amies, des parents et des proches qui tentent de trouver un nouvel équilibre. Ambre Chalumeau réussit le tour de force, en douceur, de nous faire sourire et serrer le coeur et les poings tout à la fois. 

Pour lire nos chroniques sur Finding Phoebe et Sauveur & fils

Laisser un commentaire

Retour en haut